‹ L'idiotie, hérédité et dégénérescence mentaleChapitre 20 sur 31 · OUÏE · texte numérisé non relu

OUÏE

si réduites convergent vers le sujet sans pouvoir facilement s'en détacher. Leurs minimes moyens ne leur permettent pas d'embrasser plus d'une chose à la fois.

Il faut alors user de stratagème ; vous passez derrière le petit malade sans qu'il vous voie, et là vous essayez de le surprendre en faisant du bruit brusquement à son oreille, tandis qu'une autre personne l'observe car il ne tournera pas toujours la tète, et souvent il ne se trahit que par un regard à la dérobée du côté d'où le bruit est venu. — Un autre moyen excellent consiste à mettre l'enfant dans une salle où l'on joue de la musique ; souvent cela attire son attention. Il n'est donc pas véritablement sourd. La musique en effet, alors qu'aucun autre bruit n'a donné de résultats, provoque chez l'idiot des sensations agréables et indique au médecin que l'ouïe peut être utilisée dans l'éducation.

Mais si un enfant de cinq à six ans ne réagit à aucun bruit, pas même à la musique, et si, d'autre part, on le voit susceptible d'attention en ce qui concerne le domaine des autres sens, il est permis d'attester la surdi-mutité. Mais en présence d'un enfant n'oubliez jamais la possibiUté de la pseudosurdité, ou de la surdité verbale. Vous pourrez dans notre service observer plusieurs beaux cas de surdité verbale. Ce sont des enfants comme Jeanne Grim..., Quen... et Esqua..., qui restent impassibles à vos paroles, et ne semblent pas les entendre ; mais il est certains mots cependant qu'elles comprennent, et si vous leur dites d'aller

chercher telle ou telle de leurs camarades de salle, elles se lèvent et vont vers l'enfant désignée qu'elles ramènent.

IV. Se7is musculaire. — Chez tous les idiots, on constate un retard très accusé dans la marche et la préhension des objets. Ce retard peut, sans doute, comme chez les enfants paralysés, être lié à des lésions cérébrales et médullaires ; mais souvent aussi il est la conséquence d'un défaut de développement du sens musculaire.

Les mouvements associés, comme marcher, prendre un objet, s'habiller, sont très difficilement exécutés par les idiots. Le retard de la marche est souvent un phénomène pour lequel les parents viennent vous consulter. Ce n'est guère que vers trois ou quatre ans en général, que ces petits malades commencent à marcher. Il y en a même qui ne marchent pas encore à sept ou huit ans. De même il n'est pas rare de voir des enfants qui savent lire et écrire et qui ne savent pas encore s'habiller, lacer leurs bottines, boutonner leurs vêtements, manger avec la cuillère et la fourchette. Ces mouvements complexes paraissent trop difficiles pour eux, ou ne leur procurent aucune satisfaction. L'effort musculaire, en effet, chez l'enfant sain, provoque un certain plaisir, une sensation agréable et, de plus, la satisfaction d'une difficulté vaincue. Tous ces sentiments font complètement défaut chez l'idiot profond, qui est dépourvu de toute intelUgence. 11 faut savoir aussi que les mouvements dans la

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marche et la préhension sont d'abord volontaires, puis deviennent ensuite des réflexes automatiques. 11 faut donc pour les apprendre un certain degré d'intelligence et un effort volontaire; c'est ce qui manque précisément à l'idiot. Chez quelques-uns, les mouvements paraissent être sous la dépendance d'un véritable instinct, d'une. vraie mémoire héréditaire ; ceux-là forment la catégorie des moteurs. Les autres au contraire restent inertes sur leur chaise ou dans leur lit. Il en est toutefois qui exécutent sur place quelques mouvements, mais des mouvements rythmés , cadencés , automatiques, et qui ne sont appropriés à aucun but. Ce sont les mouvements connus sous le nom de tics.

Il faut bien les distinguer des mouvements spasmodiques qui, eux, sont sous la dépendance de lésions cérébrales.

