‹ L'Idée, ou Critique du Kantisme [microform]Chapitre 16 sur 50 · IL« D · texte numérisé non relu

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versalité. Mais ce mot lui-même a deux sens assez différents, qu'il faut déterminer.

Il y a d'abord ce qu'on appelle l'universalité scientifique. Si l'on compare entre eux les habitants de l'Afrique tropicale, on remarque, à travers leurs difTérences individuelles, un certain groupe de caractères communs : ils ont tous la peau noire, les cheveux crépus, le nez épaté, les dents implantées obliquement dans les mâchoires, les lèvres grosses et saillantes ; et ce groupe de caractères communs constitue ce qu'on appelle la race noire. On peut trouver par le même procédé deux autres groupes de caractères communs, dont l'un forme la race jaune, et l'autre la race blanche. Si, après avoir comparé les individus, on compare les races ellesmêmes, on découvre de nouvelles différences, mais aussi de nouvelles ressemblances : on obtient un autre reliquat de caractères communs plus pauvre, mais plus général, qui s'appelle l'espèce. La couleur de la peau, celle de la barbe et des yeux, la gran^ deur de la bouche, la grosseur des lèvres, l'implantation des dents varient d'une race à l'autre. Mais l'attitude verticale du corps, le mode de locomotion à l'aide des membres postérieurs seulement, la conformation différente du pied et de la main,rabsence de queue, la proéminence du nez, le nombre et la forme des dents, sont autant de traits de ressem-

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CARACTÈUES GÉNÉRAUX DE l/IDÉE

blance qu'on trouve chez tous les habitants de la machine ronde. On peut comparer de la môme manière les animaux entre eux, les plantes entre elles, les minéraux entre eux, et l'on trouvera dans chacun de ces règnes des caractères d'une extension de plus en plus grande, d'une compréhension do plus en plus pauvre, à mesure qu'on s'élèvera de la famille à la race, de la race à l'espèce. Que l'on compare enfin Ihomme à l'animal, l'animal à la plante, la plante à la matière brute, et Ton verra se former une hiérarchie nouvelle de caractères communs dont la compréhension va aussi diminuant à mesure que leur extension s'accroît. Cette extension des mêmes caractères à un nombre plus ou moins considérable d'individus, leur présence en plusieurs points de l'espace et du temps : voilà l'universalité scientifique.

11 y a de plus dans chaque idée ce qu'on peut appeler l'universalité logique. Je vois de ma fenêtre un mur blanc au delà duquel de grands arbres se balancent tristement au souftle d'un vent d'hiver. La blancheur de ce mur n'appartient qu'à lui : c'est un de ses modes. Elle n'existe et ne peut exister qu'en lui. Mais que cette propriété devienne l'objet de mon intelligence, que je la considère à part et l'isole mentalement de son sujet, immédiatement et sans qu'on ait recours à aucune

comparaison, elle revêt un aspect tout nouveau, d'un ordre absolument différent. Elle n'est plus la blancheur de ce mur,mais simplement lablancheur; par là même je la comtois comme réalisable en un nombre indéfini de murs et d'autres corps, en tous les temps et tous les lieux. De particulière qu'elle était d'abord, la blancheur du mur que je vois devient universelle, et cette universalité est sans bornes : elle égale l'infini, elle est absolue.

Mais, pour bien faire entendre la différence de l'universalité scientifique et de l'universalité logique, il faut entrer dans quelques nouveaux détails.

L'universalité scientifique s'obtient par voie de comparaison, et cette voie est difficile, comme celle du paradis ; on peut même dire qu'elle ne mène pas toujours au but, quelque soin qu'on mette à s'y bien conduire. Et de là vient qu'on n'aboutit qu'à des classifications provisoires. En 1776, Linné répartissait les animaux en six classes, qui étaient les suivantes :

l*" les mammifères;

2** les oiseaux ;

S'' les amphibies ;

4** les poissons ;

5° les insectes ;

GMesvers*.

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