‹ L'idée moderne du droitChapitre 26 sur 84 · PHILOSOPHIE DU DROIT EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE DU DROIT EN ANGLETERRE

quelle confiance en la rénovation sociale chez ce groupe varié d'amis qui devait former l'école utilitaire! Que de vues désintéressées, quelle préoccupation d' autrui chez ces hommes qui ne parlaient que d'intérêt et qui considéraient l'amour de soi comme le principe caché de tous nos sentiments ! Cette influence de Bentham en, Angleterre pendant les quarante dernières années, M. Sumner Maine ne craint pas de l'appeler « immense »,et ce qui en fait le secret, ajoute-t-il, « c'est que Bentham a placé sous les yeux de son pays un but distinct de progrès ». — « Nous avions un but, dit à son tour Stuart Mill dans ses Mémoires : réformer le monde. »

Telle est la plus originale et la plus anglaise des écoles anglaises. Moins riche en systèmes métaphysiques et poétiques, moins féconde en métamorphoses, moins variée et moins brillante dans ses développements que la philosophie allemande, la philosophie anglaise semble parfois terre à terre : en passant des régions de la spéculation germanique à celles de l'observation anglaise, il semble que tout s'abaisse et s'aplanit. De plus, les écoles de la Grande-Bretagne, n'ayant point exercé la même influence sur les destinées de notre propre pays, nous offrent en quelque sorte un intérêt moins dramatique ; elles ne sont au fond ni moins instructives, ni moins solides, ni même moins hardies; elles ont en leur apparent positivisme * une élévation réjelle. Nous aurons pourtant à rechercher plus tard si la noblesse des aspirations s'accordera jusqu'au bout, chez les utilitaires, avec le caractère assez prosaïque de leurs principes, et si leurs moyens de réforme sociale, empruntés au seul do-

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liiaino de l'intérêt, ne risquent pas de compromettre à la fin cette cause du progrès et du libéralisme qu'ils veulent sérieusement servir.

Ce qui est certain, c'est que les utilitaires ont fini par être les partisans de la liberté. Economie politique, politique, « sociologie, » cosmologie même, ils ont appelé toutes les sciences à l'aide de la cause qu'ils soutiennent. Lés économistes d'abord, depuis Adam Smith, ont pris plaisir à décrire l'idéale union des intérêts soumis aune loi de libre échange ; même dans les intérêts en apparence les plus opposés ils ont cru entrevoir une harmonie qui, pour se produire, n'a besoin que de la liberté et du temps. Voulez-vous qu'une masse d'eau agitée reprenne son niveau, le mieux est de l'abandonner à la force de gravitation qui réside en chaque molécule ; plus vous agiteriez du dehors cette masse mouvante, plus vous retarderiez le moment du calme. Que le législateur se garde donc de porter une main maladroite sur les intérêts pour les régler du dehors, comme s'ils ne renfermaient pas en eux-mêmes une gravitation naturelle qui tôt ou tard suffit à les mettre en équilibre. Le vrai droit ne doit être que la garantie des conditions économiques propres à assurer le libre jeu des intérêts. Ainsi parle la science utilitaire par excellence, l'économie politique.

La politique aboutit aux mêmes conséquences, que Stuart Mill a développées dans celui de ses livres qu'il croyait le meilleur, la Liberté* Gomme il s'applaudit lui-même, et avec raison, d'y avoir mis en lumière une vérité qu'on ne saurait trop rappeler dans un siècle où l'opinion générale, de plus en plus

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