‹ L'idiotie, hérédité et dégénérescence mentaleChapitre 29 sur 31 · DOUZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON

TRAITEMENT ET ÉDUCATION DE l'iDIOT. — TRAITEMENT PUO- PIIYLACTIQUE, MÉDICAL, CHIRURGICAL. — HYGIÈNE DE l'iUIOT.

— TRAITEMENT MORAL. — ÉDUCATION DU SYSTÈME MUSCU- LAIRE. — ÉDUCATION DES SIÎNS. — GYMNASTIQUE Dlî LA PAROLE.

— ÉCRITURE, LECTURE, CALCUL. — ÉDUCATION APPLIQUÉE AUX GOUTS UTILES ET AUX TRAVAUX UTILES.

J'arrive maintenant au traitement de l'idiotie. Le médecin peut jouer un très grand rôle dans la prophylaxie de l'idiotie, en propageant dans les familles les notions de l'hygiène avant la grossesse, pendant la grossesse, et après l'accouchement.

Nous avons vu que l'hérédité morbide est la principale cause de l'idiotie; c'est au médecin, chaque fois qu'il sera consulté, de faire part de son opinion et de dire aux parents que la science dans certains cas déterminés nous montre la dégénérescence mentale et fatale.

Il doit combattre les habitudes actuelles qui consistent à réunir deux fortunes, sans tenucompte des antécédents morbides des individus et des parents, et sans tenir compte non plus des sentiments réciproques des conjoints. L'état moral passionnel joue un aussi grand rôle dans la con-

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ceplion que l'état physique du sujet. Aussi, on ne saurait trop faire de recommandations aux parents sur ce point. Nous avons vu quelle influence désastreuse l'alcoolisme et les poisons végétaux, minéraux, et organiques, ont sur la progéniture ; nous devons avoir toujours présentes à l'esprit ces données sur l'hérédité et la dégénérescence mentale et faire tous nos efforts pour empêcher l'abus de ces poisons, en signalant les conséquences funestes qu'ils ont sur la constitution des parents d'abord, et sur celle des enfants ensuite.

Nous devons aussi avertir le mari des précautions qu'il doit prendre avant la grossesse de sa femme, et des soins délicats et attrayants dont il doit entourer la mère de son enfant pendant la gestation, époque où toutes les émotions vives, toutes les impressions désagréables, tous les excès paraissent avoir un retentissement nuisible sur le fœtus.

Une fois que l'enfant est né, de nouvelles précautions doivent être prises pour mener à bien cette existence si frêle. II faut autant que possible faire nourrir l'enfant par la mère, si cette dernière toutefois n'est pas trop impressionnable et si elle réunit les qualités d'une bonne nourrice. 11 faut surveiller son alimentation avec beaucoup de soin et éviter qu'on lui donne trop tôt des soupes ou du vin, comme cela arrive fréquemment dans la classe ouvrière. Le lait doit être la base de sa nourriture jusqu'à trois ou quatre ans au moins.

Les règles d'une bonne hygiène empêcheront l'enfant d'avoir plusieurs maladies de l'enfance,

qui impriment sur ces êtres délicats des stigmates indélébiles. On évitera ainsi l'athrepsie, qui enlève plus de la moitié de nos nouveau-nés, et par un isolement bien entendu on pourrait éviter quelques maladies contagieuses, telles que les fièvres éruptives par exemple.

Comme la plupart des idiots ont dans leurs antécédents héréditaires de la tuberculose, de la scrofule ou de la syphilis, le médecin devra rechercher si le pauvre enfant ne présente pas des manifestations d'une de ces maladies, et il combattra ces manifestations ou ces tendances maladives par un régime tonique approprié. 11 en sera de même pour le lymphatisme. Si l'idiotie est acquise, si elle reconnaît pour cause des poussées méningitiques, on traitera cet état inflammatoire des méninges par des révulsifs sur le crâne et la nuque, et on donnera de l'iodure de potassium. Enfin, on surveillera avec beaucoup de soin l'état de l'intestin de ces enfants. Les uns ont une constipation opiniâtre, les autres ont de la diarrhée très fréquemment. On débarrassera le petit malade de sa constipation par des laxatifs doux et une alimentation variée. La diarrhée peut être due à sa voracité, à sa gloutonnerie. Il suffira, dans ce cas, de surveiller l'alimentation pour obtenir la guérison de cette entérite.

Pendant les maladies contagieuses, le médecin observera aussi avec beaucoup de soin tous les symptômes qui peuvent reconnaître pour origine le cerveau et il les combattra de son mieux.

L'attention du médecin doit être portée aussi

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sur rhcibilciLion eL le lit de son malade. L'apparLement qu'il doit occuper doit être au soleil levant, il doit être grand, vaste. L'air doit y être facilement renouvelable. Le lit doit être composé de matelas et d'oreillers en crin. 11 ne faut jamais que la tête de l'enfant repose sur un oreiller de plume. Ce dernier est trop chaud et pourrait provoquer de la congestion encéphalique.

Il ne faut pas laisser l'enfant trop longtemps au lit, car il pourrait prendre des attitudes et des habitudes vicieuses. Enfin, on aura soin tous les matins en levant l'enfant, et après chaque repas, de le présenter à la garde-robe et de lui donner l'habitude de régulariser ses fonctions. La répétition de ces mêmes actes aux mômes heures rend les malades propres.

Les bains, l'hydrothérapie doivent être l'objet de l'attention du médecin. Suivant les symptômes que présentera l'enfant, on prescrira, tantôt des douches, tantôt des bains simples, tantôt des bains salés ou des bains sulfureux.

On surveillera avec soin la toilette intime de l'enfant, dont la négligence peut être une cause d'onanisme. On recommandera des frictions sèches ou des frictions avec l'alcool sur les membres pour développer la force musculaire. On fera faire des massages sur les membres, et en même temps, on fera exécuter des mouvement de flexion, d'extension et de préhension.

L'habillement et l'alimentation de l'idiot seront aussi l'objet des préoccupations du médecin. Enfin, toutes les règles que recommande l'hygiène

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doivent ôlre mises en pratique chez l'idiot, et surtout avec une grande ponctualité. Le médecin doit d'autant plus les surveiller, que le pauvre enfant ne saura pas manifester sa souffrance ou ses besoins. Une grande régularité doit exister aussi dans la distribution de son temps, pour ses leçons et ses travaux.

Dans ces derniers temps, M. Lannelongue ' a tenté un traitement chirurgical pour la guérison de l'idiotie, traitement qui avait déjà été préconisé en d877 par Fuller ^ et par Guéniot ^ Malheureusement, les résultats ne vinrent pas confirmer son attente. S'appuyant sur la théorie de Virchow qui veut que la microcéphalie soit due à la soudure prématurée des os du crâne ; ce chirurgien distingué fit une vingtaine de craniectomies. Il sectionna longitudinalement les os du crâne de chaque côté de la ligne médiane ou d'un seul côté sans sectionner la dure-mère. L'opération n'amena aucun accident inflammatoire consécutif, et montra sa pleine innocuité quand on a le soin de faire de l'antisepsie complète. Mais l'amélioration intellectuelle si vivement attendue ne se produisit pas. Vous voyez ici deux petites malades opérées par M. Lannelongue,. et vous pouvez constater leur idiotie complète. Cette opération ne peut être utile que lorsque le petit malade présente de l'épi-

(1) Lannelongue. De la craniecAomie chez les microcéphales. N. Iconographie, Salpèirière, 1891.

(2) Fuller. Presse médicale belge, 1878, et Progrès médical,

(3) Guéniot. Académie de Médecine, 1891.

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Jepsic ou de TidioLie sympLomaLique d'une tumeur cérébrale par exemple. Dans ce cas, l'opération doit cire faite. Mais quand l'idiotie est congénitale, quand elle reconnaît pour cause un défaut de développement, un état rudimentaire, ou encore une sclérose du tissu cérébral l'opération ne peut être d'aucune utilité. L'arrêt de développement physique et intellectuel est sous la même dépendance, et si les sutures du crâne sont ossifiées, elles n'empêcheront pas le cerveau de se développer, car, la lésion qui a amené cette suture prématurée est sous la même dépendance que l'idiotie. Le cerveau est primitivement malade, et c'est lui qui est cause des anomalies que l'on peut constater du côté de la boîte crânienne. Maintenant cette craniectomie ainsi pratiquée ne pourrait pas plus produire de bons effets (à supposer que la théorie de Virchow sur laquelle s'appuyait M. Lannelongue fût vraie), si la duremère n'est pas elle-même incisée, car son inextensibilité serait un obstacle aussi au développement cérébral. Au congrès de Blois, en 1892, M. Bourneville a montré que certains idiots auxquels on avait fait la craniectonie, n'avaient pas de soudure prématurée des os du crâne comme on le pensait, que l'aspect du tissu osseux était semblable chez ces individus à celui des autres enfants de leur âge. Ainsi, par ce fait, la théorie de Virchow est détruite et nous devons diriger nos moyens de traitement d'un autre côté.

Le médecin doit entreprendre l'éducation morale et physique de l'idiot. C'est cette dernière

l'idiotiid

parLic du LraiLcmcnt qui est la plus belle. Il faut que d'un être inutile et nuisible môme il fasse un être, sinon utile à la société, du moins non nuisible. Quelle plus belle œuvre, et plus digne d'être entreprise ! C'est en s'aidant de nos connaissances anatomiques, physiologiques et psycholologiques que nous arriverons plus promptement à cet heureux résultat.

