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LA LUNE

A Louis WouUrs

Un pciit enfant regardait la lune.

— Oh : mon cher petit, ne regarde pas Celte face blême, au loin, sur la dune. Elle est tout là-bas, vois tu, tout là-bas!

Et jamais, jamais, vois-tu, mon cher ange, Tu ne parviendras à la décrocher.

Et moi-même, moi, le chercheur étrange.

Je ne voudrais pas te l'aller chercher.

Fais vite dodo quand vient la nuit brune, O mon cher petit. Ne regarde pas Cette décevante et trompeuse lune.

Elle est tout là-bas, vois-tu, tout là-bas !

Fuis cette espérance idiote, en somme, Ne regarde pas la lune, vois-tu.

Tu ne pourrais plus devenir un homme Comme tes amis, riche et bien vêtu.

La lune, petit, je l'ai regardée Plus qu'il ne convient, à ce qu'il paraît, Et c'est pour cela que j'aime une Idée Impossible et folle et qui te tuerait.

Et c'est pour cela, vois-tu, que je reste Un incorrigible et triste vaurien, Et qu'engagé dans la route funeste, Je ne pourrai plus arriver à rien.

Et, si je l'avais, pourtant, décrociiée! Mais elle est bien haut, mon petit ami, Elle est tout là-bas. De l'avoir cherchée, J'en suis revenu morne et tout blêmi.

Va, traîne la vie obscure et commune, O mon cher petit. Ne regarde pas Cette décevante et trompeuse lune :

Elle est tout là-bas, vois-tu, tout là-bas!

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