‹ L'idiotie, hérédité et dégénérescence mentaleChapitre 18 sur 31 · II. Goûl et odorat. — Le goût et l'odorat de · texte numérisé non relu

II. Goûl et odorat. — Le goût et l'odorat de

meurent le plus souvent à l'état rudimenlaire chez les idiots et les imbéciles. Dans quelques cas, au contraire, ces deux sens prennent un développement extraordinaire, mais ce sont là deux sens qui ne jouent pas un rôle très important dans le développement normal de l'intelligence de l'enfant. C'est bien plutôt dans le développement matériel, que ces deux sens ont un rôle capital. Ils font, en effet, partie intégrante de l'instinct de la conservation et de l'alimentation, Chez certains idiots cet instinct est très développé, et nous devons nous en servir, faute de mieux, lorsqu'il existe, pour l'éducation de l'enfant. On doit prendre ce qu'on trouve, si peu que ce soit, et faire rayonner ses efforts autour de ce point comme centre, si l'on veut obtenir quelques résultats. Dans les classes de l'école qui fait partie de notre service, vous verrez employer ce moyen ; sachant qu'une enfant est très vorace, gloutonne et gourmande, on lui présente un aliment quelconque et, avant de le lui donner comme récompense, on s'efforce de lui faire dire un mot, accomplir un acte quelconque ; c'est un moyen de fixer un moment son attention. Certaines de nos idiotes ont cet instinct de l'ahmentation très développés ; elles mangent avec une gloutonnerie et une voracité extraordinaires. C'est un spectacle curieux que celui des repas d'idiots. A la vue des aliments, vous voyez ces enfants qui tout à l'heure restaient impassibles sur leur chaise, s'agiter, jeter des cris, des véritables grognements de satisfaction, absolument comme des animaux à qui l'on va dis-

GOUT ET ODORAT

ti'ibuer la pâture. Èlles prennent les aliments avec les doigts, les portent à leur bouche, s'en barbouillent le visage ; elles avalent sans rien mâcher, et il n'est pas rare d'en rencontrer qui manquent de s'étouffer en avalant des morceaux trop volumineux. L'obtusion de la sensibilité vient encore ajouter au danger de la gloutonnerie, car les aliments passent facilement dans les voies respiratoires, et on a souvent été obligé dans des cas de ce genre de faire la trachéotomie ^

Cette voracité gloutonne nous explique encore l'origine de ces diarrhées rebelles, intermittentes ou chroniques, que vous verrez souvent chez les idiots. Comme d'autre part la tuberculose est très fréquente chez eux, on porte souvent le diagnostic erroné de diarrhée tuberculeuse. Nous devons l'avouer, le diagnostic est souvent épineux et l'erreur facile ; il est même des cas oii l'on ne saurait se prononcer sans mettre les malades à la diète. En effet, cette diarrhée spéciale cède immédiatement à la diète, ce qui la différencie de la diarrhée d'entérite tuberculeuse.

Vous verrez d'autres idiots profonds, des idiots à vie végétative, manger sans distinction tout ce qui leur tombe sous la main ; des feuilles, de la terre, des cailloux, des chiffons, des cataplasmes,

(1) Vach..., celte petite idiote profonde, est née d'une union consanguine en même temps qu'un frère jumeau, comme je vous l'ai dit plus haut. Elle a l'instinct de l'alimentation très développé. D'une voracité et d'ime gloutonnerie sans égales, elle engloutit littéralement les gâteaux qu'on lui apporte et tous les aliments, au risque de s'étouffer, et a besoin pour cela d être surveillée de près quand elle mange.

des semelles de souliers, leurs excréments môme, rien ne leur répugne. Voici une de nos petites malades, Dub...\ qu'on est obligé, à ce point de vue, de surveiller avec le plus grand soin.

Chez ces individus, le goût et l'odorat paraissent très peu développés, ou plus souvent, peut-être, pervertis. Les deux cas peuvent se présenter simultanément. En effet, comme preuve d'abolition du goût, vous avez des idiots qui ne distinguent pas les saveurs sucrées des saveurs amères ; donnezleur du sucre et de la coloquinte, ils mangeront l'un et l'autre sans manifester aucune sensation agréable ou désagréable. Ils mangent tout ce qu'on leur présente.

