MENTALE
Messieurs,
Nous étudierons cette année l'Idiotie. Nous verrons ensemble les différents types d'idiots qui sont dans mon service, nous étudierons leurs instincts, leurs sentiments, leurs lueurs d'intelligence et de volonté et nous verrons quel est le traitement que nous devons appliquer à ces pauvres déshérités de la nature humaine pour qu'ils cessent d"être à charge à tous.
L'éducation de l'idiot nous arrêtera un certain temps, car tous nos efforts doivent tendre à ce but : rendre utile à lui-même et à la société un être qui a été jusqu'alors sinon nuisible, du moins inutile et coûteux. Mais avant d'aborder cette étude intéressante, nous étudierons les lois de l'hérédité en général et de l'hérédité morbide en particulier et qui, sous le nom de dégénéres-
J. VulblN.
cence menlale, a été si bien décrite par MoreP.
L'hérédité physiologioe est la transmission des parents aux enfants, de leurs caractères physiques intellectuels et moraux. « C'est, dit Ribot - , la loi biologique en vertu de laquelle tous les êtres doués de vie tendent à se répéter dans leurs descendants. Par elle la nature se copie et s'imite incessamment. »
Tout le monde est d'accord sur la similitude des traits transmis plus ou moins complètement aux descendants.
Ce fait désigné sous le nom de ressemblance est connu et remarqué de tous et vous entendrez dire couramment dans la conversation : « Comme cet enfant ressemble à son père, » ou bien : « C'est vraiment le portrait de sa mère. » Cette similitude très marquée des traits et particuhèrement de certains traits accentués et donnant un véritable caractère à la physionomie, se continuant chez les descendants, fit donner à certaines familles de Rome des noms spéciaux qui sont devenus le type de la race. Ainsi sont nées les familles des Capitones, des Labiones, àesNasones et des Buccones.
De nos jours encore, en France, vous entendrez souvent dire : « 11 a le type Rourbonien, il a le- type Napoléonien, » suivant que le nez ou le menton donne à la face un caractère spécial.
Mais la similitude des traits du visage n'est pas
(1) Morel. Traité des dégénérescences de l'espèce humaine. Paris, 1857.
(2) Th. Ribot. De l'hérédité psychologique. Paris, 1882.
nÉRÉDITÉ
seule transmise des parents aux enfants, la taille, l'attitude parliculière, la démarche peuvent aussi se transmettre. Il en est de même de certaines particularités, comme des taches jaunes ou rouges de la peau, les iiœvi materni^ etc.
A Thèbes vivait une famille dont tous les descendants portaient sur le corps en naissant la forme d'un fer de lance ; cette particularité s'est perpétuée plus tard en Italie chez les Lansada.
Dans d'autres familles, vous trouverez chez tous les individus un 7iœmis placé au même point du corps et cette petite diETormité est devenue le signe de l'identité.
Chez d'autres, c'est la coloration des cheveux ou des yeux qui se perpétue chez les descendants.
Enfm^ certaines petites difformités peuvent aussi se transmettre : telle la conformation des doigts, par exemple. Je vous citerai une famille entre autres, comptant six enfants et dans laquelle tous ont la phalangette du pouce très petite, et mesurant à peine un demi-centimètre.
Indépendamment des quaUtés physiques et des défauts transmis aux descendants par les parents, vous voyez enaore les quaUtés morales et intellectuelles faire partie de l'héritage des enfants. C'est qu'en effet les fonctions sont transmises en même temps que les organes.
La^ générosité et la bonté sont l'apanage de certaines familles, de même que certaines aptitudes musicales ou picturales se succèdent chez d'autres pendant plusieurs générations. Il en est de même pour l'arithmétique et les sciences.
Ainsi ont brillé les familles Francisco Bassano, Bonheur, Théniers, Van de Welde, etc. , qui se sont distinguées par leurs tableaux.
Bach, ce musicien fameux, a légué à toute sa descendance des aptitudes musicales extraordinaires (1550-1800).
Parmi les mathématiciens, nous avons Bernouilli; chez les naturalistes, Jussieu, dont un descendant m'est connu ; cet enfant de treize ans qui ne porte pas le nom de son illustre aïeul, car il se rattache à la famille Jussieu par sa mère, présente d'extraordinaires aptitudes pour les sciences naturelles.
Mais, messieurs, pour que ces aptitudes puissent se développer, il faut que l'individu soit placé dans un milieu convenable.
Les mobiles inférieurs de l'intelligence, les instincts surtout sont éminemment transmissibles, mais hâtons-nous d'ajouter qu'ils peuvent être très modifiés par le milieu dans lequel vit l'individu, et par l'éducation surtout. Or, une fois que ces modifications existent, elles sont transmises héréditairement. Vous voyez donc la possibilité de l'améUoration.
