IV. La propagation dé la vie
Nous nous sommes renfermé jusqu'ici dans la considération de la vie individuelle ; il nous resté à vOif ce que la doctrine johannique nous appreiid sur là vie sociale, et ici, noiis auroiis deux choses a considérer, d'abord TaniOur fraternel, puis l'èxteiisibn dliroyàudiè dé Dieu oii, pour emploj^ër des termes plus conforriîës à la théorie, la propagation de la vie.
io L'amour fraternel. Dieu est amour (1 Jëàh IV, S, 16). Cette sublime définition de iiolre auteur iious doniie la raison de tout ce qiii est, même de ce qiii était avant l'origine de toutes choses : « Le Pêrie aime le Fils et il a tout remis entré ses mains. » (lit, 35). Quant au monde, c'est parce qlie Diëii l'airhè qu'il lui à doriiié son Fils, afin que toiis ceux qui Croient ëri lui aient la vie éternelle. Cette vie, qui procédé de l'amoilr divin, s'épanouit spontanérrient en amoitr. Elle né saurait se renfermer en elle-même ; elle est expanëive et rayonnante de sa nature, puisqu'elle est de nature divine. Il serait superflu de citer ici tous lés textes c[ui recoiiiiiiandent avec tant de chaleur l'affection fraternelle et qui en fOntle signe caractéristique dé celui qlli est iié de Dieu : « Qui n'aime point son frère ii'est point de Dieu. » (1 Jean III, 10). Quiconque aime est lié de Dieu. (1 Jean IV, 7). Uue communion sainte s'établit ainsi entre toiis seis enfants, comme consé-
quence de la communion qu'ils ont avec le Père et avec le Fils : Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieii, et quiconque aimé celui qui l'a fait naître aime aussi celui qui est iié de lui; (i Jean V, 1).
Cela encore est organique ; cet amour est uiie fonction de la vie. De là vient l'église ; c'est ce souffle qui l'anime, la conserve et la dévelopJDe; Mais le mot ^ eigliÈe n'est même pas dans nos deux écrits jolianniques. La j)ensée qui inspire l'œuvre de Jean est si essentiellement théologique que tout ce qui est construction extérieure èii est absent. Riche et profond quand il s'agit de l'âttië fet de son domaine, notre auteur l'est nidiris dès qu'il touche à la pratique. Ce qu'il nous donné, ce n'est pas une énuiliération des devoirs de charité qiie les disciples doivent Observer étitre eux, niais lé principe thème de leurs rapports fraternels.
Cet amotir mlitiiel, qui est là matqtiè authehticjué des vrais enfants de Dieu, ne s'étend jDas d'ailleurs au delà de leur propre cerclé. Cela vient précisément de la distinction absolue qiii est établie entre le règiie de là vie et celui dé la iiiort. Le monde est càtégoriqueiîlërtt opposé à Dieu. ReLiss observé « qti'il n'y a point dé passage qui parle dé cfe (|ii'bii appelle la fraternité universelle de tous les hoihnles entre eux. » Quoi d'étonnant a cela? Qli'cin se représéiitë les premières communautés chrétiennes, minorité infime en face dii
1 II est remplacé par celui de troupeau au chapitre X.
monde païen, qui formait autour d'elles une atmosphère impure et dont elles avaient sans cesse à préserver leurs mœurs, leurs idées, leur religion. Pour venir à la foi chrétienne, il fallait rompre résolument avec le monde. On trouvait alors parmi les frères un refuge et une famille; c'était là qu'on s'aimait, dans une vie de tous points nouvelle.
2o La propagation de la vie.
Cela ne veut pas dire que les chrétiens des premiers temps ne regardaient pas en dehors de leur société restreinte ; ils l'eussent ainsi condamnée à une extinction rapide. Mais ce qu'ils voyaient au delà, c'était le monde ennemi de Dieu, le monde des morts : Autrefois, écrit Paul aux Colossiens, vous étiez par rapport à lui étrangers et ennemis (Col. 1, 21). Vous étiez morts dans vos fautes, dit-il dans son épitre aux Ephésiens (Eph. 11, 1). Et c'était cette vue claire d'une séparation tranchée entre l'Eglise et le monde, avec le souvenir récent des instructions du Maître, qui leur donnait l'esprit missionnaire. Les étrangers pouvaient devenir « concitoyens des saints et membres de la famille de Dieu » ; (Eph. 11, 19); ces morts pouvaient avoir la vie. Telle est la grande pensée qui pénètre les écrits et toute la carrière de l'apôtre Paul.
