MAT
affirmer que, lui aussi avait une cicatrice au genou gauche; bref, devant les difficultés d’une: aussi délicate affaire, une ordonnance remet provisoirement l'enfant à la garde des époux Noisen et le jugement définitif est laissé à l'appréciation des juges du Châtelet. Le procès y fut porté le 30 septembre 1763, et, à peine l'enfant interrogé eut-il répondu que la veuve Labri n’était point sa mère, que celle-ci tomba évanouie au milieu du tribunal. Cette manifestation de sa tendresse maternelle parut une preuve de sa sincérité et du bien fondé de sa réclamation; le public qui, jusque là, lui avait été plutôt hostile, se prononça immédiatement en sa faveur: les juges eux-même, qui avaient déjà confirmé l’ordonnance provisoire, se laissèrent émouvoir et examinèrent les choses de plus près: bref, cet évanouissement fort opportun, dont personne ne suspecta la sincérité, mais qui aurait pu fort bien être une comédie habilement jouée, fut la cause d’un changement radical dans la procédure commencée : au lieu de s’en rapporter aux dires d'un enfant qui n'avait pas vécu auprès de ses parents depuis l’âge de trois ans et demie et aux témoignages toujours dangereux de ceux qui prétendaient le reconnaître, on consulta des chirurgiens qui, seuls, pouvaient donner leur vraie valeur aux preuves que l’on croyait avoir. Sur les causes de la cicatrice remarquée au genou de lenfant, leurs avis se partagèrent, mais ils furent unanimes à constater d’une part l'absence de toute trace de saignée, de l’autre les vestiges d’une petite vérole remontant déjà à plusieurs années, alors qu'il était prouvé par
l'aveu de sa propre mère que le petit Michel ne Favait pas eue encore lors de sa disparition. Si l’on ajoute à cela les nombreux témoignages de voisins qui venaient contrebalancer ceux qu'apportaient les époux Noisen, et la possession d'état qui, dès le début de l'instance, fut alléguée par la veuve Labri avec de grandes apparences de vérité, mais à laquelle on n'avait d’abord attaché qu'une beaucoup trop mince importance, la preuve de l'identité de l'enfant pouvait être considérée comme faite. Aussi fut-il déclaré être Marie-Germain Labri, né à Boisset, le 30 mai 1762, jugement qui fut confirmé par le Parlement le 19 février 1770.
On ne peut certes pas nier que les magistrats aient eu ici une tâche délicate à remplir, en face de cette similitude des deux physiques, des deux âges, des deux cicatrices, entre ces deux actes de naissance également dignes de foi, entre ces deux revendications également touchantes : il y fallait à la fois un esprit perspicace et beaucoup de fermeté. Mais, à une époque où l’on avait enfin compris, dans de pareilles questions, l'inanité des témoignages, plus de trente ans après ces conclusions de l'avocat général Desclaux-Mesplez que nos avons vues dans l'affaire Garisère et qui avaient si clairement montré la nouvelle voie à suivre, il est curieux de remarquer combien la procédure était encore imprégnée des anciens usages : sans l'incident tout fortuit qui fit décider un examen plus approfondi et suttout une expertise médicale, on s’en serait. tenu à fa seule preuve par témoignage, et très probablement, le Jugement qui serait intervenu aurait été le contre pied
de celui qui fut rendu et qui eut l'approbation du Parlement.