Nous avons pris ici la conception type, la coriception idéale de l'hérédité, mais la transmissibilité aux enfants de toutes les qualités physiques morales et intellectuelles des parents est loin d'être toujours complète et aussi simple dans toutes les familles. Nous voyons en effet souvent des différences très marquées tant au point de vue physique que moral et intellectuel, entre les
nÉRÉDITB
enfants, non seulement de sexe différent, mais encore du même sexe, deux sœurs par exemple; non seulement d'âge différent, mais encore du même âge par exemple deux jumeaux.
Gomment expliquer ces différences, à quoi tiennent-elles?
Tantôt, en effet, l'enfant présente les qualités morales et intellectuelles de la mère; d'autres fois c'est le contraire. On voit des enfants n'ayant aucune ressemblance ni avec le père ni avec la mère, mais rappelant très bien un ancêtre. On a encore observé des enfants qui dans leur jeune âge ressemblaient à leur père et qui plus tard au moment de l'adolescence prennent les caractères physiques, visage, taille, physionomie, attitude de la mère ; pourquoi cette métamorphose de l'image de l'une dans l'image de l'autre ? (Girou de Buzarringues : De la Génération^ p. 132.)
Etant donné le mode de génération chez l'homme, on pourrait penser que l'enfant doit présenter les qualités des deux générateurs également proporlionnées. Mais vous voyez qu'il en est rarement ainsi et que presque toujours l'un des facteurs l'emporte sur l'autre. Pourquoi n'est-ce pas toujours le même ? Comment le père donnera-t-il à sa fille ses qualités physiques et intellectuelles et créera-t-il un sexe différent du sien? — Pourquoi donnera-t-il à son enfant ses qualités physiques, le laissant dépourvu de ses qualités morales et intellectuelles ?
Ce sont des faits que Ton ne peut guère expli-
qucr, mais que l'on constalc. — Darwin * les a recueillis et groupés et il en a tiré les lois générales suivantes :
1° Loi de l'hérédité directe et immédiate. — Les parents « ont une tendance à léguer à leurs enfants tous leurs caractères psychiques, généraux et individuels, anciens et nouvellement acquis ».
Cette loi n'est pas réalisable, pour ainsi dire, car il y a presque toujours, nous venons de le voir, un générateur prépondérant, sans cela l'enfant serait la moyenne exacte des deux générateurs.
2" Loi de prépondérance dans la transmission des CARACTÈRES. — La prépondérance d'action dans la transmission de l'un ou de l'autre des générateurs peut être directe ou croisée, c'est-à-dire suivre le sexe, ou, au contraire, s'effectuer d'un sexe à l'autre. Ceci nous explique comment des hommes remarquables ont pu avoir des enfants très ordinaires ressemblant à leur mère. — Or, il faut encore remarquer ce fait curieux que c'est presque toujours la fille qui hérite du père et le fils de la mère. — Aussi quand vous voudrez suivre la transmission des qualités d'un grand homme dans ses descendants, cherchez plutôt parmi les enfants de sa fille. — C'est ainsi que cet enfant dont je vous parlais à l'instant, bien que descendant de Jussieu par sa mère, ne porte pas ce nom et présente cependant des aptitudes héritées
(1) Darwin. De la variation des espèces.
IIÉKÉDITÉ
du grand naLuralisle. De même encore une mère sans qualités laitières, mauvaise nourrice, aura de par son fils des petites-filles également mauvaises nourrices, qui auront hérité cela de leur grand'mère.
3° Loi de L'iiÉRÉuriÉ médiate ou en retour. — Atavisme. — Les descendants héritent des qualités physiques ou mentales propres à leurs ancêtres auxquels ils ressemblent sans ressembler à leurs propres parents.
Cette hérédité en retour est plus fréquemment directe, du grand-père au petit-fils, qu'indirecte ou collatérale, de l'oncle au neveu. — Remarquons encore ici en passant que cet héritage est surtout marqué du côté des ancêtres maternels.
4° Loi d'hérédité aux périodes correspoindaintes de LA VIE. — Hérédité homochrone ; apparition chez les enfants de certaines dispositions physiques et mentales très nettes se manifestant chez eux au même âge que chez les ascendants.
o'' Loi d'influence. — Lorsqu'une femme s'est mariée deux fois, les enfants du second mariage peuvent ressembler à ceux du premier mari.