Il est important pour l'éducation de Tidiol, comme pour celle d'un enfant normal, de commencer cette étude de bonne heure. L'enfant ordinaire commence à deux ans à bien se faire comprendre, tandis que l'idiot ne commence qu'à quatre oucinqansà dire quelques mots. C'est à cet âge qu'il faut commencer son éducation, et non vers huit ou dix ans comme cela se voit le plus souvent. A cet âge, en effet, ils ont pris des mauvaises habitudes, des tics, des attitudes vicieuses dont il est très difficile de les débarrasser.

La principale chose, dans cette éducation de l'idiot, est la régularité dans les leçons, et de la part du maître une grande patience et un grand calme. Le maître doit en imposer par sa tenue, son maintien, sa parole, son autorité. 11 doit être doux et ferme en même temps. « Son calme doit se refléter dans toutes ses actions, dit Séguin. Soit que le maître grossisse sa voix, soit qu'il la module sur un ton caressant, il faut qu'il soit calme ; calme dans le commandement, calme à table, calme dans les jeux, calme sous les aspects les plus divers, enfin d'une sérénité d'âme inaltérable. »

Son pouvoir doit être des plus étendus, il ne

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doit pas être contre-balancé par celui des parents, qui sont toujours faibles à l'égard de leur enfant et n'ont aucune autorité sur lui. Pour ces raisons, il est très important de soustraire cet enfant à l'influence des parents, de l'isoler dans un appartement où le professeur aura la haute direction de l'enfant, ou bien de le placer dans une maison d'éducation spéciale pour ces pauvres infirmes, car ces enfants arrivés à un certain âge, malgré leur état de faiblesse intellectuelle d'idiotie, sont capables de distinguer les parents qui les abandonnent à leurs penchants du maître qui empêche l'assouvissement de leurs instincts.

Les sens étant les organes par lesquels nous acquérons nos connaissances doivent être étudiés en premier lieu chez nos petites idiotes. Nous devons donc étudier leurs sens avec les sensations qui s'y rattachent, étudier la vue, l'ouïe, le goût, l'odorat, le sens musculaire et la sensibilité générale, et voir dans quelle catégorie nous pouvons placer ces enfants ; sont-ils des visuels, des auditifs, des sensitifs, des moteurs ? Une fois que notre diagnostic est fait, nous devons développer le sens qui est le plus apte à l'éducation et nous servir de ce sens comme point d'appui pour développer les autres. Les autres concourent à la satisfaction de celui-ci ; c'est ainsi, seulement, que vous arriverez à développer l'attention et à mettre en communication avec ses semblables cet être qui restait isolé du monde entier. Nous imitons en cela la méthode de Péreire et de l'abbé de l'Epée, qui — dans l'éducation des sourds-muets ont subs-

tiLuc un sens à un autre, la vue à l'ouïe. Pour les aveugles, on substitue lo tact à la vue. Mais chez nos idiots, contrairement à ce qui existe chez les sourds ou chez les aveugles, on éveille à un moment donné les autres sens engourdis par l'excitation répétée du sens normal qui a besoin pour être satisfait d'une complexité d'images émanant des autres sens. Cet état affectif, développé par cette excitation, constitue l'attention, source du progrès intellectuel de nos enfants.

Chez les aveugles ou chez les sourds, le sens qui n'existe pas ne peut être éveillé. Le sourdmuet de naissance n'a aucune idée de l'audition, l'aveugle de naissance n'a aucune idée des couleurs ou de la lumière. Il en est bien autrement chez l'idiot. Chez lui l'organe existe, mais la perception des sensations est défectueuse, mal organisée et pour être mise en éveil, elle a besoin d'une aide. Une fois que cette aide aura excité à •plusieurs reprises ces autres sens défectueux, ceux-ci, à un moment donné, deviendront assez sensibles pour éveiller à leur tour l'organe prin^ cipal qui les aura mis en jeu. A partir de ce moment il y a association d'images chez notre petite malade, d'où associations d'idées, et le progrès intellectuel est assuré pourvu que cet exercice soit continué longtemps et même presque toujours. Rappelons-nous, en effet, que le centre perceptif est primitivement défectueux, mal développé, et que l'amélioration que nous y avons apportée par l'exercice journalier pourrait disparaître par le défaut d'exercice et nous verrions alors la rétrogres-

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sion des facultés menlalcs, car tout s'enchaîne. Ce centre incomplètement développé ou anormalement développé est en rapport non seulement avec le centre perceptif qui l'a rais en éveil, mais encore avec d'autres centres psychiques qui peuvent aussi être dans des conditions d'infériorité. Les autres centres, ne recevant plus à leur tour leur excitation primitive, s'engourdiront de nouveau, et dans CCS conditions on comprend que la rétrogressionintellectuelle s'effectue rapidement. Les centres psychiques s'atrophieraient les premiers, parce que ce sonteuxqui ont été les derniers excités et, par le fait le moins excités, le moins façonnés. Aussi voit-on la volonté, puis les facultés intellectuelles, disparaître les unes après les autres. Les sentiments sont les derniers à disparaître, ayant , été les premiers excités, acquis.

Ainsi donc, développons continuellement nos sens ou plutôt nos centres perceptifs ; servonsnous de ceux qui fonctionnent pour développer ceux qui sont à l'état rudimentaire et qui ne s'exercent pas. Forçons ces derniers à se développer par l'attrait, le plaisir qu'ils procurent à l'individu. Régularisons l'usage de ces sens, multiplions les notions acquises et fécondons les désirs, les passions et les idées de ces créatures, qui, livrées à elles-mêmes, resteront sans liens, sans rapport avec le monde extérieur.

C'est cet exercice journalier qui constitue la leçon de choses, qui a toujours pour but l'utile et le bien-être de l'humanité.

Cette gymnastique sensorialc puis intellectuelle

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esL la seule possible pour l'idiot. Si on voulait, comme cela se fait encore de nos jours, mais sur une bien petite échelle maintenant, si on voulait, dis-je, apprendre à l'idiot d'abord des idées abstraites, lui bourrer la mémoire de mots, nous laisserions toujours ce pauvre malheureux dans les ténèbres les plus épaisses. Les enfants normaux soumis à cette éducation, apprennent par mémoire des fables, des vers, dont ils ne comprennent pas au premier abord le sens. Mais plus tard, par leur propre expérience, ou grâce aux explications du maître, ils arrivent à connaître la valeur des mots.

Il y a des idiots qui ont la mémoire des intonations des mots, et vous vous rappelez que je vous ai montré surtout des microcéphales qui parlent assez bien et qui récitent des fables qu'ils ont entendues dans les classes supérieures, ou des chansons qu'ils ont entendues dans leur famille, sans comprendre un mot de ce qu'ils disent. Ces pauvres malades ont une apparence d'intelligence mais sont souvent moins intelligents que ceux qui parlent à peine parce qu'ils ne comprennent pas la corrélation qui existe entre les mots qu'ils prononcent et les objets qu'ils représentent. Il faut, pour les éduquer, une patience encore plus grande que pour les autres. Il faut éduquer l'un après l'autre chaque sens et maintenir l'enfant dans une grande discipline, car le plus souvent il est très turbulent. 11 ne faut jamais laisser un enfant normal ou idiot employer un mot, sans qu'il en connaisse la signification exacte. C'est au

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professeur de surveiller attentivement ses élèves à ce point de vue. Il doit revenir plusieurs fois sur son explication, surtout quand il s'adresse à des idiots. En même temps qu'il prononce le nom de l'objet, il montre l'objet lui-même et indique son usage. Quand dans une classe plusieurs enfants sont réunis, le professeur présente un objet et en demande les qualités et les usages ; les enfants le répètent à leur tour. 11 faut que ce professeur ait le talent d'intéresser ses élèves, de les amuser même. C'est grâce à cette seule condition que l'enfant retiendra ce qu'on lui aura dit et montré.

Tel enfant retiendra par l'ouïe, tel autre par la vue. Gela dépend des aptitudes de chacun, et ce sont ces aptitudes que le maître doit s'efforcer de connaître. Aussi est-il très nécessaire qu'un professeur expérimenté et intelligent soit attaché à la classe des enfants idiots les plus jeunes. C'est de lui que dépendra le progrès de nos enfants. Ainsi contrairement à ce qui se fait ordinairement il faut attacher aux basses classes les professeurs les plus dévoués, les plus expérimentés et les plus intelhgents. Ne donnez jamais à diriger ces basses classes aux jeunes professeurs; ils vous rendront plus de services dans les classes supérieures.

Nous savons que l'instinct de la conservation existe chez presque tous les idiots. Cet instinct est intimement lié avec le goût. On doit développer ce sens et s'en servir pour arriver au développement des fonctions soumises aux autres sens. C'est le plus souvent par l'attrait d'un bonbon,

d'une gourmandise quelconque, que l'on arrive à l'aire exécuter un mouvement à l'idiot. La préhension s'obtient à ce prix. Les premiers pas sont souvent aussi exécutés en vue de l'obtention de cette friandise, La prononciation d'un mot ou l'accomplissement d'un acte usuel de la vie s'effectue généralement dans les mômes conditions. C'est la première récompense que l'on donne à l'idiot profond, et souvent, chez lui, c'est le seul sens qui met en mouvement tout son être. Mais il y a des idiots chez lesquels le sentiment de la faim ne se fait pas sentir. Quand ce sentiment n'existe pas, l'enfant apprendra très diûcilement à manger seul.

