‹ L'idée moderne du droit (volume 3)Chapitre 34 sur 73 · Science de la morale^ II · texte numérisé non relu

Science de la morale^ II

III. CRITIQUE DE l'iDÉE TRADITIONNELLE DU DROIT EN FRANCE. — LE DROIT ET LE LIBRE ARBITRE

Les philosophes de notre pays s'en sont tenus trop souvent, dans leurs théories du droit, à des expressions vagues et générales sur la < dignité, » sur le € respect de la personne humaine, » au lieu de déterminer nettement ces trois points : la valeur de la liberté, la relation de la liberté avec sa fin, la nature intime de la liberté. En premier lieu, il eût fallu marquer avec plus d'exactitude le fondement et le degré de cette dignité qu'on attribue aux êtres libres; est-elle limitée ou infinie, subordonnée ou indépendante, relative ou absolue? «En d'autres termes, pour quelle raison précise la liberté est-elle grande, noble, inviolable? A- t-el le sa valeur en elle-même ou Pemprunte-t-elle à un principe supérieur? Victor Cousin, et généralement les spiritualistes de Técole française,

ont subordonné la liberté an devoir, à la « loi morale, » à la < loi de la raison, » à nne règle fouroie par l'intelligence; mais alors comment soutenir que le libre arbitre est en lui-même sacré et respectable? Comment la liberté peut-elle être ainsi tout ensemble inviolable et subordonnée à une fin? Cette relation de la liberté à sa fin n'était guère expliquée dans l'école de Victor Cousin. On ne la concevait plus à la manière de Kant et de Fichie, selon lesquels la fia de la liberté est la liberté même : on n'aurait osé dire avec eux, au sens propre des mots, que « l'bumanité est fin en soi^ » ou avec Proudhon et les partisans de la morale indépendante, que la justice est humaine, rien qu'bumaine, que le principe du droit est l'homme même et nou quelque être supérieur ou quelque loi supérieure. La liberté demeurait donc un simple rnoyen pour l'accomplissemeot de notre destinée; or il ne semble pas que ce qui est seulement un moyen puisse fonder un droit absolu. Dans le fait, ou a tou* jours vu Victor Cousin et les doctrinaires maintenir avec Royer-Collard et Guizot ce qi^'ils appelaient « la souveraineté de la raison, » les« droits de la raison, » et en déduire dans la politique des conséquences favorables à Taristocratie, ce droit des plus raisonnables et des plus sages, ou de ceux qu'on pr/ juge tels. -Le compromis de la monarchie constitutionnelle, mélange de 'principes opposés, était l'expression fidèle

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