LE DROIT ET LA FORCE D'APRÈS LES ÉCOLES ALLEMANDES CONTEMPORAINES
Chacun des trois grands peuples modernes, Allemagne, Angleterre et France, se flatte de représenter mieux que les autres par son esprit national Tesprit de l'humanité même. On avait concédé au génie français, depuis le xviii® siècle, Thonneur d'être le moins exclusivement national et le plus vraiment humain : le xvni® siècle, s'intitulait lui-même le siècle « de la raison et des lumières, » le siècle de la liberté, le
1. Voir Hegel, Grundlinien der Philosophie des Rechts^ i^'Ul.— Philosophie de Vespritt Irad. par M. A. Véra, 1867. —- Strauss, Mélanges philosophiques it religieux^ trad. par M, Ritter, 1873. —A. Véra, Strauss j Vancienne et la nouvelle loi, 1873. — Schopenhauer, Parerga und Paralipomena, 2« édit., 1862. — Th. Ribot, Philosophie de Schopenhauer y 1874. — De Hartmann , Philosophie de V Inconscient, 1873. — Kirchinann, Die Grvhdbegriffe des Rechts und der Moral, 1869. — Bluntsclili, Geschichte des Staatsrichts, 1878.
siècle de rhumanité. Aujourd'hui l'espoir de TAUemagne va plus loin : à entendre ses philosophes et sespolitiques, elle ne représenterait rien moins que € l'esprit universel, l'idée absolue, » qui est aussi la puissance absolue. C*est ce que Fichte soutenait déjà avec un enthousiasme d'ailleurs si noble, — le lende* main même de nos victoires d'autrefois qui devaient amener nos récentes défaites, dans ces mâles Discours à la nation allemande, prononcés souvent au bruit du tambour français; c'est ce que répétèrent plus tard Schelling, Hegel et toute son école, c'est ce que redisent maintenant avec une confiance voisine de l'orgueil les philosophes , les théologiens, les politiques du nouvel empire.
$ous ces rivalités nationales se cachent de graves questions philosophiques et sociales. Les Allemands ne semblent pas avoir les mêmes idées^que nous sur la justice, sur le droit naturel et sur le droit écrit ; l'Angleterre a aussi sur ce point ses. doctrines et ses traditions. L'esprit public change donc avec les peuples, et il ne saurait être indifférent de ccmnattre quelles conceptions se font de la société humaine ceux qui prétendent la diriger. Ne pourrait-on dire que les trois plus importantes nations de notre temps semblent vouloir se partager les diverses notions philosophiques du droit et de Tordre social pour les développer dans la théorie et dans la pratique? Tandis