Les tics sont extrêmement variés ; les plus communs consistent dans le balancement du corps ou simplement de la tête, dans le sens antéro-postérieur ou latéral. Souvent ces mouvements s'accompagnent d'un chantonnement ou d'un grognement bizarre, comme vous l'observez en ce moment chez la petite Deb...

L'onanisme, dans certains cas, pourrait être considéré comme un véritable tic. La masturbation, en effet, accompagne souvent le mouvement de balancement rythmé que je vous indiquais tout à l'heure. Les malades n'y cherchent, comme dans les tics, que la sensation brute, sans aucune idée lascive, car ils sont incapables de toute idée. Cependant ils doivent avoir une sensation particu-

lière; il n'y a pas chez eux abolition, mais perversion du sens géniLal, et quelques-uns d'entre eux seraient peut-être à rapprocher sous ce rapport des dégénérés supérieurs dont MM. Magnan et Charcot, dans les Archives de Neurologie, rapportent plusieurs exemples et chez lesquels le sens génital est perverti et parfois associé à des sensations bizarres. Chez Jeanne Grim..., par exemple, il est facile de constater que le sens génital développé et perverti se trouve associé au tact et à l'odorat. Donnez-lui une carte, elle la saisit rapidement, la palpe avec joie, la sent aussitôt et, en même temps, elle aune sensation génitale. En effet, si vous l'examinez à ce moment, vous constatez qu'il y a eu sécrétion.

Mais tandis que les dégénérés supérieurs dont parlent MM. Magnan et Charcot emploient les moyens les plus variés et les plus détournés pour arriver à obtenir leur sensation, les idiots n'ont à leur disposition que des moyens tout à fait simple. Il est d'autres malades qui se mordent les mains jusqu'au sang, ou qui ont deux ou trois mouvements continuels des doigts et des mains comme la petite Mil... et la petite Cent...

Les tics sont quelquefois associés à d'autres sensations; c'est ainsi que la petite Mil..., en même temps qu'elle exécute les mouvements que je vous indiquais, se frappe sans cesse la joue et se frictionne le globe oculaire. Cette enfant qui est aveugle paraît par le frottement du globe oculaire devoir se développer des phosphènes qui lui procurent une satisfaction. Née d'un père paralytique

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général, elle est devenue aveugle à la suite d'une ophtalmie purulente dans son bas âge ; elle présente une sensibilité tactile et un odorat assez développés et qui paraissent intimement liés ensemble. Chaque fois qu'elle prend un objet, elle le porte immédiatement à son nez et, suivant l'odeur qu'elle lui trouve, elle le rejette ou le garde. Dans ce dernier cas, elle le manie d'une façon rythmée, et le porte à son nez avec un mouvement également rythmé.

Avr... Cécile, âgée de quatorze ans, a un tic aussi très bizarre, c'est l'épilation ; elle s'arrache les cheveux au point qu'on est obligé de la tenir sans cesse camisolée.-

On ne peut affirmer d'une manière certaine que ces tics procurent du plaisir à ces malades ; mais cependant, la chose est probable, car ils grognent, ils pleurent et se fâchent quand on s'oppose à leur exécution. Pourtant ces mouvements n'ont aucun but appréciable, ils ne sont pas comme ceux de l'enfant sain.

La satisfaction réside peut-être, chez l'idiot, dans la sensation musculaire que provoquent ces mouvements incessants; il doit en être de même chez les individus tourneurs et grimpeurs. Ils marchent sans cesse dans la cour, sans but, toujours dans le même sens ; cette marche réglée est donc bien de même nature que les tics. Mais il faut remarquer qu'ici les mouvements sont parfaitement associés et nous avons dit qu'il faut très longtemps pour apprendre les mouvements associés aux idiots ; pourquoi donc, dans

certains cas constalc-t-on chez des idiots profonds la marche facile avec une impossiPjililc absolue d'apprendre à lire et à parler, alors que chez d'autres, on trouvera une éloculion facile et la marche complètement impossible? Cela doit tenir à la sensation agréable que provoque le sens musculaire chez les individus, à moins que ce ne soit le résultat d'une mémoire organique héréditaire.