Pour arriver à ce résultat, il faut une très grande volonté et une très grande énergie de la part du maître. Ce sont ces enfants que l'on voit dans nos asiles, âgés de dix à douze ans, ne sachant pas porter les aliments à leur bouche, et qui infailliblement mourraient si on ne prenait pas soin de leur existence. Mais le soin qu'on prend de leur existence consiste à leur mettre des bouchées de potage, ou de pain, ou de viande dans la bouche, à certaines heures de la journée. On ne s'est pas préoccupé de leur éducation, soit par paresse, soit par insouciance, soit par manque de temps. Le manque de temps est souvent la cause de ce défaut d'éducation. En effet, pour arriver à un bon résultat avec un idiot aussi profond, il faut lui consacrer plusieurs heures chaque jour. Il faut d'abord manger devant l'enfant, bien lui faire voir le mouvement de notre bouche et lui faire mettre

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en môme temps avec sa main les aliments dans sa bouche. Préalablement, il a dû être éduqué à la préhension des objets. Une fois que la préhension s'effectue, il faut donner une cuillère et une fourchette à l'enfant, les attacher à ses mains et le forcer à s'en servir ; et lui montrer en même temps comment l'on fait en s'en servant pour notre propre compte devant lui.

Comme l'enfant mange très doucement, très lentement, il faut faire comme lui, nous guider sur lui, manger doucement, bien mastiquer les aliments, puis les avaler. Cette recommandation est très importante, car comme je vous l'ai dit, beaucoup d'enfants de cette catégorie sont gloutons. Ils avalent de gros morceaux de viande ou de pain, ce qui provoque de la diarrhée chronique. Séguin propose pour empêcher cette gloutonnerie, d'attacher des morceaux de viande avec de gros fils de soie et de tirer dessus quand on voit l'enfant prêt à tout avaler. Par ce moyen, il n'avalerait que ce qui est trituré.

Tous les jours à l'heure des repas, on doit recommencer le même manège et, au bout de plusieurs mois ou de plusieurs années, vous arriverez à faire manger seul l'enfant et à le faire manger proprement. Il faut aussi lui donner de bonnes habitudes en mangeant, habitudes d'ordre et de propreté.

Quand l'appétit fait complètement défaut, vous donnez avant le repas des gouttes araères de Bcaumé ou de l'extrait mou de quinquina, ou encore du sirop d'écorces d'oranges amères. Le

Iraitement médical vient en aide au traitement moral; en développant l'appétit, on développe le besoin de la faim et on provoque ainsi plus facilement l'éducation de la fonction de manger. Et quand ce besoin de manger se fait souvent sentir, le professeur promet de le satisfaire à la condition qu'il exécute plusieurs actes usuels de la vie ordinaire. Il y a un écueil à éviter, c'est de rendre trop gourmand notre petit malade. Les parents pourraient quelquefois tomber dans ce défaut, mais un maître attentif saura toujours l'éviter et remplacer cet appétit devenant désir par un autre désir relatif à la satisfaction d'un autre sens. Enfin plus tard, quand l'éducation sera plus avancée, le maître pourra raisonner son élève, lui montrer ce qui est mal et ce qui est bien, et le faire agir dans ce seul but déterminé qui est le devoir. Mais que de progrès nous avons encore à accomplir !

Avant d'arriver à cet heureux résultat, nous avons d'abord à faire disparaître la perversité du goût et de l'odorat de notre malade. Cette perversité du goût et de l'odorat disparaît en même temps que s'acquièrent les notions de ce qui est bien ; car il ne faut pas oublier que le dégoût est le résultat le plus souvent d'une action psychique. On mange sans dégoût des aliments dont on ne connaît pas l'origine, tandis qu'il est complètement impossible de les manger quand on connaît leur provenance. Le dégoût est donc sous la dépendance de l'éducation, et quand chez un être vorace vous parvenez à le produire, c'est que

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VOUS aurez fait faire des progrès inlellecLaels à votre élève.

Vous venez de voir, messieurs, combien le travail qui consiste à apprendre à manger à un idiot est long et pénible, combien il demande de patience et d'abnégation de la part du maître. Vous voyez que, pour un seul enfant, le maître doit dépenser, au moins une heure le matin et une heure le soir rien que pour le faire manger. 11 doit encore dépenser plus d'une heure pour l'habiller ou pour le faire marcher. Or, ce professeur ou cette infirmière qui est chargée de l'enfant ne peut, dans sa journée de travail, s'occuper que de quatre ou cinq autres enfants tout au plus, pour arriver au môme résultat. Eh bien, messieurs, malheureusement il n'en est pas ainsi ici dans notre établissement. Nous avons une infirmière pour treize ou quinze enfants. Comment voulez-vous que cette pauvre femme parvienne à éduquer nos idiots ? Elles les soigne très bien, leur donne leur nourriture, mais ne leur apprend rien; et voilà la raison pour laquelle vous voyez tant d'enfants gâteux ne sachant pas encore manger seuls. J'ai bien installé des petites monitrices auprès de chaque enfant, c'est-à-dire des enfants plus inteUigentes se chargeant de donner de la nourriture, ou se chargeant d'habiller ces petites infirmes, mais ces petites monitrices n'ont pas assez d'expérience pour pouvoir inculquer des notions à leurs élèves. Le travail qu'elles exécutent est surtout profitable à elles-mêmes. On leur donne ainsi l'amour de la maternité en petit.

Elles considèrent ces enfants comme leurs enfants, et se chargent de subvenir à leurs besoins. Elles réclament à la surveillante ce dont la petite idiote a besoin, et la surveillante, de son côté, montre à cette petite monitrice le point faible de son éducation. Cette éducation mutuelle est donc très utile; mais l'administration devrait augmenter son personnel et donner au médecin, au professeur et aux surveillantes et sous-surveillantes plus de facilités pour conduire à bien cette éducation de l'enfant. On met en avant la question budgétaire, mais je prétends que ce serait une économie pour l'administralion de doubler son personnel, parce que l'enfant serait moins longtemps à l'hôpital et que cet enfant, à un moment donné, pourrait être éduqué et utilisé à son tour pour le bien de l'administration.

Occupons-nous maintenant de la gymnastique du sens musculaire, puis ensuite nous aborderons l'étude du tact, de la vue et de l'ouïe.

Presque tous les idiots sont en retard pour la préhension des objets, la marche, la course, etc. Ce retard dans la fonction musculaire est un indice d'idiotie et frappe surtout les parents. 11 y a cependant quelques idiots chez lesquels le sens musculaire existe de bonne heure et, sous ce rapport, nous ne remarquons aucune différence entre eux et les enfants normaux. Cette aptitude du sens musculaire doit être due à l'hérédité et à la conservation intégrale du centre moteur. L'intelligence et la raison ne président pas toujours à ces mouvements, mais l'éducation parvient à les

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régulariser. La catégorie des individus présentant cette aptitude musculaire constitue la catégorie des moteurs, il faut se servir de ce centre moteur puis psycho-moteur, pour développer les autres centres rudimentaires. Si on n'éduque pas de bonne heure ce sens musculaire, vous verrez l'enfant présenter des anomalies dans les mouvements, des tics, et prendre des attitudes vicieuses.

11 faut donc instruire aussi bien l'enfant idiot doué de ce sens musculaire que l'enfant idiot non doué de ce sens. — La durée de l'éducation dans le second cas ne sera pas égale, mais le procédé sera le même.

Tous nos efforts doivent tendre vers un but utile. 11 faut que l'enfant puisse se servir de ses mouvements pour son usage personnel et pour l'usage des personnes qui l'entourent; plus tard nous tâcherons de lui inculquer de la grâce et de la souplesse dans les mouvements, mais, pour le moment, allons au plus pressé, soyons utiles à notre prochain. 11 ne s'agit pas ici de leçons de gymnastique comme dans l'antiquité oii les sports étaient en grand honneur, ni même de ces leçons de sport et d'entraînement comme on en voit de nos jours et qui captivent trop l'intelligence, ou plutôt, qui annihilent trop l'intelligence de nos enfants des lycées par leurs répétitions prolongées et par les fatigues et le surmenage qu'elles procurent; non, il s'agit de donner à notre élève de l'adresse et de la souplesse dans ses mouvements. Au lieu d'avoir des mouvements réflexes, saccadés, non appropriés à ses usages personnels, par con-

séquenl non utiles pour lui et pour les autres, nous voulons qu'il puisse exécuter des mouvements indispensables, à son existence journalière; nous voulons qu'il puisse prendre les objets nécessaires à sa nourriture, qu'il les porte à sa bouche, qu'il puisse s'habiller, se tenir debout ou assis ; qu'il puisse marcher, courir ou se tenir immobile. Ce sont là autant de modalités du mouvement qu'il faut obtenir à tout prix.

Nous avons vu dans le chapitre précédent que l'enfant idiot a généralement l'instinct de conservation, et qu'avec cet instinct il a quelquefois l'instinct du mouvement approprié pour prendre la nourriture qu'on lui présente ou qu'il voit devant lui. L'acte par lequel il s'empare d'un objet pour le porter à sa bouche, s'appelle la préhension. Cet acte est très dificilement exécuté par la plupart des idiots. Il leur faut une éducation prolongée pour arriver à ce résultat. Cependant on y parvient généralement assez facilement, surtout chez les idiots voraces; on excite leur appétit par la vue de l'aliment, et on ne contente le désir provoqué par la vue de cet aliment que par la préhension de l'objet. L'individu met toute son attention à exécuter ce mouvement et à un moment donné, après plusieurs leçons, il parvient assez bien à l'exécuter. Mais si l'idiot est peu sensible à la nourriture, s'il n'a aucun appétit, vous développerez bien plus difficilement ce sens musculaire.

