XII. —— ENFANT RÉCLAMÉ PAR DEUX MÈRES (GERMAIN LABRI
Nous retrouvons iei une contestation tout à fait analogue à celle que nous avons déjà vue en 1727 (2), deux mères qui réclament un même enfant; mais tandis que le petit Troëlle avait quitté ses parents si jeune que ceux-ci même étaient incapables d'en donner Île moindre signalement, nous sommes ici dans des circonstances où la preuve de l'identité se présente comme beaucoup moins hasardeusé. Voici comment lés choses s'étaient passées.
La femme d’un maçon parisien, Jean-François Noï-
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(1) MHÉyJAN, Causes célèbres et arrêts qui les ont décidées, IV, p. 314.
(2) Affaire Troëlle-Brunot
Ab
sen, avait eu quinze enfants. Le dernier naquit et fut baptisé à Saint-Jean-de-Grève sous le nom de François- Michel, le 22 décembre 1762. Après seize mois passés en nourrice en Normandie, il fut ramené chez ses parents, où, au cours d’une maladie qui se déclara peu après, il fallut le saigner au bras droit. Outre les traces qui lui en restèrent, il avait encore au genou gauche, le chirurgien vint lui même le certifier au cours des débats, une cicatrice assez apparente due à une opération qu'il avait subie tout jeune. À noter, enfin, qu'il n'avait pas eu la petite vérole quand, le 13 aoûi 1766, jouant avec ses frères et sœurs sur le quai de l’Infante, il disparut. Toutes les recherches restèrent vaines, mais, deux ans plus tard, le 16 juin 1768, sa marraine, la veuve Desneux, voyant passer un petit garçon dans la rue, crut reconnaitre son filleul, l'appela, l’interrogea, et se confirma dans l'idée qu'elle avait retrouvé le petit Michel: sa mère et ses petits ‘amarades le reconnurent sans hésitation: on retrouva la cicatrice au genou dont nous venons de parler: et toute la famille se réjouissait déjà de cet heureux hasard, quand une femme Girandal survint et réclama l'enfant : « C’est, dit-elle, le petit Germain Labri, né le 30 mai 1762, peu après la mort de son père, et mis chez € Ile en pension depuis deux ans déjà, alors que le petit Noisen n'est perdu que depuis vingt-deux mois ». Une discussion s'élève et ne tarde pas à s’envenimer entre les deux femmes: le commissaire intervient: la veuve Labri, apprenant ce qui se passe, vient à sou tour réclamer son fils au lieutenant de police, et