Serait-elle absente du quatrième évangile? Non; ce serait une partie fondamentale du christianisme qui
manquerait; mais nous ne devons pas nous étonner qu'elle soit moins développée ni qu'elle se présente sous une autre forme, et cela à cause de l'idée centrale, qui est pratiquement la notion de vie. « Instruire toutes les nations » (Math. XXVIII, 19); arracher les hommes à la génération perverse » (Act. II, 40); les faire passer des ténèbres à la lumière (Act. XXVI, 18), cela s'appellera, dans l'évangile selon Jean, ft porter du fruit ». Le symbole du cep et des sarments est destiné à montrer que le disciple ne peut conserver sa vie qu'en la faisant fructifier (XV, 2). On n'est réellement disciple que si on porte beaucoup de fruit, et c'est en cela que le Père est glorifié (XV, 8). Une fois de plus, Jésus décrit une action vitale, analogue à celle de la sève dans l'arbre. L'image est très cohérente ; ce n'est pas le disciple qui produit le fruit : c'est Jésus- Christ en lui, puisqu'il est le cep : Hors de moi vous ne pouvez rien faire (XV, 5).
Tel est le grand travail de la propagation de la vie ; l'homme régénéré devient le collaborateur de Dieu ; je vous ai établis (c'est-à-dire je vous ai donné une charge, confié une mission) afin que vous alliez porter du fruit et que votre fruit demeure (XV, 16). Jésus avait même dit que celui qui croit en lui ferait des œuvres plus grandes que les siennes (XIV, 12). Le fruit doit être et sera certainement abondant. Les apôtres feront de grandes choses, la moisson sera riche ; la Parole n'a pas été faite chair pour que quelques-uns seulement
aient là vie. Mais les persécutions serôiit terribles ; polir porter du fruit, il faut souffrir, comme Jèsus llii-iiiémë. Aussi l'esprit qli'il promet âUx siens s'îippéllë-t-il lé î^âraclèt, celui qui à là fois console, fôriifië fet dirige. Comhiuniqué à un hoiîlbrè de disciples toujours pllis Considérable, l'Esprit de vérité étendra la vie de proche èii proche, coniine par dés ondeS de pluâ éri plus iârgêis.
Nous ëOttirnès loin de ce inyistidsme i'èvëuf qui ëé i'ènferttie ëii lUi-mêriie et qui se cOniplàît dans dëë iitiâgitiàtions iliaîâdivës, épuisant sa propre sutistàhièe. Là vie de l'Esprit est féëondë, comme là vie de la natUi'ë. Elle rië peut pas plus rester improductive qU'Uh lioti arbre rester sans fruits. t)é nos jours, où le& œuvres ihissioniiàirés et sOcialéè soht en si gràtid tionneur, hOUs pouvons ehcoi'ë aller puiser notre inspiration â là source pure dei'évângile de Jean. Nous y trOiiverOïls le secret d'une activité vraie et fortëj aUthentiquement clll'étiennë. Rien de saccadé, rien qUi Sente là tension pénih>lë et bientôt làSséë ; c'est la sêVe divine, qui tiiOtttë naturellement d'une poussée cOntinUe, et qui cirëulé partout, génératrice de vie.
Aussi là prière èst-eÙë en étroite cotinéxiOn avec l'activité Spirituelle. C'est au milieu dti discours sur là production des fruits et sUr les conditions à remplir pOur les porter que sè trOuve la promesse de JësUS : Demandez: ce que voUs vOlidrèz, et cela Vous èérà accordé (XV, 7), Nous ne pouvons pas peiisèr UH. sëUl
instant que les disciples, animés de l'Esprit de Dieu, demanderont comme récompense des avantages personnels; l'objet de leurs prières, c'est celui de leur activité, l'avènement du règne de Dieu. Ce qu'ils demanderont pour eux-mêmes, ce sera la force et la fidélité dont ils ont besoin pour concourir à cette fin suprême. La prière est donc à la fois une manifestation de la vie est un rnoyen de l'eptre tenir, de la fortifier et (ie la communiquer. Quant à l'exaucement, il ne se présente pas sous la forme d'une détermination du bon plaisir de Dieu. Si les conditions sont remplies, il vient de lui-même (XY)<];£cr9£, Yevvja-sTai. ujjitv), Rien de fatal, cela est bien voulu de Dieu, et cela ne peut se faire sans une action personnelle de sa part j mais rien non plus qui ressemble à de l'arbitraire. Cette çonceptJQii de la prière est en harmonie avec la haute spiritualité de toute la doctrine.