Ce n'est que par la répétition de l'acte et par l'imitation, que vous arriverez à rendre adroit

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votre petit idiot. Le meilleur moyen pour développer la préhension des objets est de se servir d'une échelle couchée ou droite. Vous prenez les mains des enfants et vous les portez d'un barreau sur Tautre. Une fois que vous avez fait le mouvement en avant, vous le faites ensuite en arrière. Cet exercice a double avantage. Il développe en même temps que la préhension la force musculaire du sujet, et participe au développement de la poitrine et des muscles respiratoires.

Le système Pichery, ou système des opposants est aussi très utile et régularise les mouvements d'extension, de rétraction et de flexion.

Je ne saurais trop recommander ce système qui peut très bien être installé dans une chambre et donner de très beaux résultats, sous la surveillance d'une personne compétente. Mais il faut, pour ce système comme pour les autres moyens, une direction sage, et il est utile de revenir plusieurs fois par jour à cette gymnastique. Ce système n'est applicable qu'à un petit nombre d'individus réunis; le professeur ne peut s'occuper que de quatre à six élèves en même temps. Un moyen très efficace aussi pour obtenir des mouvements coordonnés, est de s'appliquer à faire monter ou descendre un escalier à notre petit, idiot. Après l'ascension de chaque marche, l'enfant en effet est obhgé de se tenir immobile debout en équilibre, et cette immobilité si précieuse à obtenir devient le point de départ des nouveaux mouvements. Dans l'exercice de l'échelle horizontale et verticale, vous arriverez à peu près au même résultat.

- Vous familiariserez voire élève avec la gymnastique des doigts que réclament les actes de la vie journalière. Vous lui apprendrez à s'habiller, à se boutonner, à se lacer, à se peigner, à se laver la figure et les mains, etc. En un mot vous lui apprendrez la gymnastique pratique, celle qui a pour objet tous les actes utiles de la vie commune.

Chez les enfants agités, on voit des mouvements désordonnés ou cadencés, rythmés réguliers, qui ne sont autres que des tics. Ces mouvements ne sont pas appropriés à un but déterminé, et sont l'effet d'une imitation personnelle incomplète, mal dirigée. Il faut régulariser ces mouvements, leur donner une destination appropriée, ce qui est très difficile. On y arrive cependant par la double voie de l'imitation et de l'autorité. Le premier point que l'on doit obtenir est l'immobilité, car l'immobilité est le passage nécessaire d'une action désordonnée à une action convenue entre le système musculaire et l'intellect ; mais que de patience et de volonté et d'ingéniosité, de la part du maître ! Au bout de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, vous arriverez cependant à ce résultat. Mais pour cela, il faut que le maître ne s'occupe que de cet enfant. 11 faut que tous les jours il passe des heures et des heures en le tenant avec ses mains fixé devant lui, sur une chaise, ou debout.

Quand l'immobilité est obtenue ou à peu près, on commence les exercices d'imitation. Souvent ceux que l'individu a acquis tout seul reparais-

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sent, mais on parvient à les chasser, ou plutôt à les régulariser, en ramenant toujours l'élève à l'immobilité, et en partant de ce point pour exécuter les mouvements voulus. On lui fait montrer ou toucher du doigt la tête, les bras, les jambes, le corps, la bouche, les yeux, etc. ; comme cela, on lui inculque en même temps la conscience du moi physique dans tous ses détails.

Une fois que l'enfant connaît par ces premiers exercices les parties extérieures agissantes de son corps, on lui fait faire des exercices destinés à faire mouvoir ces mêmes parties sur simple imitation. C'est ainsi qu'avec la main, on lui fait toucher un objet quelconque avec un doigt ou plusieurs doigts, avec la main fermée ou non, qu'on lui fait sentir un objet, une rose par exemple ; qu'on lui fait toucher aussi les épines, etc., de manière à provoquer plusieurs sensations et à les associer ensemble.

La gymnastique musculaire et la mimique personnelle s'enseignent mieux à un grand nombre de sujets qu'à un seul, tandis que les diverses gymnastiques sensoriales ne peuvent être essayées par le professeur que seul à seul avec chaque sujet.

Pour donner à l'enfant des idées de formes, d'étendue, de volume des corps, il faut prendre les objets que Ton veut lui faire connaître, une assiette par exemple, un verre, une cuiller, un cube en bois, on les lui fait poser sur une table sur toutes les faces, et on les lui fait palper dans tous les sens. En dernier lieu, on prend un crayon

et on fait tracer à l'enfant sur une feuille de papier une raie quelconque, soit en longueur, soit en hauteur, pour que ces images graphiques soient liées à l'idée d'étendue.

Après avoir développé la gymnastique du sens musculaire, il faut développer la gymnastique des cinq sens. Pour Séguin, la sensibilité tactile est le sens par exemple, car tous les autres sens sont une modification du tact, ils sont sensibilisés par des ondes, soit sonores, soit gustatives, soit visuelles, par conséquent ces sens sont des modifications de la sensibihté générale.

Le tact vous met en rapport avec tout ce qui vous entoure. C'est pour Séguin vous dis-je, le sens le plus important pour l'éducation de l'enfant, et de l'idiot en particulier. Il faut l'associer à un autre sens pour en retirer tout le développement qu'on en attend. Il faut faire toucher des objets rudes, durs, mous, soyeux, etc. ; des corps pesants de dimensions différentes, rondes, carrées, etc. Il faut plonger les mains dans l'eau tiède, puis dans l'eau froide. Tous les contrastes que présentent ces corps doivent être offerts à l'appréciation de l'enfant; mais, comme je le dis plus haut, cette appréciation n'a lieu que si un autre sens ou plusieurs sens viennent corroborer ce que le sens du tact donne déjà. Aussi faut-il en même temps faire ressortir à l'enfant, la forme, le poids, la couleur, le son, l'odeur et le goût de l'objet. Quand on aura ainsi éduqué ces sens plusieurs fois de suite, et pendant plusieurs jours, on finira par inculquer des notions exactes à son élève.

TRAITEMENT ET ÉDUCATION

Ces leçons doivent être répétées souvent, mais être peu prolongées chaque fois. 11 ne faut pas fatiguer l'enfant, provoquer de l'ennui avec de la fatigue ; tâchez au contraire de rendre vos leçons attrayantes, agréables. Si l'enfant est gourmand, donnez -lui de petites friandises chaque fois qu'il aura fait un progrès; s'il aime les images, donnez-lui des images, etc. Ayez toujours présent à l'esprit le but à atteindre, et pour y arriver prenez les moyens qui vous paraîtront les plus sûrs.

L'éducation de l'ouïe est souvent très longue à faire chez les idiots. Cela dépend à quelle variété d'idiots nous avons affaire. Vous vous rappelez, messieurs, qu'en vous parlant du langage, j'ai divisé nos malades ou idiots, en malades atteints de surdité corticale, de surdité psychique et de surdité verbale. Cette distinction est très importante et nous devons toujours, avant de commencer l'éducation de l'ouïe chez nos enfants, savoir à quelle catégorie ils appartiennent. Si l'enfant est atteint de pseudo-surdité ou de surdité verbale, comme c'est le cas le plus fréquent, on tâchera d'associer au mot que l'on prononcera devant lui, la vue, le goût ou le toucher d'un objet qui flatte un de ces sens, de manière que l'image tonale accompagne toujours une des images qui lui fait plaisir, et si l'enfant n'a pas de lésions des organes moteurs du langage, il parviendra â prononcer le nom de l'objet et à avoir l'attention attirée par l'émission seule du nom de l'objet. On lui montrera comment on fait avec la bouche et la langue pour émettre ces sons.

L'iDIOTll']

Pai-rimiLalion, on parvient à lui faire acquérir des liabiLudcs mimiques assez précises. On attire son attention sur les traits de la face, ou lui en fait toucher certaines parties et on finit par concentrer son attention sur l'appareil vocal. D'aPjord ce sera l'index que l'on mettra en croix sur les lèvres, ensuite on le placera horizontalement, puis on l'introduira dans la bouche pour qu'il puisse sentir le mouvement delà langue. Comme pour le muet, on placera l'enfant entre ses jambes et on mettra devant lui une glace, pour qu'il voie les mouvements que l'on exécute représentés dans la glace, et pour qu'il puisse exécuter les mômes mouvements. Son regard étant sans cesse dirigé sur la glace ou il voit les mouvements de la bouche du professeur, il imitera ces mêmes mouvements, et on pourra apprécier si les mouvements qu'il exécute sont tout à fait semblables.

Si ses lèvres sont pendantes, on lui fera serrer une règle pour arriver au resserrement des lèvres ou même de la mâchoire qui quelquefois est pendante, entr'ouverte. On répétera le même exercice pour obvier au tremblement et au resserrement des mâchoires. On lui montrera à mouvoir la langue hors de la bouche, en avant, en haut, en bas ; l'aider de la main si l'enfant ne peut la faire mouvoir volontairement, en relever la pointe etla tenir longtemps comme appendue aux régions antéro-moyennes, postérieures et latérales du palais, On est obligé souvent de se servir d'un couteau en ivoire pour arriver à la relever. On place le sujet au milieu de chœurs, et on provoque par l'imita-

TRAlTEMliNT ET ÉDUCATION

lion cL le commaiidemcnL des émissions de voix semblables à celles qu'il entend.

Quand on est parvenu à faire mouvoir facilement et intentionnellement les organes de l'articulation et à faire émettre des sons longs et purs de la voix humaine, ons'ocupe du développement du langage.

Pour Séguin, on doit commencer cette étude par les syllabes simples terminées par une voyelle et non par des voyelles isolées, comme cela se pratique d'ordinaire.

