SCÈNE I
LLCIE>NE, DENISE.
Au lever du rideau, elles traraillent auprès de la table. Lucienne toicotte, Deniiie ourle une cravate.
LLCIEWE. Comment, Denise, c'est aujniinriiui qu'ils arrivent.
DEVISE. AnJDurd'hui niCnio, à ce que j'ai ciilcrKlii dire, tous le> soldats rentrent dans leur foyers, les habitans du village iront au-de\ant d'eux : mais c'est singulier, ra n'a pas l'air de te faire autant de plaisir ((u\i moi.
LlClEXXE. Quelle idée! au contraire...
DENISE. Dam! puis(]ue la paix est faite, tout le monde doit se réjouir! c'est si terrible, la guerre! (juand on pense que Joseph, mon mari, a été obligé de partir après un an de mariage, lui cpii avait déjà un rcniplaeant , et qu'il a été se battre connue un >iuq)le garçon.
LiciEX.NE. C'est vrai, ce pauvre frère.
DEMSE. Avec ça qu'il n'aime pas trop 1<- batailles... auxsi. il n'a pasallrndii que l'armée !<oit licenciée... il s'e>l licencie luimême, et il est revenu le premier comme un brave mari doit le faire.
LlClEXXE. Obi mon frère ne manfjne pas ili- courage, mais il ne voulait pas abandrmner ce jeune officier blessé (ju'il a ramené avec lui, et voilà ce qui l'a fait revenir jtln* t<")t.
DEXISE. Je ne m'en plains pas, tant s'en fant, surtout, «pie ce jeune officier a l'air <rini très bon enfant, sans rompter qu'il C'I beau gareon, n'e-'t-ce jias, Lucienne?
lIciexxe. Peut-être bien, je n'y ai pas fait attention.
r>E\lSE. Ne dis donc pas cela, c'est impo-.«iblc, depuis liiiit jour- (ju'il est ici, il n a ccb>é de te faire la cour.
Air (U In lioùc et Ut Bollei.
On 'lirait mraie qu'avant de te coonaitrc 11 l'adorait...
LfCIEN^E.
C'est un iCve !
DENISE
Oui, c'est ça, II t'a vue en rCre peut-Ctre Dans le sommeil on voit de ces choses- l.'i, Moi l'autre nuit... à notr' jeun' militaire, J' pensais encore en m'endormant...
Et j'ai rêvé qu' je m' voyais un beau-frère, Qui lui r'semblait... c'était frappant; En vérité, c'était frappant.
LUCIENNE. Tu es folle! tais-toi; voici Joseph.
eeosQesooaoasiOQOooQSQCQQOQoaaccQCQacaaoocea
SCÈjNE II.
Les Mêmes, JOSEPH.
JOSEPH. Ah ! te voilà, Lucienne ! je te cherchais.
LlCli:xXE. Que me veux-tu?
JOSEPH. Je quitte à l'instant M. Auguste notre jeune sous-lieutenant, nous causions de toi, et il m'a fait une demande qui m'a comblé de joie.
LUCIENNE. Une demande?
JOSEPH. Cependant , j'ai dit que je l'en parlerais, parce (juau fait, ça te regarde; il est là qui attend la réponse.
LL'CIENNE. Mais enfin, de quoi s'agitil?
JOSEPH. Tu ne le devines pas?
LUCIENNE, ^'on, du tout!
JOSEPH. Il demande ta main, il veut l'épouser.
LUCIENNE, rf part. O ciel !
DENISE. Là ! qu'esl-ce que je te disais.
JOSEPH. Je l'ai a peu près assuré de ton consentement.
LUClEMiNE. Tu as eu tort, car je ne le donnerai jamais.
J()si:pii. El pourquoi
DENISE. Tu es bien difficile.
LlClENNE. Vous savez tousJes deux que ça nr<"-i ini|>o>siblc.
JOSEPH. Par exemple, ah! j'y suis, c'est à cause d«; Pitois, (pii m'a rcrmplacé, il y a trois ans... Dam! c'est un service qu'il m'a rendu, j'en conviens, mais lu n'es pas oblijiéc de payer pour moi.
LUCIEIVXE. Si fait! n'ai-je pas juré de l'épouser à son retour ; quand il me rapporterait... ma croix d'or.
JOSEPH. Mais tu ne peux pas le souffrir.
LUCIENNE. Peut-être, qu'en sais-tu ?
JOSEPH. Comment. Oh! ce serait drôle, car enfin, notre jeune sous-lieutenant vaut cent fois mieux; et en fait d'obligations; je lui en ai de solides, dont je ne vous ai rien dit, parce qu'il me l'a défendu; d'abord, il m'a sauvé la vie, c'est déjà bien gentil, ça vaut bien d'être parti pour moi.
Air : J'ai vu le pâmasse, çtc.
Dans le plus fort d'une bataille, J'en conviens, je me croyais perdue Par un dragon d'un' fort bell' taille En deux j'allais être fendu !
Lorsqa'entre nous, avec audace, Je vois se jeter le licut'nant, Ilar'çu r coup d' sabre à ma place V'ià c' que j'appelle un remplaçant.
DENISE. Oui, c'est un trait magnifique.
JOSEPH. Et sans me connaître , encore, remarquez bien ça... mais depuis ce moment-là, nous ne nous sommes plus quittés, et je ne sais si c'est un effet de sympathie ! mais il me semblait que je le connaissais déjà, et que je devais le jour à un ancien ami.
LUCIENNE. Assez, mon frère! n'insiste pas! ce serait inutile, dis à M. Auguste que je suis engagée à un autre et que rien ne saurait me faire manquer à ma promesse; il me comprendra, lui.
JOSEPH. C'est à dire que tu ne l'aimes pas, je ne me chargerai jamais d'une si mauvaise nouvelle.
DENISE. Ni moi non plus! je n'en aurai jamais le courage.
LUCIENNE. Oh ! je t'en prie, mon frère , ne me force pas de lui apprendre moimême.
JOSEPH. C'est juste! de ta part, ça lui forait encore plus de peine, tandis que moi. .. je vais aller le trouver.
DENISE. Dieu! le voici!