LA PROPRIÉTÉ
la propriété, celte liberté faîte visible, le moyen terme da travail. Là surtout se fit sentir sur la philosophie française Tinfluence de Locke, qui se combina avec l'inâuence du stoïcisme et du christia^ nisme. La philosophie française n'en conserva pas moins son caractère propre et original. Locke, comme tous les Anglais , s'était préoccupé surtout de Pinte* rêt ; à ses yeux, la liberté était surtout un moyen, pour rindividu ou pour l'État, d'atteindre la plus grande somme possible d'utilité ; leà Français, en ^'emparant des idées anglaises, les généralisent, les étendent à l'humanité entière, et de plus substituent un sens moral au sens purement utilitaire; ils demandent la liberté et l'égalité pour elles-mêmes et non pour quelques intérêt matériel qui leur serait supérieur. L'école française révolutionnaire a d'ailleurs •eu conscience, dès l'origine, de cette différence qui rsubsistait entre les prémisses malgré la ressemblance des conclusions. Condorcet, par exemple, reproche à la constitution américaine « d'avoir eu pour principe l'identité des intérêts plus encore que l'égalité des droits. » — 4i Les principes sur lesquels la constitution et les lois de la France ont été combinées, dit-il ♦encore, sont plus purs, plus profonds, plus précis que ceux qui ont dirigé les Américains ; les Français ont échappé bien plus complètement à l'influence de toutes les espèces de préjugés; l'égalité des droits n'y a
nulle part été remplacée par cette identité d'intérêt qui n'en est que le faible et hypocrite supplément*. > En définitive, dans les trois doctrines qui ont servi d'antécédent à notre philosophie du droit, doctrines stoïque, chrétienne et anglaise, la liberté humaine était toujours considérée comme un moyen plutôt que comme un but : les stoïciens finissaient par l'absorber dans la raison universelle , les chrétiens dans la grâce divine et le salut de l'autre vie, l'école anglaise dans l'intérêt particulier ou général. La tendance de la philosophie française, au contraire, depuis Descartes jusqu'à Turgot, Condorcet et Rousseau, c'est d'attribuer à la liberté humaine la valeur d'une fin suprême, qui doit être aimée pour sa beauté propre, pour sa fécondité sans bornes et en quelque sorte pour son infinité.
1. Tableau historique des progrès de Vesprit humain, neuyièmeépoqae..