11 pose comme principe que :

1° L'étude de la parole doit commencer par les consonnes et non par les voyelles ;

2" Que les syllabes composées d'une consonne et d'une voyelle doivent être articulées les premières ;

3° Que les labiales, entre celles-ci, doivent précéder toutes les autres ;

4° Les syllabes isolées sont moins faciles à articuler que les syllabes repétées.

La vue. — Beaucoup d'idiots ont la vacuité du regard ; ils ont des yeux pour ne pas voir. La première chose à faire est de saisir ce regard et de faire disparaître sa vacuité. Une fois le regard acquis, l'appliquer à la distinction des propriétés physiques des corps : la couleur, la forme, etc..

Pour prendre le regard, Séguin préconise l'emploi de ces exercices :

1" Enfermerun enfant dans une chambre noire, et au milieu, mettre un point lumineux sur lequel on dessinera quelque chose d'agréable ;

2° Employer le balancier. Envoyé et reçu rapidement, il force le regard h l'assiduilé et aux mouvements volontaires ;

3" Garder l'idiot devant soi, poursuivre son regard avec son regard pour provoquer l'attention ; l'œil actif, intelligent, animé, poursuit l'œil inactif, l'arrête, le fixe, le dirige ensuite.

Je vous ai dit que certains idiots avaient des aptitudes musicales, qu'ils retenaient des airs de chansons et l'intonation des mots de ces chansons, parfois le mot lui-même, avec une facilité étonnante, alors même qu'ils ne comprenaient pas le sens du mot qu'ils prononçaient.

Cette faculté musicale doit être développée et nous devons nous en servir pour son éducation.

Tout ce qu'on lui fera faire tendra à la satisfaction de son aptitude musicale.

Généralement les enfants sont plus sensibles aux rythmes énergiques rapides et gais qu'aux mesures lentes et graves, sans doute parce que les vibrations sont plus nombreuses.

Quelquefois la musique calme tout d'un coup un idiot agité ; il reste bouche béante aux premiers sons et reste ainsi tout le temps que dure la musique. On doit utiliser cette commotion produite pour la bonne éducation de notre élève.

Quelques chants graves ont calmé aussi Tirritabilité de certains idiots agités. Les sons aigres et saccadés des instruments de cuivre et des trombones, ont précipité et paru régulariser les mouvements des idiots inertes.

TRAITEMENT ET ÉDUCATION

On peut tirer un bon parti des marches militaires pour la marche, la course, le saut, etc.

Le travail manuel au son de la musique ou au son de chansons cadencées, est quelquefois mieux fait que lorsque Tenfant est livré à lui-même. On emploie ce moyen pour la régularité des mouvements à la gymnastique. On peut l'employer aussi dans certains ateUers. Deux fois par semaine un professeur de chant vient dans le service et fait chanter aux enfants et aux adultes des chansons choisies qui servent autant au développement de la morale qu'au développement de la bonne articulation des mots.

Après les chants, les enfants dansent quelques valses et polkas, au son de la musique. C'est un moyen de développement du sens musculaire associé au sens de l'ouïe. La régularité dans les mouvements est vite apprise chez les enfants qui ont l'oreille musicale. Ce moyen ajouté à celui que j'ai mentionné plus haut ne doit pas être négligé.

Ces trois moyens peuvent être employés. Nous devons surtout rechercher quel est le sens le plus développé chez l'enfant et tâcher d'associer les sensations du sens avec celui de la vue, c'està-dire provoquer du plaisir et de l'attention. Une fois que le regard est saisi, vous apprenez à l'idiot les différentes qualités des objets :

La couleur. — Les filles reconnaissent mieux généralement les couleurs que les garçons. La couleur la plus facilement reconnue es t le rouge d'abord

puis le bleu. Pour apprendre les couleurs aux idiolfi, on espace des carions de diQerenlcs couleurs, el devant l'enfanl, on met tous les carions bleus sur les bleus, les rouges sur les rouges el ainsi de suile. On lui fait faire le même travail, el ainsi on lui apprend à les distinguer les unes des autres. En même temps que l'on montre à l'enfant les couleurs différentes des cartons, on [désigne chaque carton par sa nuance. On associe par conséquent à l'image visuelle une autre image, l'image tonale, qui est le nom de l'objet.

Les dimensions. — Pour apprendre à l'idiot la notion des dimensions on agit comme pour Tenfant normal, on fait scier plusieurs règles de différentes grandeurs ayant chacune 5 centimètres [de plus que l'autre. On pose d'abord à côté l'une de l'autre la plus grande et la plus petite, puis on demande à l'enfant quelle est la plus grande et quelle est la plus petite; on en ajoute une intermédiaire et on fait toujours la même question, enfin une autre et ainsi de suite.

La configuration. — Pour les formes comme pour les couleurs, il faut partir des contrastes pour arriver aux analogues. On fait distinguer un rond d'un carré, puis un carré d'un triangle. On arrive ensuite à l'ovale, à l'octogone et à l'hexagone. On met tous les ronds ensemble et tous les carrés ensemble. Ensuite on les mélange, puis on les fait séparer par l'idiot après les avoir séparés les uns des autres plusieurs fois devant lui. On fera en plus palper et toucher tous ces objets par

ÏRAITliMENT ET ÉDUCATION

r enfant; on lui montrera à les placer dans des cases correspondant à leur forme. On pourra peindre ces cases de la couleur correspondant à l'objet que l'on doit mettre dedans pour attirer davantage l'attention du petit malade, c'est-à-dire que, dans ce cas, on tâche qu'une image coloriée vienne à l'aide d'une image de contours. Puis chaque fois que l'idiot sera parvenu à placer l'objet dans le casier correspondant on appellera cet objet par son nom de manière que l'image tonale accompagne l'image visuelle. On emploie ce même moyen pour la notion des lettres. On fait des lettres sur de petits carrés de bois, et on tâche que l'enfant mette tous les A ou tous les B dans le casier correspondant à ces lettres. Quand l'enfant est plus avancé, plus intelligent, on lui donne à construire des objets usuels, des chaises, des tables, des maisons à l'aide de morceaux de bois séparés et agencés d'une certaine façon, de manière que, placés suivant les modèles dont on donne le dessin, il puisse reconstruire ces objets. On fait cette construction devant lui, en lui montrant le dessin et en lui faisant ressortir ce fait que l'on met les petites charpentes sur les charpentes correspondantes du dessin, et une foisl'objet construit, on le détruit devant lui pour le refaire ensuite. Ce travail est très difficile à obtenir chez l'idiot.

11 aime généralement à détruire, mais pas à reconstruire. Ce n'est qu'après des études prolongées que l'on arrive à ce résultat, au bout de plusieurs années. Au lieu de prendre des objets

de charpente, on prend des animaux ou des soldats en plomb, et on tâche de les mettre debout, pour donner quelques notions sur le plan, à l'enfant. Ces notions sont très difficiles à acquérir ; l'idiot met ses joujoux de côte, il ne sait pas les mettre d'aplomb, parce qu'il ne connaît pas les notions relatives au plan, et aux propriétés physiques des corps. On parvient à lui donner ces notions par la répétition des actes énoncés ci-dessus.

Dessin, écriture. — On apprend d'abord à l'enfant à tracer des lignes horizontales, et des lignes verticales, à l'aide d'un crayon ou d'un morceau de craie; on lui met un modèle sous les yeux, on lui tient la main et on exécute avec lui le mouvement approprié. Ce travail demande beaucoup de temps et beaucoup de patience. L'idiot n'arrive qu'au bout de plusieurs années à faire des bâtons réguliers. 11 fait de préférence des 0. Il a toujours tendance, chaque fois qu'il prend un crayon à faire des ronds plutôt que des lignes droites ; il a tendance aussi à se servir de la main gauche et à commencer ses lettres, ses 0 par exemple, de droite à gauche. En cela il imite les Orientaux.

Les enfants normaux comme les idiots ont tendance aussi à faire des 0 plutôt que des bâtons, mais les lettres sont faites comme le modèle entre deux lignes. L'idiot, au contraire, commence toujours ses lettres, soit au-dessus, soit au-dessous, des lignes qui lui sont assignées par le modèle. Ses lettres aussi sont toujours bien plus grandes

TRAITEMENT ET ÉDUCATION

que le modèle, mais elles ont la même direction.

L'enfant normal, au contraire, a tendance à faire ses lettres plus petites que le modèle et à les faire dans une direction opposée. D'où vient que l'idiot commence toujours ses lettres ainsi, soit au-dessus, soit au-dessous du modèle, et jamais entre les lignes, et qu'il les fait très grandes? Cela doit tenir au défaut d'accommodation de son système visuel, qui ne lui permet pas d'apprécier le relief et l'étendue.

La formation des lettres est difficile à obtenir. Cet exercice d'imitation demande un certain degré d'intelligence. Le moyen qui consiste à faire suivre à l'aide d'un crayon le contour des lettres mises en relief sur une planchette, me paraît très bon. Ces contours guident la main et lui donnent de la précision. Le mouvement graphique ainsi exécuté développe dans le cerveau une image de mouvement qui, associée à l'image visuelle, parvient à son tour à éveiller l'image tonale.