Mais ces lois d'hérédité sont loin d'être constantes et fatales ; les êtres procréateurs, comme le dit Burdach, ne se répètent pas en entier dans leur fruit. — Ce qui se transmet le plus ordinairement et le mieux, c'est Je physique; il y a surtout certaines particularités dans la configuration du corps, spécialement du côté de la face, du nez, des yeux, de la bouche, ou bien certaines
défecluosités du tronc, des membres, qui se perpétuent dans la famille et c'est à cette imperfection que le type transmis devient reconnaissable.
Lucas ' a essayé d'expliquer ces exceptions par la loi d'innéité. — En elTet, pour cet auteur, le fait biologique de la génération est régi par deux lois, Tune d'hérédité, l'autre d'innéité. — Tandis que par la première la nature s'imite constamment et se répète, par la seconde la nature crée et invente de toutes pièces, d'où les différences précitées. — Ces deux principes combinés, d'après Lucas, nous donnent l'explication de ce fait: à savoir que les êtres vivants appartenant à une même espèce peuvent se ressembler entre eux par leurs caractères spécifiques et différer par leurs caractères individuels.
Les faits relevés par Lucas sont exacts, mais la façon dont il les explique n'est pas satisfaisante ; aussi sa loi d'innéité n'est-elle pas admise par tous les auteurs.
Weismann - et Gallon ^ pour expliquer cette dissemblance dans l'hérédité qui veut que le semblable engendre le semblable, pour rendre compte de cette variabilité dans l'hérédité, admettent une autre théorie. — Ils pensent que le plasma germinatif avant la conjugaison des pronuclei mâle et femelle qui forment le germe, est expulsé en
(1) Lucas. Traité philosophique et physiologique de V hérédité nalurelle, 1850.
(2) Weismann. Die ConLinuilal der Keimplasmd's als Orundlage einer théorie der Vererbung. léna, 1885.
(3) Gallon. Ilcreditary Genius. London, 1869.
partie de l'œuf sous la forme de corpuscules dits corpuscules polaires. Cette portion expulsée, plus ou moins considérable, est remplacée par l'arrivée du pronucleus mâle. La quantité utilisée du pronucleus mâle est donc plus ou moins grande et varie à chaque fécondation. Pour ces deux auteurs c'est dans cette variabilité des pronuclei au moment de leur conjugaison qu'il faut chercher la cause et l'explication des différences dans les produits des générateurs.
- Or cette différence porte sur les propriétés physiques ou sur les propriétés psychiques, suivant l'état physique et l'état psychique des procréateurs.
Mais alors comment expliquer la constance de la transmission des qualités de la race dans la descendance? — Weismann, Turner et Galton admettent que dans le germe il y a deux classes de cellules distinctes ayant des destinées différentes. Les unes, cellules somatiques ou personnelles, seraient destinées au développement du corps; les autres, cellules reproductrices, seraient destinées à la reproduction.
Les premières de ces cellules, donnant la constitution somatique ou personnelle de l'individu, ne pourraient exercer aucune influence sur les secondes cellules reproductrices. Donc, d'après ces auteurs, les propriétés morphologiques et autres qui caractérisent une famille, une race ou une espèce, dérivent seulement des cellules reproductrices, grâce à la continuité de leur plasma germinatif, et elles ne peuvent être modifiées par
l'action des organes et des tissus de l'individu où elles sont situées. Ainsi les cellules formant les corps A et B n'auront aucune influence sur les cellules reproductrices « et 6 que ces individus contiennent. L'individu B descendra non pas de A H- «, mais seulement de a.
Enfin pour expliquer la transmission, des parents aux enfants, de caractères acquis par les premiers, il faut, d'après Weismann, admettre deux cas :
r Ou bien les caractères acquis peuvent provenir de modifications moléculaires spontanées du plasma gcrminatif ; c'est ce qui constitue les caractères blastogéniques;
2° Ou bien l'origine de ces caractères peut être accidentelle, due aux influences des habitudes du milieu, du climat, de la nutrition, etc. Ce qui constitue les caractères somatologiques.
Pour lui, les caractères blastogéniques seraient seuls héréditaires, à l'exclusion des caractères somatologiques.
Mais ceci n'est pas tout à fait l'expression de la vérité. — Darwin a cherché à démontrer que les modifications favorables tendent à se perpétuer dans l'espèce, tandis que les défavorables disparaissent.
Le résultat de cette double action serait une différenciation croissante et la formation d'espèces nouvelles par voie de sélection naturelle. Cette théorie pourrait se définir : « L'hérédité modifiée et influencée par la variabilité. » C'est la connaissance de ces notions sur la sélection et l'hérédité
qui permet à certains éleveurs d'animaux de créer et de perpétuer des races modèles.
