LE CÔTÉ VBAI DU NATURALISME CRITIQUE DU DROIT CONÇU COMME NATUREL
Le spiritualisme traditionnel, qui a tant de fois invoqué le sens commun, se fait en réalité du droit une idée peu commune, paradoxale même sur plus d'un point. Fondant ce qu'il nomme le droit naturel sur « le respect absolu de la volonté libre », il élève par là la personne humaine à un rang qu'aucune autre doctrine ne lui -confère et que précisément il ne parvient pa&àjustifieraunom de cette nature qu'il invoque.
Les jurisconsultes disaient autrefois du souverain, — roi, empereur ou dieu : « Il est la loi vivante; » selon le spiritualisme, ils devraient dire maintenant de l'homme et de tout homme : « Il est le droit vivant. » Le spiritualisme s'inspire ici de Kant ; celuici, d'autre part, ne faisait que commenter Rousseau et la révolution française en disant : « L'homme est une fin en soi. » — Il faut bien en effet, disent les spiritualistes, que l'homme ait ce haut rang dans la nature, car à ce prix seulement pourra se réaliser son a inviolabilité » : un être n'est inviolable que si sa
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nature s'oppose à ce que, par ruse ou par violence, on le fasse servir d'instrument à un but étranger. Par cela même, l'homme sera vraiment objet de « respect »; car le respect est le sentiment produit par Tidée d'un être qui, ne pouvant être assujetti à une fin plus haute, doit, en vertu de sa nature même, demeurer maître de soi. Les philosophes et les législateurs de la révolution française ont entrevu plus ou moins clairement ces caractères du droit « naturel » avec les conséquences qui en dérivent; c'est pourquoi ils enseignaient que le droit naturel est « inaliénable et imprescriptible ». Un droit naturel qu'on pourrait aliéner ou annuler au profit de quelque principe plus élevé n'eût été à leurs yeux qu'un droit provisoire et conditionnel, une permission ou une tolérance, en définitive une grâce. Ce mot même de tolérance, Mirabeau voulait le chasser de la langue du droit et s'indignait (non sans raison) qu'on parlât saris cesse de « tolérance religieuse », car la faveur accordée aujourd'hui peut être retirée demain. Un droit toléré est une idée aussi contradictoire que celle des « libertés octroyées », avec laquelle d'ailleurs il se confond : la charte de la conscience et de la nature doit être non le don d'un souverain, mais la propriété naturelle de tout homme.
Comme on le voit, le droit naturel, avec tous les attributs que les spiritualistes lui confèrent, n'est rien moins qu'une chose sans équivalent dans la nature même, par conséquent inestimable et sans prix. Dans la balance symbolique de la justice, sup posez d'un côté un individu avec ce que l'école spiritualiste regarde comme un de ses droits naturels les