On commence, comme pour les enfants normaux, à faire écrire ces malades sur des ardoises ou des tableaux à l'aide de crayon ou de craie. Ce n'est que lorsqu'ils parviennent à exécuter les lettres, que l'on se sert du porte-plume et de la plume. Cette méthode n'est pas très bonne, car elle alourdit la main, et retarde le moment oîi l'enfant pourra écrire avec la plume, mais ce système est plus économique que l'autre et plus propre ; on n'a pas à craindre de taches d'encre. Certains idiots imitent assez bien les lettres qu'ils voient devant eux comme modèle, mais ne peu-

vent les faire au commandement, sur le papier oa le tableau. L'image tonale n'éveille pas Fimage graphique. D autres enfants ne connaissent pas le nom des lettres qu'ils viennent d'écrire, ou plutôt de copier. Ils ont donc de la cécité ver- Laie, mais ils peuvent refaire la même lettre au commandement sans qu'ils aient le modèle sous les yeux. L'image visuelle persiste donc chez eux, et cette image éveille l'image graphique. Mais si au lieu de dire à l'enfant : « Fais la même lettre », on lui dit : Fais telle lettre, qui est le nom de celle qu'il vient de faire, il ne peut obéir, parce que l'image tonale n'éveille ni l'image graphique ni l'image visuelle. Ce n'est qu'au bout de plusieurs mois, et, quelquefois d'années que l'on parvient à obtenir un bon résultat.

Cette difficulté à retenir le nom et la forme des lettres est tout à fait particulière (cette inaptitude correspond à la cécité verbale et à la surdité verbale), d'autant plus que certains enfants qui sont dans ces conditions reconnaissent les dessins qu'on leur présente. Ainsi, quand on montre à la petite Fer... le catalogue des magasins de mode, elle nous dira. Voilà un chapeau à papa, un chapeau à maman, une robe, un paletot pour papa un paletot pour maman, etc., etc.

Ceci nous prouve que l'enfant est une visuelle, qu'elle est toujours guidée par les images visuelles et qu'elle les retient pour des objets qu'elle peut voir et toucher, parce que pour elle ces trois images sont indissolublement associées, tandis que le nom d'une lettre pour elle ne s'ap-

TRAITEMENT ET ÉDUCATION

Î3lique qu'à une image visuelle dune lettre, image trop abstraite et n'éveillant pas d'images associées. C'est pour cette raison que certains idiots retiennent bien mieux le nom des lettres par la phonomimie. 11 y a là une association d'images visuelles, musculaires et auditives, et môme d'images relatives à certains actes qui font que l'enfant retient mieux. Cette aptitude doit guider le professeur. Dans certains cas, il doit se servir de la phonomimie.

Pour apprendre les lettres aux idiots, on se sert de lettres séparées, peintes ou sculptées sur des carrés eu bois. On applique l'enfant à placer ces petits carrés dans des compartiments séparés oîi on ne met que les mêmes lettres, et chaque fois on désigne leur nom ; puis une fois que la lettre est connue de cette façon, on lui apprend à reconnaître cette lettre sur un tableau, et en môme temps on la lui fait écrire.

Certains enfants apprennent les lettres de l'alphabet par mémoire, c'est-à-dire à force d'entendre leur nom, sans connaître leur conformation. Ils ont la mémoire auditive développée, tandis que l'autre mémoire est à l'état latent. Cette manière d'apprendre a lieu dans les classes oîi un professeur est obligé de s'occuper de plusieurs élèves à la fois. Le professeur môme dans certains cas fait répéter par tous ses élèves ensemble le nom de la lettre, et ceux qui apprennent le langage par le procédé phonétique retiennent assez bien l'intonation du mot et le mot lui-même.

Quand l'enfant a appris ses lettres de cette manière, le professeur doit ensuite le prendre à part et lui montrer à les distinguer les unes des autres. Pour cela, il faut qu'il éduque ses autres sens ; il faut qu'il associe à l'image tonale, l'image visuelle ou l'image graphique ou encore l'image phonomimique. Le professeur, dans ce cas, n'arrivera à un bon résultat qu'en isolant l'enfant des autres élèves. S'il n'emploie pas ce moyen, l'enfant qui est un auditif, qui ne trouve du plaisir que dans la répétition de certains mots, répétition qui pour lui est une véritable musique, n'apprendra rien. 11 paraîtra plus intelligent qu'il ne le sera réellement. C'est ce que nous voyons chez certains microcéphales.

Une fois que l'enfant connaît ses lettres, on assemble une consonne et une voyelle ou deux consonnes et une voyelle et on forme des syllabes. Quand il est arrivé à syllaber, on lui fait réunir plusieurs syllabes entre elles et prononcer des mots. Mais ce travail est bien lent chez l'idiot.

Enfin quand l'enfant parviendra à lire des mots il faudra tâcher qu'il comprenne le mot qu'il lit ou qu'il prononce. Pour cela on choisira des mots, usuels, papa, maman, table, chaise, livre, etc., et à l'énoncé du mot on montrera un objet correspondant à ce mot, de même on lui fera écrire des mots dont il comprendra le sens. Quand on lui donnera un modèle à copier, on aura soin de lui expliquer ce que chaque mot représente.

Quand l'enfant est plus avancé dans son édu-

TRAITEMDnVT lilT ÉDUCATION

calion, on lui fera copier quelques lignes, on lui donnera un diclionnaire et on- le priera de nous donner l'explication des mots qu'il a écrits. 11 se servira du dictionnaire qui lui donnera l'explication du mot.

De môme à cette époque, l'enfant arrivé à ce degré d'éducation nous donnera l'explication de ce qu'il voit sur une petite image, Cette méthode introduite par M"^ Nicolle est très bonne ; d'abord les enfants aiment généralement les images ; leur attention est captivée par la vue des personnages coloriés. Or la description qu'ils nous font de cette image prouve qu'ils réfléchissent et comprennent ce qu'ils voient. C'est un moyen de forcer l'enfant à observer et à se rendre compte de ce qu'il voit.

Par ce moyen, l'enfant aussi apprend à donner un nom à chaque objet qu'il voit et à lui décerner des qualités ; il connaît donc de cette manière le rapport de l'objet avec ses propriétés ou ses qualités, c'est-à-dire qu'il apprend à faire suivre le nom des objets de leur adjectif. Il apprend aussi par là l'état d'être ou d'action dont l'objet est susceptible, car ces images représentent les objets ou les individus à différentes époques de leur existence.

Par ce moyen aussi, on met en éveil la mémoire de J'enfant, car on ne lui montre .que des objets qu'il a déjà vus. Pour cultiver la mémoire de nos enfants idiots, il faut surtout l'exercer sur des phénomènes sensibles et ne jamais se servir d'idées abstraites pour la développer ; de chan-

sons, de fables, par exemple. On n'emploie ce dernier moyen que lorsque l'enfant est déjà éduqué, et qu'il comprend la valeur des mots qu'il apprend. Ces mots compris, alors, évoquent des idées, lesquelles idées à leur tour peuvent en évoquer d'autres.

Chez un enfant très borné, on parvient à exercer sa mémoire en se servant de son instinct de conservation qui généralement est le plus développé. On place devant lui les mets qu'il doit manger et qu'il aime beaucoup, et après qu'il les a vus et qu'on les lui a nommés, on les enlève et on lui demande ce qu'il veut manger. Il le dira, sinon la première fois, du moins après quelques expériences, si surtout on substitue à ces mets qu'il aime, d'autres aliments qui le flattent très médiocrement. On peut appliquer à un autre sens cette méthode pour le développement de la mémoire : Ainsi la vue et le toucher. Certains idiots ont la manie de toucher certains objets avec plaisir. On les leur montre, et on ne les leur donne que lorsqu'ils les appellent par leur nom. Grim... aime beaucoup les images, le papier; on ne lui donne ces objets que lorsqu'elle prononce le mot demandé.

On doit s'appliquer aussi à inculquer à l'enfant les idées de prévision et de prévoyance ; la prévision qui recherche les circonstances favorables à l'individu, la prévoyance qui s'efforce de les préparer à l'avance. Mais cette double prescience, résultat de l'observation et de l'éducation, est difficile à inculquer à l'idiot. On y parvient cependant

TRAITEMENT ET ÉDUCATION

à la longue, mais pour cela il faut que le maître dirige l'esprit de son élève de ce côté. L'enfant a-t-il faim? il faut qu'il cherche où est le pain, il faut qu'il aille le chercher chez le boulanger; mais il ne l'aura chez le boulanger que lorsqu'il donnera de l'argent, et il n'aura de l'argent que lorsqu'il l'aura gagné par son travail. Ce n'est que par des exemples semblables fréquents, répétés, que l'on arrive à leur inculquer ces idées. Mais il faut que le maître y songe.

Pour apprendre l'arithmétique ou plutôt le calcul, on se sert des billes, objets concrets, palpables. Il faut, en effet, familiariser nos pauvres petits infirmes avec les quantités appréciables pour eux dans la vie, et non les initier aux abstractions des nombres. On leur montre l'addition en ajoutant aux billes qu'ils ont dans la main d'autres billes, ou en les faisant compter sur leurs doigts. A un âge plus avancé, on leur donne des pièces de monnaie et on leur fait payer les bonbons qu'ils désirent ; une fois qu'ils ont donné leur argent on leur demande ce qui leur reste. C'est une manière d'apprendre la soustraction. Une fois que le calcul est assez développé de cette manière, on opère avec des chiffres.

L'idiot arrive à faire des additions et des soustractions, mais il ne parvient que très difficilement et exceptionnellement à la multiplication ; la division est généralement inconnue. Nous ne devons pas trop pousser l'idiot à apprendre ces dernières règles, nous perdrions notre temps et, d'un autre côté, notre ambition doit se limiter à leur être utile.