Généralement, le développement de la motilité est en rapport avec le développement intellectuel; mais il y a des cas où l'intelligence se développe sans le concours du sens musculaire. — Cependant, dans l'éducation de l'idiot, il faut savoir se servir de ce mode de développement intellectuel, afin d'utiliser le sens musculaire qui existe et de tâcher par son intermédiaire, d'éveiller les autres facultés. La gymnastique devient ici une heureuse auxiliaire. Félix Voisin, Séguin, l'ont souvent recommandée, et dans ces derniers temps, tous ceux qui s'occupent de l'éducation des enfants en général sont restés d'accord sur l'utiUté de ce moyen qui répond à un double but, l'amélioration de l'état physique et de l'état intellectuel du sujet.

Quand le sens musculaire est très développé comme chez la petite Dub..., par exemple, toutes les autres facultés tendent à être absorbées par ce sens. Vous voyez cette enfant, elle ne péut tenir en place, il lui faut sans cesse être en mouvement. Elle déchire ses vêtements, renverse les objets qu'elle rencontre, déchire des papiers, les jette à

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terre, les ramasse ensuite pour recommencer encore. Le moindre obstacle la met en rage, et vous assistez à des scènes de turbulence et de colère violentes ; c'est véritablement de l'agitation maniaque.

Voyez quelle considérable dépense de force en pure perte ! L'éducateur doit apporter là tous ses soins et tâcher d'utiliser ces forces perdues. On doit chercher à faire faire à cette enfant des mouvements réguliers et appropriés à un but utile. Il faut tâcher de guider et d'enrêner, pour ainsi dire, ce besoin de mouvement, en faisant faire de la gymnastique et en essayant d'y intéresser l'enfant. Ce serait folie que d'essayer de lui apprendre actuellement à lire et à écrire. Il faut arriver à fixer son attention pour lui apprendre quelque chose ; or, on a bien plus de chance d'y parvenir en lui faisant faire des mouvements appropriés qui lui procurent la satisfaction de son instinct de conservation par exemple (puisqu'elle est très vorace), que par tout autre moyen.

Il en est de même de Jeanne Grim... qui est aussi une motrice, et dont on pourrait peut-être fixer l'attention en tentant de l'occuper à porter des fardeaux, à brouetter, à balayer, etc. Cet ordre de chose seul pourra peut-être l'intéresser ; mais si vous l'asseyez sur les bancs de l'école pour lui apprendre à lire, vous êtes trop en dehors du caractère restreint de ses moyens ; elle a un besoin impérieux de se mouvoir; tout ce qui n'est pas mouvement l'ennuiera, et vous ne réussirez qu'à

la buter plus sûrement, en risquant même de faire sombrer le peu de facultés qu'elle possède. Quand vous serez parvenu à captiver l'attention de l'enfantparles mouvements appropriés, vous essaierez plus tard à lui apprendre à lire et surtout à écrire, je dis surtout à écrire, car ce sera par l'écriture qu'elle apprendra à lire, étant une motrice.

V. Sensibilité générale et sensations organiques. — 11 n'est pas jusqu'à la sensibilité générale, jusqu'aux sensations organiques qui ne soient plus ou moins profondément altérées ou modifiées chez les idiots. Tantôt elles sont exagérées, tantôt diminuées, tantôt même absentes.

Les sensations organiques normales se font surtout sentir dans l'état de besoin ou dans l'élat de maladie. Dans l'état de besoin, ces sensations sont la faim, la soif, etc., etc.

La faim chez certains idiots ne se fait pas sentir; on trouve des enfants qui se laisseraient mourir d'inanition si on ne les nourrissait pas. Ils laissent passer l'heure des repas sans paraître s'en apercevoir. 11 en est même que vous pourrez mettre à table, et qui ne mangeront pas s'ils ne voient d'autres personnes manger avec eux, ou si ou ne les force à se nourrir.

D'autres sont au contraire d'une gloutonnerie extraordinaire. Ils mangent tout indistinctement. Sortant de prendre un repas copieux, ils recommencent à manger avec le môme appétit. Au repas, ils ne savent pas s'arrêter à la limite du besoin satisfait, c'est surtout la cause chez

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