‹ L'idée moderne du droit (volume 2)Chapitre 61 sur 77 · L*ÉCOLE THÉOCRATIQUE · texte numérisé non relu

L*ÉCOLE THÉOCRATIQUE

sans manquer pour cela aux règles strictes de la justice égale pour tous et également exigible chez tous? ne puis-je pas être en dehors de mon devoir, surtout de mon devoir religieux, sans être en dehors de mon droit et sans blesser votre droit égal au mien? Comment se fait-il que nos codes renferment encore soit des privilèges, soit des prescriptions fondées sur de simples croyances religieuses ou morales, tell^ que celles qui concernent l'observation du dimanche, Tindissolubilité du mariage, Tinscription religieuse imposée même aux libres-penseurs, et d'autres encore? Au point de vue du droit pur, la liberté extérieure est respectable tant qu'elle ne supprime, pas régale liberté d'autrui, et la liberté intérieure est absolument respectable, sans condition et sans réserve : telle est la conclusion générale à laquelle on aboutit quand on a examiné les systèmes qui veulent rabaisser la liberté au rang d'un simple moyen pour ériger en une fin absolue leur idée du vrai, leur idé^ du juste, leur idée de la religion, en un mot, leur conception du bien. La souveraineté du but est la négation du droit. La défiance des systèmes théocratiques à Pégard de régal ité vient du rôle secondaire qu'ils prêtent à la liberté. La liberté,' dans l'échelle des moyens et des fins, doit occuper le degré suprême : elle a sa valeur en soi. Un remède n'est qu'un moyen en vue de la santé, et il peut être aussi un poison. Il emprunte donc

toute sa valeur au résultat ; il ne subsiste pas dans la santé même et au contraire doit disparaître dans la santé. Telle n'est pas la liberté dans son rapport avec le bien; elle est à la fois à elle-même son moyen et sa fin : elle est moyen quand on la considère comme déjà commencée et en voie de développement, elle est fin quand on la considère comme développée et dans son achèvement idéal. La liberté encore imparfaite en nous ressemble à la flamme dont on se sert pour allumer un foyer de chaleur et de lumière : ce qu'on veut produire au moyen de cette ilamme, ce n'est pas quelque chose qui en diffère réellement, c'est une flamme plus grande dans laquelle Tautre subsistera tout entière ; de même ce que nous devons produire par le moyen de la liberté, ce n'est pas une chose qui soit différente d'elle-même : c'est une liberté plus grande, plus égale, plus universelle, c'est une liberté qui vivifie tout le monde moral et social.

OBJECTIONS DE l'ÉCOLE ARISTOCRATIQUE. — LA THÉORIE

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