‹ L'idée moderne du droit (volume 3)Chapitre 58 sur 73 · Dialogues philoêophiquest · texte numérisé non relu

Dialogues philoêophiquest

si, un Joar, la vivisection sur une grande échelle était nécessaire pour découvrir les grands secrets de la nature vivante, j'imagine les 'êtres, dans Textase du martyre volontaire, venant s'y offrir couronnés de fleurs. Le meurtre inutile d'une mouche est un acte blâmable ; celui qui est sacrifié aux fins idéales n'a pas droit de se plaindre, et son sort, au regard de Tinfini (tî^ Oeî^), est digne d'envie... C'est chose monstrueuse que le sacrifice d'un être vivant à l'égoïsme d'un autre; mais le sacrifice d'un être vivant à une fin voulue par la nature est légitime... Le grand nombre doit penser et jouir par procuration... Quelques-^ans vivent pour tous. Si on veut changer cet ordre, personne ne vivra. > On retrouverait une théorie analogue dans Joseph de Maistre, qi;i en fit le fond de sa doctrine du sacrifice. — La conséquence finale du système est, sous toutes les formes, la condamnation de l'égalité. < Les hommes ne sont pas égaux, les races ne sont pas égales. Le nègre, par exemple, est fait pour servir aux grandes choses voulues et conçues par le blanc. » Ce n'est pas à dire que le nègre n'ait point de droits; mais les droits sont inégalement distribués selon l'inégalité même des êtres. « Le princix)e le plus nié par l'école démocratique est l'inégalité des races et la légitimité des droits que confère la supériorité de la race. » Le droit, au contraire, varie selon les êtres et se mesure à leur valeur réelle. « Il ne suit

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pas de là que cet abominable esclavage américain fût légitime. Non-seulement tout homme a des droits, mais tout être a des droits. Les dernières races humaines sont bien supérieures aux animaux ; or nous avons des devoirs même envers ceux-ci. » On voit que pour M. Renan le droit est le corrélatif de tout devoir, et le devoir se confond finalement pour lui, comme pour le christianisme, avec la bonté : « bonté universelle, amabilité envers tous les êtres, voilà la loi sûre et qui ne trompe pas... Ce n'est pas assez de ne pas faire du mal aux êtres ; il faut leur faire du bien, il faut les gâter, il faut les consoler des rudesses obligées de la nature. » C'est donc par pure bonté qu'il faut se dispenser de maltraiter le nègre, c'est par pitié pure qu'il faut le « gâter » et le « consoler », non sans cette arrière-pensée qu'après tout la nature a raison dans ses rudesses et que tout est pour mieux dans l'ordre divin des choses^ . — C'est encore cette sorte de bonté un peu dédaigneuse que, dans une même race, les classes supérieures doivent aux classes inférieures.* Le vrai droit du peuple, c'est le droit d'être aimé, gâté, conisolé, parce que d'autres penseront et jouiront à sa place. € On peut aimer le peuple avec une philosophie aristocrate et ne pas l'aimer en aflOi-

1. « La société) a dit aussi M. Renan, est un édifice à plusieurs étages, où doit régner la douceur, la bonté (l'homme y est tenu même envers les animaux), non l'égalité. « (La Réforme intellectueûey p. 197.)

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cbant des principes démocratiques. Au fond, ce n'est pas la grande préoccupation de l'égalité qui crée la douceur et Taffabilité des mœurs. L'égalité jalouse produit au contraire quelque chose de rogue et de dur. La meilleure base de la bonté, c'est Tadmission d'an ordre providentiel où tout a sa place et son rang, son utilité, sa nécessité même. > La notion de l'inégalité semble à M. Renan si fondamentale qu'il la maintient jusque dans sa Jérusalem céleste, je veux dire dans la < conscience divine », formée du retentissement de toutes les consciences, où chaque être aura sa place proportionnée à sa valeur. « Alors l'éternelle inégalité des êtres sera scellée pour jamais. > Avec la personnalité en moins chez Dieu et chez les âmes, il est facile de reconnaître la cité divine des chrétiens.

Tel est le système à la fois théologique et social de M. Renan. Entre ce système et le christianisme il n'y a point de différence essentielle; ce sont les mêmes idées de justice distributive et de prédestination, de hiérarchie providentielle, d'inégalité providentielle entre les individus et entre les classes, de résignation chez les uns, de bonté chez les autres, de sacrifice et de compensation, la même substitution du principe d'amour au principe du droit. M. Renan finit par dire

lui-même : € C'est bien à peu près ainsi que parlent

les prêtres, mais les mots sont différents. » Il n'est point de hardiesse, point de pardoxe même devant le-

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