AU XIX® SIÈCLE
Passons maintenant du xvni® siècle au xix% et stiivons rapidement la doctrine française du droit dans ses dernières transformations à travers les écoles de philosophie contemporaines. Nous verrons les questions devenir de plus en plus précises et aussi de plus en plus difficiles, si bien qu'aujourd'hui elles réclament un nouvel examen et, s'il était possible, une nouvelle solution.
Les philosophes de notre siècle qui ont critiqué ou défendu Tidée du droit léguée par la révolution peuvent se diviser en deux groupes : ici les partisans du fatalisme moral et historique, là les partisans de la liberté dans la conscience et dans Thistoire. Les premiers ont joué le rôle de dissidents par rapport à l'école philosophique de Rousseau et de la révolution . Parmi euxse présente d'abord Saint-Simon, dont l'in-
fluence subsiste encore de nos jours un peu partout sans être avouée nulle part. A la notion de liberté individuelle Saint-Simon opposa de nouveau Tantique notion de Tautorité sociale, et cette autorité il la plaça successivement dans la science (prétention d'où devait sortir le positivisme), puis dans l'industrie, enfin dans une religion nouvelle « capable de forcer chacun de ses membres à suivre le précepte de Tamour du prochain. » L'école saint-simonienne se rapprochait ainsi de l'école théocratique, non moins hostile aux idées de liberté ou d'égalité.
Issu du saint-simonisme, le positivisme rejeta àsoû tour toute idée de liberté morale; comme le devoir absolu, le droit proprement dit est aux yeux d'Auguste Comte et de ses successeurs une entité métaphysique, parce qu'il renferme encore une notion d'absolu, une notion de < cause » agissant par elle-mêmeet respectable pour elle-même. Abandonnant donc la tradition française du xviii* siècle, Auguste Comte repousse toute considération des droits de l'homme- < Le positivisme ne reconnaît à personne d'autre droit que de faire toujours son devoir... La notion du droit doit disparaître du domaine politique, comme la notion de cause du domaine philosophique... Le positivisme n'admet jamais que des devoirs, chez tous,, envers tous, car son point de vue, toujours social, ne peut comporter aucune notion de droit, constamment