Préface du tome IV des Œuvres, écrite en I8i
l'idée
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fois plus expérimentale et plus large : nous voulons parler de ce regard intérieur qui enferme dans son champ à peu près tous les phénomènes de notre vie mentale, représentations, voUtions, émotions, désirs, mouvements; nous voulons parler de la conscience psychologique.
Qu'est-ce que cette conscience ? 11 esl inutile de le définir ; car chacun le sait par le fait même qu'il pense. On peut ajouter que la conscience échappe, parnature, à toute définition. Elle y échappe parce qu'elle est essentiellement simple; elle y échappe aussi pour cette raison plus spéciale qu'étant la source de toute connaissance, de la dernière des sensations comme de la plus haute idée, elle reste toujours ce qu'il y a de plus lumineux dans ce que nous pensons.
Mais, si la conscience ne se définit pas, on peut esquisser les formes qu'elle revêt ; et c'est ce qu'il importe de faire dès maintenant au point de vue où nous sommes placé.
Lorsque la conscience saisit une représentation qui surgit par elle-même du fond de notre être ou nous arrive comme une dernière ondulation du mouvement extérieur, on a ce qu'on peut appeler une perce ptinn.
IDEE ET CONSCIENCE
Lorsque la conscience prend garde à la représentation déjà donnée, soit pour en pénétrer la nature, soit pour en mesurer les conséquences, elle se nomme attention ;ei l'attention peut à son tour avoir deux caractères différents, suivant la cause qui la provoque. Ou bien elle tient à Témotion, et, si l'on veut un terme plus général, à l'intérêt, comme il arrive d'un sanglier qui aperçoit subitement la carabine du chasseur; et tout le monde reconnaîtà cet indice Vattention spontanée. Ou bien l'application de la conscience au phénomène perçu provient du vouloir proprement dit, non du désir; et c'est Vattention libre.
Enfin, quand la conscience se replie sur ellemême, ou pour étudier son essence, ou pour connaître les émotions qu'elle enveloppe d'ordinaire et qui sont ses propres modalités, elle porte le nom de réflexion ; et cette dernière forme de la conscience est le trait caractéristique de la personne humaine. L'homme seul ici-bas a le double pouvoir et de connaître et de se connaître, et par là même le privilège inappréciable de se posséder, d'être placé dans la main de son conseil.
Ces quelques notions définies, entrons, sans autre préambule, dans le sujet qui nous occupe.
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IDÉE ET CONSCIENCE
La question est de savoir comment la conscience atteint Vidée. Mais cette question en suppose une autre qui est plus vaste : celle du rapport que la conscience soutient, en général, avec ses propres états. C'est donc ce rapport qu'il importe de déterminer; car, sa nature une fois connue, la solution cherchée en sortira comme l'un de ses corollaires.
Aux yeux de Kant, entre la conscience et notre âme elle-même il y a toute une hiérarchie de formes innées: la double loi de la sensibilité, les catégories de l'entendement. C'est du sommet de cette hiérarchie que chacun s'aperçoit lui-même, à peu près comme on voit l'Egypte du haut des Pyramides, quand ce pays se couvre de son voile de brume étincelante. Entre notre pensée et notre être s'interpose un milieu essentiellement réfringent. Non seulement nous ne nous possédons pas par la connaissance, mais encore nous n'y pouvons trouver de notre moi qu'une image profondément altérée. Et cette théorie de Kant domine encore les philosophes contemporains. Si ces philosophes, en effet, ne croient plus aux catégories dont le penseur de Kœnigsberg a dressé le tableau, ils attribuent à la conscience une manière de voir qui lui est inhé-
rente et lui dissimule parla même la nature absolue des choses. A leur sens, l'effort qu'on fait pour saisir la vérité est aussi l'obstacle qui la masque. Ne peut-on pas sortir de cette étroite et désolante prison où la critique a enfermé la raison humaine? N'avons -nous donc un entendement que pour établir qu'il est à jamais frappé d'une impuissauce radicale? Ne peut-on pas montrer qu'il y a quelque moyen de remettre le pied dans l'absolu ; que, si l'homme ne se connaît pas tout entier, il a du moins de lui-même quelque réelle connaissance ? Le problème est difficile, complexe et profond. Nombre de chercheurs d'élite l'ont remué avec autant de vigueur que de patience, sans en trouver la solution délinitive. Mais il nous semble qu'on peut faire avancer la question, si l'on examine d'un point de vue nouveau la manière dont la conscience saisit ses propres états.
La critique, pour radicale qu'elle ait été, n'a pas détruit la règle fondamentale de la méthode cartésienne, puisque c'est sur cette règle qu'elle repose. Il reste vrai qu'on a le droit d'affirmer tout fait, toute idée, toute liaison d'idées qui est évidente. Or, si Ton s'arme de ce principe et qu on étudie à sa lumière le procédé natif de la con-
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science, on s'aperçoit bien vite qu'il n'y a pas lieu de renoncer à l'espérance d'atteindre toute réalité. Si loin qu'on étende le domaine du relativisme, on n'y peut tout comprendre. Il reste toujours une barrière où il faut qu'on s'arrête : ce sont les phénomènes du moi. Supposons que le monde de nos représentations mentales n'ait ni prototype ni fondement dans la nature, qu'il ne nous révèle la réalité d'aucun au-delà. Supposons môme que ces représentations, considérées comme simples affections de notre être, ne soient pas d'une seule pièce, mais qu'elles enveloppent à la fois dans leur contenu les formes de l'esprit qui connaît et l'état ou l'acte connu. Imaginons que notre pensée soit telle de sa nature que nous ne puissions que nous apparaUre, Il n'est pas moins vrai qu'il arrive un moment oii tout acte de connaissance se sépare en deux termes très distincts : d'un coté ce qui perçoit, de l'autre ce qui est perçu. Qu'on multiplie autant qu'on voudra le nombre des formes que la conscience môle à ce qu'elle appréhende ; il se trouve toujours un dernier site d'où elle ne fait plus que voir son objet, d'où elle le voit comme il est. En fin de compte, la parole de Bossuet reprend sa justesse : (( Ce ne sont pas nos connaissances qui font leurs objets, elles les supposent ^ »