D'ailleurs l'influence des milieux n'avait point échappé à Buflon « Trois causes principales, nous dit-il, produisent le changement, l'altération et la dégradation des animaux. Ce sont le climat, la nourriture et la domesticité. — L'homme, blanc en Europe, noir en Afrique, jaune en Asie, rouge en Amérique, n'est que le même homme teint de la couleur du climat. »
Le fait de s'unir ensemble et de propager en commun la grande et unique famille du genre humain à n'importe quelle latitude suffît à Buffon pour établir la loi de l'unité humaine. — Et les preuves qu'il donne à l'appui de son assertion sont nombreuses. — Il suffît de voir dans quel état se trouvent actuellement les porcs, par exemple, qui ont été transportés à Saint-Domingue, les chiens et les chats qui ont été mis dans les forêts d'Amérique. Ces animaux sont revenus à l'état sauvage : le porc a perdu ses poils blancs et sa soie est devenue noire, ses oreilles se sont redressées au lieu de rester pendantes, sa tête s'est relevée. Le chien et le chat ont perdu leur voix. Il y a donc eu dégénération de l'espèce, et les améliorations obtenues par la sélection ontdisparu.
Donc la disparition de l'influence du milieu a fait disparaître des caractères somatologiques, ce qu'a produit dans ces exemples, le retour à l'état primitif, c'est-à-dire la dégénération de la race
(1) Buiïon, t. XIV, p. 311,
que vous devez vous garder de confondre avec la dégénérescence, dont nous aurons à vous parler en étudiant l'hérédité pathologique.
Ainsi, messieurs, nous voyons donc que dans l'hérédité physiologique, en règle générale, le semblable engendre le semblable, mais que toutefois dans cette ressemblance on trouve quelques dissemblances, quelle que soit d'ailleurs la théorie qu'on adopte pour les expliquer.
Si la ressemblance est le caractère fondamental de l'hérédité physiologique, la dissemblance est au contraire la caractéristique de l'hérédité pâtho- • logique dont il nous reste maintenant à vous parler. Les causes de dissemblance dans l'hérédité sont donc presque toutes du ressort de l'hérédité pathologique, car les états morbides physiques, intellectuels et moraux se transforment en passant d'une génération à l'autre, et c'est ce qui constitue la dégénérescence.
L'hérédité pathologique domine presque toute la pathologie interne. — La tuberculose, le rhumatisme, la goutte, l'herpétisme, se transmettent de générations en générations et ceci vous explique le soin que l'on doit prendre, lorsqu'il s'agit d'un mariage, de rechercher les antécédents des parents dans les deux familles. La maladie saute quelquefois une génération, surtout si l'un des conjoints est venu relever la race. Mais bientôt la maladie fait ses ravages dès que deux nouveaux générateurs pathologiques associent leur existence. Et alors nous assistons à une véritable dégénérescence de l'espèce.
Toutes les causes qui affaiblissent réconomie, telles que les intoxications par l'alcool au premier chef, par le tabac, par le seigle ergoté, par la morphine; la malaria, la nourriture défectueuse, soit comme quantité, soit comme qualité, Tair vicié des usines ou des agglomérations d'individus, la misère, la débauche sont les propagatrices de la dégénérescence humaine ^ mais cette dégénérescence de l'espèce humaine revêt un caractère tout particulier dans l'hérédité des maladies nerveuses et mentales.
Ici, l'hérédité morbide gouverne et régit en maîtresse; contrairement à ce qui se passe à l'état physiologique oii les caractères de l'individu sont transrais presque intégralement, à l'état pathologique et surtout dans ces maladies nerveuses, nous voyons les affections les plus diverses apparaître et se succéder dans une même famille pendant une longue série de générations. L'arbre est le même, mais les branches et les rameaux sont variés.
« Cette hérédité morbide des affections nerveuses et mentales, cette dégénérescence si simple qu'on la suppose, nous dit Morel*, renferme des éléments de transmissibilité de nature telle que celui qui en porte le germe devient de plus en plus incapable de remplir sa fonction dans l'humanité, et le progrès intellectuel déjà enrayé en sa personne, se trouve menacé dans celle de ses descendants. »
(I) Morel. Traité des dégénérescences des espèces humaines, loo7.
l'idiotik
En effet, tel père qui n'a qu'une petite nuance à peine sensible de folie aura un fils chez lequel cette affection sera plus accentuée, et un petit-fils qui sera complètement fou. — Ainsi donc les descendants des dégénérés, à moins de circonstances très exceptionnelles de relèvement de la race, offrent des types de dégradation progressive.