Les leçons du professeur doivenl êlrc toujours des leçons de choses, et tout ce qu'on voit autour de nous doit servir à ces leçons de choses. C'est ainsi qu'il est très important de promener tous les jours dans les jardins, pendant une heure au moins, ces petits êtres; lem' montrer les arbres, les légumes, les fleurs, les fruits ; les conduire dans les fermes ou au Jardin des plantes ; leur montrer les animaux; leur faire voir les diflerences qui existent entre eux, et leur indiquer l'utilité de chacun.

. On doit leur apprendre comment on obtient le pain, quelle est la plante qui produit la graine, et quelle est la préparation que l'on fait subir à la farine. 11 faut tâcher de leur faire comprendre quels efforts l'homme est obligé de faire pour arriver à se nourrir.

On leur montrera aussi la laine qui est sur le dos du mouton, et on leur expliquera, ou plutôt on leur montrera, par quelles préparations passe cette laine pour arriver à l'état d'étolfe.

11 en sera de même pour tous les objets qui seront à leur portée. On leur montrera une vache, une poule, par exemple, et ils verront l'utilité de ces animaux pour la production du lait et des œufs.

On leur montrera les fruits sur les arbres, et en leur indiquera les différents modes d'état des légumes qu'on leur présentera aux différentes époques de leur évolution et ils verront, par expérience, l'utilité de toutes ces plantes.

Après avoir régularisé les fonctions, développé les aptitudes et les facultés d'un idiot, il faut

TRAITEMENT ET ÉDUCATION

appliquer ces fondions, ces aptitudes et ces facultés, à la vie personnelle et à la vie sociale, aux rapports que l'enfant doit établir avec lui-même, avec les choses et avec les personnes.

Il faut avant tout apprendre à l'idiot à se tenir debout, assis à table comme tout le monde, à marcher, à courir, à être propre, à manger proprement, à se servir de cuiller, de fourchette, etc., à s'habiller, à se boutonner, agrafer, dégrafer, à être décent, etc.

Nous avons déjà parlé de l'éducation du sens musculaire, je n'y reviendrai pas; mais pour donner à l'idiot l'habitude de la propreté et lui faire disparaître son gâtisme, il faut tous les jours à des heures régulières le conduire sur la chaise percée, et tâcher de développer chez lui un certain attrait dans l'accomphssement de cet acte, en lui donnant par exemple un bonbon. On parvient de cette manière à un résullatheureux et l'habitude est bientôt prise. Quand l'habitude estprise, on change le costume de l'individu. Si c'est un garçon, on lui donne un pantalon et on l'habitue à bien se culotter et à être décent dans sa tenue. Pour arriver à ce résultat, il faut de la part du maître beaucoup d'exemples à l'appui. L'idiot imite alors ce qu'il voit, et la bonne habitude sera contractée. Les paroles ont peu d'action sur lui, c'est l'exemple qui est tout. Chez certains imbéciles salaces qui n'ont pas reçu, dans leur jeune âge, une éducation suffisante, on voit des habitudes d'onanisme invétérées, que l'on ne peut corriger que par l'intimidation ou la répression.

L'iDlOTlIi

11 n'esL pas rare de voir chez les idiots des atli- Ludes vicieuses, des balancements du corps en avant pendant la marche, des balancements sur les chaises pendant qu'ils sont assis, ou bien des mouvements désordonnés des membres supérieurs, des lies enfin qu'il faut contre-balancer par des exercices de gymnastique bien appropries ; certains sucent leurs draps ou leur serviette, mordent leurs mains; d'autres déchirent leurs efTets ; d'autres enfin bourdonnent, crient, pleurent; d'autres se frappent contre les barreaux de leur chaise ou contre les murs ; d'autres, une fois couchés, se pelotonnent sur eux-mêmes et restent sans cesse cachés sous leurs draps, respirant souvent des odeurs infectes ; d'autres assis sur leur chaise se tiennent de travers et se procurent ainsi des déviations de la colonne vertébrale. Toutes ces habitudes mauvaises et d'autres plus funestes doivent être épiées, combattues, tantôt avec dou- "ceur tantôt avec énergie. C'est au maître à voir quel est le moyen qui lui réussit le mieux.

Les désordres de la locomotion sont flagrants chez l'idiot. Ces désordres sont presque aussi nombreux que sont nombreuses dans l'homme les fonctions motrices. L'idiot est maladroit dans presque tous^ ses mouvements, sa démarche est titubante, semblable à celle d'un ivrogne. L'idiot se balance en marchant. On doit corriger cette démarche. Pour cela, le professeur doit lui faire faire des mouvements réguliers de balancement à chaque bras, le faire asseoir ayant la poitrine projetée en avant, puis le faire relever, lui

TlUTTliMIiNT 15Ï ÉDUCATION

faire plier les genoux, puis le faire relever, toujours la poitrine en avant, et enfin le faire marcher droit en le tenant avec l'anneau de sa ceinture de gymnastique d'une main et de l'autre en lui tenant la tôte droite ; de plus, par la parole et le geste, on lui commande de marcher en disant une deux^ une deux, comme on le fait pour les recrues. On doit lui faire faire des mouvements d'ensemble avec les xylofers et les barres à sphères. Tous ces mouvements sont exécutés au commandement, et ils développent et égalisent les mouvements des enfants. L'action de se vêtir est un des actes les plus nécessaires à l'homme. Cette action si simple en apparence de mettre ses bas, ses chaussures, son pantalon, sa chemise, son paletot, etc., demande plus que de la force et de l'adresse, car elle exige la connaissance, non seulement de toutes parties de notre corps mais encore la connaissance de tous les objets dont se compose l'habillement. 11 faut donc apprendre le nom de toutes les parties de notre corps et le nom des objets qui servent à conserver ces parties du corps. Puis, une fois que l'enfant connaîtra en partie toutes ces choses, on lui apprendra comment il doit s'en servir. Rien de plus difficile que de mettre des bas. Il y a là un ensemble de mouvements associés, appropriés qui demandent une grande précision, et une volonté, car la volonté doit intervenir dans tous ces cas. L'acte de lacer ses souliers est très long à apprendre. Faire une rosette est encore plus difficile à obtenir. 11 faut une certaine adresse pour y arri-

l'idiotiiî

ver. Ce n'est qu'au bout de plusieurs années qu'on arrivera à ce résultat.

L'idiot doit apprendre aussi à manger seul, à manger proprement et, enfin, il doit apprendre à rechercher sa nourriture et à gagner cette nourriture par le travail.

On parvient à ce résultat heureux par la méthode que j'ai développée devant vous. En effet, une fois que l'enfant idiot est parvenu à s'habiller seul, à marcher, à courir, à faire des mouvements réguliers, coordonnés, à manger seul, à avoir quelques notions de graram.aire et d'écriture, on lui apprend alors un métier. C'est ainsi que nous habituons toutes nos jeunes filles à faire le ménage, à faire leur lit, à nettoyer la chambre, à laver, à brosser, à balayer, à ranger leurs effets, etc.

Une fois que l'enfant devenue adolescente travaille à l'atelier, il faut continuer tous les jours à la faire venir à l'école, et à lui donner matin et soir une leçon d'une heure sur ce qu'elle a appris. Il faut lui faire faire tous les jours des pages d'écriture, du calcul, etc., sans cela vous verriez bientôt toutes ces notions disparaître. Mais la classe pour la jeune fille à ce moment n'est plus l'objet principal de son éducation, elle doit être considérée comme une faveur, une récréation. L'atelier ou l'ouvrage manuel dans les cours ou les dortoirs doit être l'objet de ses préoccupations. L'enfant est arrivé à l'âge oh il doit être utile à lui-même et à la société. Puis sachons, messieurs, que si à dix-huit ou vingt ans, une idiote n'a rien

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pu apprendre, son cdacalion ne progressera plus et si sa force physique et sa conduite nous permettent de l'utiliser à de gros ouvrages, comme porter le charbon, le linge, etc., nous devons le faire.

Je voudrais qu'on apprît à une certaine catégorie de nos idiotes, c'est-à-dire aux plus intelligentes, à faire la cuisine. Car ces pauvres êtres, une fois qu'elles seraient rendus à leurs parents, pourraient remplacer la maman dans les soins du ménage. Elles pourraient, tandis que les parents sont à l'atelier préparer la cuisine, le couvert, etc. J'ai demandé à l'administration à plusieurs reprises différentes, cette amélioration dans l'éducation de nos petites idiotes, et j'espère arriver à mes fins. Je voudrais voir aussi installé dans mon service un atelier pour le blanchissage, le repassage et le lavage. Un atelier pour le cannage des chaises, pour la piqûre des bottines, pour la fabrication des couronnes en perles serait aussi d'une très grande utilité. Nous devons en effet chercher à ce que nos enfants puissent gagner leur vie par leur travail.

Nous avons un atelier pour la couture, la tapisserie, le tricot, et pour la fabrication des fleurs, mais certains enfants ne pourront jamais apprendre ces métiers qui demandent de l'assiduité, du calme et du repos. Aussi, un petit atelier de buanderie, de lavage, de repassage, etc., serait très utile pour les enfants qui ont besoin de mouvement et qui ont besoin de dépenser beaucoup de forces, et que je mets dans la catégorie des moteurs.

A Bicôtre, les garçons sont mieux partagés que les filles ici à la Salpêtrière. Vous voyez là-bas en effet, des ateliers pour la cordonnerie, pour les vêtements, pour la vannerie, pour la serrurerie, pour la menuiserie, etc., et suivant les aptitudes de chaque élève, et surtout suivant son tempérament et sa force physique, le médecin le désigne pour tel ou tel atelier. Les résultats obtenus ont dépassé toute attente. Je ne saurais donc trop demander pour la Salpêtrière ce qu'on a donné si généreusement à Bicêtre et je suis convaincu que les résultats seront aussi bons ici que là.

