‹ L'ideé johannique de la vie [microform]Chapitre 12 sur 12 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Y a-t-il encore quelque intérêt pratique aujourd'hui à porter l'effort de notre attention sur le sujet qui nous a occupé ? Nous le croyons, car le monde a plus que jamais besoin d'entendre parler de vie éternelle et de vie intérieure, afin de comprendre tout le prix de l'existence actuelle.

Le temps n'est plus où les hommes s'enquéraient de ce qu'il faut faire pour posséder la vie éternelle. Chez beaucoup de nos contemporains, la foi a fait place aux négations, et c'est un grand malheur de ne plus croire à un avenir, car c'est avoir au cœur, qu'on le reconnaisse ou non, la désespérance. Ils sont nombreux, de nos jours, ceux qui n'ont ni espérance, ni Dieu. A l'égard de cette multitude, quel est l'acte de charité le plus urgent, sinon travailler à leur donner la foi qu'ils n'ont pas ? On aura beau multiplier les œuvres philanthropiques, on ne supprimera pas la mort et on ne la rendra jamais acceptable à qui a soif de vie pour lui et pour ceux qu'il aime. Le jour où l'humanité constituerait une société idéale de frères qui s'aimeraient, la mort serait pour elle encore plus amère et

plus haïssable si elle ne savait apercevoir, à travers les ténèbres finales, la clarté divine de l'au-delà. Voir disparaître pour toujours ceux qu'il voudrait retenir, porter en soi-même ce sentiment atroce de l'extinction progressive de l'être qui voudrait durer, telle est la destinée de l'homme qui n'a point d'espérance. Sans vie éternelle, il n'y a pas de bonheur possible.

Et que dire du progrès moral ? Qui donc y travaillera, sinon l'Eglise chrétienne ? Or, elle ne le fera pas si les membres qui la composent ne possèdent cette vie intérieure qui vient de Dieu. Vie intérieure... que le mot lui-même, de tournure mystique et surannée, ne nous fasse pas perdre de vue l'importance incomparable de ce qu'il désigne. « Ce qui est né de la chair est chair », et on ne fondera pas le royaume de Dieu avec de la chair. Certes, l'idée de sainteté a été bien discréditée. Le catholicisme y a contribué en la faussant. Même certains mouvements évangéliques excellents, comme le piétisme, comme le réveil, ont abouti, grâce à leurs vues trop exclusives, à lasser plutôt l'effort chrétien dans ce sens qu'à le soutenir. Mais il n'en reste pas moins vrai que le royaume de Dieu est au dedans de nous ; c'est de l'intérieur qu'il rayonne au dehors . Il ne faudrait pas croire que cette vérité élémentaire ait été dépassée. Parce qu'on veut se garder de la piété égoïste, qui laisse insensible aux souffrances humaines et qui n'est que l'apparence de la piété, on ne doit pas en venir à dédaigner la vraie.

la vie intérieure qui a toujours fait les grandes œuvres. Quand elle diminue, c'est la lumière qui baisse, c'est le sel qui perd sa saveur.

L'ascétisme et le rigorisme sont absents d'une telle piété, précisément parce qu'elle ne contient aucun atome de légalisme. C'est un principe nouveau qui se développe dans l'âme unie à Jésus-Christ et qui lui donne l'épanouissement de toutes ses facultés. Il y a en elle un renouvellement progressif des forces intérieures dont elle a conscience. Elle se sent en possession d'une vie dans laquelle Dieu se manifeste. Cela ne supprime ni les douleurs ni les défaites ; mais cela donne une certitude sereine de la victoire définitive, qui est une source intarissable de réconfort et de joie.

Toute la trame de la vie chrétienne est ainsi de même contexture ; point de distinction entre le sacré et le profane, puisque tout est divin. N'est-ce pas ce qu'enseigne tout le Nouveau Testament, ce qu'ont vu plus ou moins nettement les grands chrétiens de tous les temps ? N'est-ce pas ce que réclame avec force la conscience moderne ? Notre vie doit être une ; si elle est d'essence religieuse, elle sera pénétrée de l'Esprit partout et toujours. C'est ce qui lui donne sa direction et son intérêt. Avec bien plus de raison que l'homme antique, le chrétien qui a cette vision céleste peut dire que rien de ce qui est humain ne lui est étranger.

Or, n'est-ce pas là ce qui confère une valeur inappréciable à l'existence actuelle ? Que d'êtres humains qui gaspillent leur propre vie, ou qui méprisent et exploitent celle des autres, parce qu'ils n'en comprennent ni le sens ni le prix I Ceux qui, en dehors de la foi chrétienne, aperçoivent le danger, proclament bien que la vie a de la valeur et qu'on doit la respecter, mais ils ne sauraient en donner la raison, et il est si facile, en se plaçant à leur point de vue, d'opposer des objections à leur fragile axiome ! La vie n'est bonne que si elle est divine dans son principe et dans son avenir. Cela seul rehausse et ennoblit l'existence terrestre. Quand une fois cette conviction est faite, la lumière vient et le devoir présent s'éclaire. Ce devoir n'est nullement une préparation égoïste à la mort. L'homme né de nouveau voit dans tous ses semblables des candidats à la vie ; il sera donc ouvrier avec Dieu, pour que ce bien suprême leur soit communiqué à eux aussi. Dieu aime le monde, et son amour ne connaît aucune borne ; cela légitime les espérances les plus larges, et cela encourage les plus saintes ambitions. Ce qui est d'importance capitale, ce n'est pas que la société prenne telle ou telle forme, mais c'est que la vie divine soit communiquée aux hommes. L'humanité idéale, ce sera celle qui vivra sur cette terre la vie en Christ, laquelle ne peut être faite que de justice et d'amour, pour la prolonger aux lendemains infinis que Dieu lui réserve. C'est là qu'est le salut, ou

il ne serait nulle part. Selon notre évangile, comme d'après la révélation tout entière, il ne se trouve point dans l'adhésion à un ensemble de vérités abstraites. C'est toujours sur lui-même que le Seigneur attire les regards de l'âme. Ce qu'il sollicite avec une souveraine autorité, c'est la foi en sa personne divine : Que votre, cœur ne se trouble point ; vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. (XIV, 1).

Vu ;

Le Doyen, Le Président de la Soutenance,

Edm. Stapfer. Jean Monnier.

Vu et permis d'imprimer :

Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris,

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