Cette dégradation progressive est la règle, et la régénération d'une race est chose très difficile. — La dégradation va donc en augmentant constamment et elle peut atteindre des degrés tels qu'elle se crée des limites à elle-même et que l'humanité se trouve en quelque sorte protégée par l'excès du mal lui-même qui aboutit à la stérilité; c'est ce que nous verrons dans la dégénérescence poussée jusqu'à son dernier terme, l'idiotie crétinoïde.
Tous ces êtres dégénérés ont des caractères externes qui sont véritablement typiques, et plus ou moins faciles à saisir; tels sont la petitesse du crâne, ses malformations diverses, l'asymétrie faciale, les anomalies de forme des oreilles, le prognathisme, etc., etc., telles sont encore des difformités des membres, comme les pieds bots^ les doigts supplémentaires, et tant d'autres. Toutes ces anomalies constituent, messieurs, ce que l'on appelle les stigmates physiques du dégénéré.
A côté de ceux-ci, je dois vous parler des stigmates psychiques, c'est-à-dire d'aberrations des plus étranges dans l'exercice des facultés intellectuelles et des sentiments moraux. — Ces facul-
DÉGÉNlÎRliSCENCE MENTALE
lés et ces senliments peuvent même faire complètement défaut, et c'est le cas dans l'idiotie ou dernier terme de la dégénérescence humaine.
Ces quelques données sur la dégénérescence suffisent à vous montrer déjà que cette dégénérescence peut, suivant les cas, être complète ou incomplète, congénitale ou acquise, susceptible d'amélioration, de modifications heureuses plus ou moins grandes ou entièrement incurable.
Pour bien étudier la filiation dans l'hérédité morbide, nous emploierons les mêmes moyens dont nous nous sommes servi pour l'hérédité physiologique.
Ici encore nous nous servirons des lois de Darwin ' ; vous verrez alors comme je l'ai déjà dit que cette hérédité devient similaire ou dissemblable, homologue ou hétérologue. — Vous verrez aussi quelques cas oij. l'hérédité pathologique est homochrone, c'est-à-dire que l'affection des ascendants apparaît chez les descendants, à la même époque de leur existence ; tel est le suicide.
On aurait donc le tableau suivant .:
1° Directe on rroisée ^ similaire ou
iJiiecie ou cioisee , dissemblable.
/ . f similaire,
2° En retour ou ata- ) \ dissemblable.
Hérédité. ) visnie. i indirecte ou i similaire,
\ collatérale ( dissemblable.
3" Aux périodes correspondantes i similaire,
de la vie (liomochronc). (, dissemblable.
4° D'influence ( similaire,
(Très rare.) ( dissemblable.
L'hérédité directe et convergente, c'est-à-dire
(1) Darwin. Loc. cil.
l'idiotiu
dans laquelle les deux générateurs sont malades, est de beaucoup la plus grave. — Le produit de ces deux générateurs est généralement un dégénéré très avancé, un imbécile ou un idiot. Quand un seul générateur est malade, l'enfant est un dégénéré souvent moins avancé ; mais la dégénérescence héréditaire se transmet néanmoins, et surtout lorsque c'est la mère qui est malade. — En eflet, d'après la plupart des auteurs et surtout d'après Lucas, Baillarger' et Moreau de Tours % il est reconnu que l'influence maternelle en hérédité est prépondérante dans les deux tiers des cas. Ceci vient donc bien à l'appui de la théorie soutenue par Buffon', Fabricius et Burdach qui considèrent la mère comme l'organe le plus général de la transmission des facultés morales et intellectuelles. D'après cette même loi, lorsque les grands-parents ou les collatéraux maternels sont malades, les enfants sont bien plus exposés à l'être eux aussi que lorsqu'il y a une tare du côté paternel. C'est aussi du côté maternel qu'on voit le plus souvent se développer les cas d'atavisme. On peut donc dire que l'hérédité directe ou indirecte est plus prononcée du côté maternel, et ajouter comme corollaire de cette loi que le sexe féminin est bien plus exposé à la foUe et surtout aux vésanies pures que le sexe masculin.
(1) Baillarger. Cas de folie similaire hérêdilaire. Ann.màl. psych., 1885.
(2) Moreau de Tours. La psychologie morbide dans s.f rapports avec là philosop/iic de Chisloirc. Pans, 1859.
(3) Buffon. Loc. cit.
Je vous mets sous les yeux deux tableaux comparatifs de Baillarger qui vous attesteront la vérité de ces deux faits :
I Hérédité.
\ Dir
ecte'
I Indirecte. .
\ Indéterminée
immédiate, méiliate (atavisme)