Le conseil général reconnaît l'utilité de ces atehers pour nos enfants de l'école de réforme ; or un grand nombre de ces enfants sont en tout point comparable à mes petites idiotes ou imbéciles au point de vue des sentiments, de l'intelligence et de la volonté. Pourquoi ne pas faire pour les uns ce qu'on fait pour les autres, surtout quand on a l'exemple sous les yeux et que l'on connaît les résultats heureux qu'ils ont produits ?

Indépendamment des travaux de l'atelier et de l'école, on devra faire faire à la jeune fille de la gymnastique au moins une fois par semaine avec les autres élèves. On lui fera faire des mouvements d'ensemble. On entretiendra ainsi la souplesse dans les membres et la bonne tenue dans le maintien.

A l'école, il est important défaire des lectures sérieuses relatives à la morale. Il faut toujours qu'un exemple frappant palpable vienne à l'appui de la lecture. Je vous ai déjà dit que l'idiot est

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un croyant, que c'est un être suggestible. Partant de ce principe, le professeur doit avoir du tact et savoir choisir ses exemples. La morale en action doit être sa préoccupation. Il faut que tous les petits faits qui se passent sous ses yeux et sous ceux de ses élèves soient pour lui une source de leçons de moralité. Qu'il n'oublie jamais que, lui surtout, est le point de mire de ses élèves et qu'il servira d'exemple dans la majorité des cas. Aussi doit-il être toujours très réservé, très digne devant eux, et ne jamais les blesser dans les convictions religieuses que leurs parents ont pu leur inculquer. La morale, d'ailleurs, n'est jamais en opposition avec une religion éclairée. L'éducation du pauvre idiot ne demande pas d'explications métaphysiques. Tl faut par les actes faire comprendre les paroles. Les idées générales du vrai, du juste, du bon, du bien, du devoir, pour lui être apprises, n'ont besoin que d'exemples. Aussi devons-nous choisir avec soin nos lectures, et nous conformer pour les idées religieuses aux instructions que nous donnent les parents relativement à leurs enfants.

Tous les ans plusieurs idiots éduqués rentrent dans leur famille, et ces enfants continuent à remplir assez bien leur profession. Avant de les rendre à leurs parents, j'ai soin d'avertir ces derniers qu'ils doivent veiller constamment sur leurs enfants, les guider dans leurs travaux.

Ce n'est qu'à cette seule condition que je les donne, et je n'ai pas encore eu à me repentir des facilités que je donne aux familles de les re-

prendre. Avant de signer la sortie définitive, j'accorde des permissions de sortie de quinze jours, un mois, deux mois, puis quand j'ai la conviction que ma petite malade a bien travaillé pendant son absence de l'hospice, je lui signe sa sortie. Ces sorties d'essai rendent de très grands services, tant au médecin qu'à la famille elle-même. Nous convainquons de cette manière plusieurs familles, qui resteraient incrédules à nos seules paroles. Nous leur accordons la sortie de leur enfant pendant quinze jours, je suppose, et souvent au bout de huit jours, nous les voyons revenir avec leur fille nous demandant sa réintégration. Cela arrive surtout pour les imbéciles, qui sont bien plus indisciplinées que les idiotes.

Une idiote éduquée mise en liberté et convenablement surveillée, ne rentrera plus jamais dans l'établissement. Elle restera dans la société et remplira son devoir, pourvu toutefois que cette idiote ne soit pas en même temps épileptique ; l'imbécile, au contraire, pourra revenir ou ira peupler les écoles de réforme ou les maisons d'arrêt. La surveillance doit être bien plus grande pour elle que pour l'idiote. La mobilité de son caractère et la fugacité de ses sensations sont cause de cette différence dans les résultats.

Mais quand ces enfants idiots sont arrivés à l'âge adulte, et quand, d'autre part, ils n'ont pas de famille pour les recevoir ; il faut les placer dans des asiles où il y aura des ateliers, et oii ils pourront continuer leurs travaux sous la conduite d'un chef; sans cela, toutes vos peines, tous vos

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efibrLs seront perdus. L'individu perdra tout son acquis et deviendra une nullité encombrante et dispendieuse pour l'administration.

Le rôle du médecin ne consiste pas seulement à donner son avis sur le mode d'éducation que Ton doit employer à l'égard de tel ou tel enfant. 11 est obligé, dans certains cas, de donner son avis à la justice sur le degré de responsabilité morale ou civile de tel ou tel idiot ou imbécile. Cette question de responsabilité de l'homme est des plus délicates. On n'est pas responsable de son hérédité et de l'éducation qu'on a reçue, or, nous savons que les êtres dégénérés héritent fatalement des prédispositions de leurs parents et qu'ils sont plus ou moins éducables. Les uns sont susceptibles d'amélioration, les autres ne le sont pas. Les uns sont nuisibles à la société, les autres né le sont pas. Que doit faire la société, en présence de ces êtres ? Elle doit se défendre, prendre les mesures nécessaires pour qu'elle ne soit pas molestée ou frustrée, et séquestrer impitoyablement ceux qui peuvent lui être nuisibles. Mais cette séquestration devient une source de frais pour 1 Etat. Aussi, j'estime que l'Etat doit tâcher de rentrer dans ses débours en faisant travailler à son profit ces individus. Il leur accordera une partie du fruit de leur travail, mais la plus grande partie doit être pour lui. Ce travail est un traitement, il est nécessaire à l'idiot et à l'imbécile pour l'amélioration de leur état mental. Nous avons vu, en effet, l'utilité de tenir toujours occupes ces pauvres dégénérés, pour qu'ils ne

se laissent pas aller à leurs mauvais penchants.

Donc, quand vous serez, messieurs, en présence d'un individu idiot ou imbécile qui aura commis un acle délictueux, vous lui accorderez une responsabilité atténuée ou une complète iriesponsabilité et, suivant la nature du délit, suivant l'éducation que cet individu aura reçue, vous lai infligerez un séjour plus ou moins long dans un établissement d'aliénés et vous aurez soin de le faire travailler, aussi bien dans son intérêt particalier que dans l'intérêt de l'Etat. Il est de toute justice qu'il paie son-entretien. Ne faisons pas de fausse pliilanthrophie en rejetant cette idée de justice. Souvenons-nous que beaucoup de parents sont très heureux de se défaire de leurs enfants quand ils ne leur sont pas utiles ou quand ils ne veulent pas se donner la peine de les surveiller ou de les éduquer. Tout le temps qu'ils retirent un petit bénéfice de cet enfant ils le gardent, mais le jour où cet être déshérité de la nature leur est préjudiciable, ils le font enfermer, trop heureux de s'en défaire et de proclamer son irresponsabilité. Si l'enfant est irresponsable, les parents sont responsables dans beaucoup de cas, par leur défaut de surveillance et d'éducation de l'enfant. Aussi serait-il utile dans certains cas de punir les parents. La loi ne nous permet pas de le faire, mais il est bon que nous inculquions aux parents ces idées du devoir. De cette manière nous serons encore utiles à notre pauvre malheureux infirme, en forçant ses parents à s'occuper surtout de son éducation.

Les parents sont responsables des fautes com-

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mises par un enfant normal ; ils lui doivent une éducation et une instruction en rapport avec leur position de fortune. Comment admettre que les parents ne doivent pas une éducation ou une surveillance spéciale à leur fils idiot ou imbécile?

Si cette lacune dans la loi était comblée, nous verrions peut-être moins d'idiots dangereux ou nuisibles à la société; car l'éducation des enfants idiots préoccuperait davantage les parents. Mais sachons que l'enfant, lui, est tout à fait irresponsable, et qu'il ne peut jouir de ses droits civils et politiques. Les parents ou la'société doivent le mettre dans l'impossibilité de nuire, et lui procurer les moyens d'être utile à lui-même ou aux autres. L'État a compris ses devoirs de bon père de famille. Il a fait bâtir, et il met encore aujourd'hui à l'étude, des établissements pour idiots. 11 s'est rendu compte que ces pauvres disgraciés, abandonnés à eux-mêmes sont nuisibles, et qu'au contraire, éduqués, ils pourraient être utilisés. Aussi, en se plaçant à ce double point de vue, il dépense beaucoup. Mais pour la raison émise plus haut, il est de toute justice qu'il rentre dans ses frais, et puisque la loi punit les parents qui ne donnent pas à leurs enfants normaux l'instruction et l'éducation qui leur est obligatoire, la loi doit punir aussi les parents des enfants idiots qui ne les surveillent pas, et ne leur font pas donner l'éducation dont ils ont besoin.

Vous avez vu, messieurs, que le rôle du médecin dans le traitement de l'idiotie se réduit à ceci : savoir développer les sens, ou plutôt les centres

perceptifs, aux dépens de ceux qui existent déjà, c'est-à-dire utiliser ce qui existe et agrandir le champ des connaissances de l'enfant par les leçons de choses. Tous nos efforts doivent tendre vers un but utile : rendre utile un être qui serait fatalement nuisible à la société si on ne prenait soin de lui inculquer les lois de la morale.

Le médecin par ses connaissances psychologiques est non seulement utile à ces pauvres déshérités de la nature humaine, mais il est encore utile à la société, à l'humanité, en propageant ces leçons de l'hygiène, en montrant les lois fatales de l'hérédité morbide et en empêchant ainsi la propagation de la dégénérescence humaine. Son rôle est donc régénérateur et moralisateur. 11 n'a rien à envier.

TABLE DES MATIÈRES

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