‹ L'Identité: Au point de vue judiciaire: Son histoireChapitre 48 sur 68 · TELE · texte numérisé non relu

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depuis cette époque citent à l’envi comme l’exemple classique des procès d'identité. Cette célébrité est d’ailleurs assez explicable. Outre l'intérêt de curiosité qui s'attache toujours à une erreur judiciaire et à sa réparation, outre la notoriété du chirurgien qui y fut mêlé, il est certain, malgré les exagérations que l’on a pu soutenir et sur lesquelles nous aurons à revenir tout à l'heure, que l’on voit ici pour la première fois l’expertise médicale jouer le rôle primordial auquel elle a droit dans toute contestation d'identité, et un rapport rédigé suivant des règles strictement scientifiques. Aux environs de l’année 1750, dans un hameau voisin de Reims, un certain Baronet avait disparu. Matgré toutes les recheches, on n’en avait eu aucune nouvelle pendant vingt-deux ans, quand il revint parmi les siens, alléguant un long voyage, redemandant ses biens, et réclamant une succession qui venait de S’ouvrir. Sa sœur, qui était Sa cohéritière, prétendit ne pas le reconnaître, et, malgré la crédulité ordinaire de la foule en pareilles circonstances, l'opinion se manifesta cette fois contre lui, et il fut universellement déclaré qu'il était un nommé Babilot, fils d’un vigneron de l'endroit et disparu, lui aussi, depuis fort longtemps : le vigneron lui-même, s'étant un instant laissé circonvenir, avait dit devant témoins reconnaître son fils, et, margré la rétractation qu'il ne tarda pas à faire, ses premières déclarations donnèrent un grand poids à lacte de notoriété publique qui fut aussitôt après rédigé. Bref, par sentence du 29 octobre 1773, le bailliage de Reims se prononça dans le même sens et condamna le récla-

mant à être flétri comme faussaire et spoliateur de succession et à subir les galères perpétuelles.

Les choses en étaient là, et Baronet traversait déjà Paris pour rejoindre le vaisseau sur lequel il devait subir sa peine, quand une sœur de Babilot, désireuse d'embrasser une dernière fois son frère et en ayant obtenu l'autorisation, déclara bien haut que ce n’était pas lui qu’elle avait devant les yeux et que le jugement de Reims n'avait fait que confirmer une funeste erreur. Pendant près de deux ans, cependant, toutes les réclamations restèrent vaines et ce ne fut qu’au bout de ce temps que le Parlement de Paris décida la revision du procès. Mais cette fois on ne Ss’en tint pas aux témoignages; le célèbre chirurgien Louis, celui-là même qui devait quelques années plus tard perfectionner la guillotine, fut chargé par réquisition du Parlement de faire un rapport sur les différences qui pouvaient exister entre le condamné et ce qu'on savait de certain sur Babilot. Cette consultation, qui peut servir de modèle du genre, telle est la minutieuse précision avec laquelle chaque point est successivement examiné, nous ne pouvons pas songer à la rapporter tout entière, mais en voici à peu près le résumé. En premier lieu, Babilot avait à la cuisse une tâche indélébile, le condamné n'a ni tache ni trace d'acide où de matière colorante: en second lieu, Babilot avait les épaules hautes, mais il était très droit, très bien fait et ne boitait nullement : au contraire, le condamné est voûté, boîte d’une façon fort sensible e{ présente une légère déviation de côté de la colonne ver{ébrale: troisièmement, Babilot avait une

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cicatrice à la joue ef Baronet également une cicatrice au sourcil : le condamné présente la seconde, mais n’a aucune {race de la première; enfin, ils avaient tous les deux une cicatrice au cou du côté droit, mais celle de Babilot provenant de l'opération d’un abcès et celle de Baronet d’un coup de pied de cheval, et il est facile de voir que celle que présente le condamné est due à une cause purement accidentelle.

L’évidence même jaillissait de ce lumineux rapport et de l’ensemble des faits qu'il constatait ; le malheureux condamné fut solennellement réhabilité, déchargé de toute peine et remis dans tous les biens auxquels il avait droit (arrêt du 26 août 1778).

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