D'autres paraissent avoir une inversion du goût. Les saveurs amères leur semblent beaucoup plus agréables que les saveurs sucrées.

L'obtusion ou la perversion de l'odorat ne sont pas moins fréquentes. Je vous citerai l'exemple de la petite Br... qui respire indifféremment les vapeurs d'ammoniaque ou d'eau de Cologne; ni les unes ni les autres ne provoquent chez elle le moindre mouvement réflexe. La vue seule des flacons éveille chez elle l'idée d'en boire le contenu. Ceci vous montre en même temps le danger qu'on peut faire courir à ces pauvres êtres en

(i) Dub . treize ans, est atteinte d'idiotie profonde et cons:(5nitale. Son "père était fort jeune (dix-sept ans) au moment de la conception de cette enfant; sa mère eut une grossesse très tourmentée. Cette enfant, qui a des tics, de grandes aptitudes pour les mouvements, est vorace et gloutonne; elle est sale et g;\teuse. Elle prend des excréments avec ses mains et les mange sans paraître éprouver la moindre répugnance.

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laissant à leur proximité des substances nuisibles.

Séguin, à côté de ces malades, nous en cite d'autres chez lesquels l'odorat est extrêmement développé. 11 en a vu qui distinguaient au flair, sans le concours de la vue ou du toucher, l'essence des différents bois elles espèces de pierres, et cependant ces mêmes sujets n'étaient nullement affectés par les odeurs et les saveurs stercoreuses.

Cette combinaison de sensibilité exquise pour certaines choses et d'insensibilité absolue pour d'autres, peut tenir à ce que dans le premier cas l'attention est éveillée, tandis qu'elle ne l'est pas dans le second. Maintenant, nous devons aussi tenir compte de l'éducation. Voici en effet les chiens, dontl'odorat est incontestablement très développé, et qui mangent des excréments sans aucune répugnance.

De même, un individu sain mangera sans dégoût de la viande crue par exemple, ou bien du cheval, du chien, du chat, du rat, comme cela nous est arrivé pendant le siège de Paris en 4870-71, mais à la condition de ne pas savoir le nom de ces aliments ; tandis que s'il sait qu'on lui sert la chair de ces animaux, il éprouvera un dégoût insurmontable. C'est que, dans ces cas, il intervient un élément psychique, que nous n'avons pas crainte d'ailleurs de rencontrer chez l'idiot qui est complètement dépourvu d'intelligence.

Nous avons une petite malade,, nommée Marie Mant..., qui paraît avoir à la fois le goût et l'odorat surtout, très développés. Elle ne mange

et ne boit jamais sans avoir senti ce qu'on lui présente. Cette fille, qui est depuis une dizaine d'années dans le service, n'a jamais pu apprendre à lire ni h écrire; elle parle très mal et sait à peine s'habiller seule actuellement. Elle est extrêmement friande de café ; mais si vous lui en donnez dans un verre où il y a eu du vin, elle le sentira parfaitement et refusera de le boire. C'est une idiote simple, peu perfectible comme vous le voyez puisqu'elle est depuis dix ans dans le service, et que, malgré ses dix-huit ans, elle ne sait ni lire, ni écrire, ni parler correctement, ni même s'habiller, et en somme ne peut rendre aucun service. Cependant elle présente un certain degré d'intelligence, comparable à l'instinct qui fait choisir aux animaux la nourriture qui leur convient. Il faut ajouter toutefois qu'elle a de la mémoire; elle peut compter par deux jusqu'à trente ; elle connaît les noms des jours de la semaine dans l'ordre de leur succession, mais en commençant toujours par le même ; c'est comme une sorte de cliché, qui se déroule, à partir du point où on le fait commencer. Débute-elle par lundi, elle nommera chaque jour jusqu'à dimanche, mais faites-la commencer par jeudi, au milieu de son cliché, elle s'arrêtera à dimanche. Elle récite aussi son Pater, mais tout cela par mémoire, sans comprendre un seul des mots qu'elle prononce. Peut-être cette répulsion que lui donne l'odeur du vin est-elle due simplement à une réminiscence d'une odeur analogue qui un jour l'aura incommodée.

Cette malade a en outre le sentiment de la pro-

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