‹ L'idylle vénitienneChapitre 4 sur 39 · PRELUDE · texte numérisé non relu

PRELUDE

Il n'y avait plus, dans le bar de l'hôtel, que moi — près de la fenêtre — et elle — devant la table des magazines.

Je m'amusais à parler seul, comme quand on rêve. Je disais : « Une dame est

là, en face de moi... une dame qui regarde YWustrated London... et qui boit une tasse de thé... et qui a de jolis yeux bleus, une jolie bouche rouge, un joli visage fin, un joli corps svelte et fragile... une dame que j'aimerais d'embrasser... »

Mais elle ne comprenait rien de tous ces mots, sans doute... Le journal qu'elle tenait ne tremblait même pas dans ses mains... « Les Anglaises, pensai-je, déçu, sont si rarement polyglottes ! »

Et j'ai achevé mon cocktail... j'ai fumé des cigarettes... j'ai chantonné un petit air triste.

PRÉLUDE l3

Cinq minutes... Dix minutes... Un quart d'heure...

Enfin, elle s'est levée. Elle a sonné.

Le barman est venu.

— Combien vous dois-je? lui a-t-elle demandé, à voix très haute, en français, presque sans accent.

Et ses yeux, soudain, ont cherché mes yeux. Elle a souri.

Puis, très vite, elle s'en est allée.

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