SCÈNE VI
Les Mêmes, PITOIS.
PITOIS , à ta cantonnade. Au revoir, les amis, au revoir! bon voyage, portez-vous bien!..
JOSEPH, Tiens! c'est Pitois!
PITOIS. Bonjour tout le monde .. Bonjour Joseph; bonjour, mademoiselle Lucienne; bonjour, sergent!.. Vous regardez mon chapeau. Ils regardent tous mon chapeau... l'efiet du 111, du fameux cent-onze !.. Voilà un fort chiffre, le plus fort de tous.
JOSEPH. Ainsi, tu es tout-à-fait libre ?..
PITOIS. Puisque j'ai le cent-onze et qu'il n'en faut que quarante-deux pour la commune... j'aurais pourtant fait un superbe militaire, n'est-ce pas, sergent? je parie que vous me regrettez.
REMI. Vous?., ma foi, non!..
PITOIS. Ah! farceur, il ne veut pas en
convenir, mais il me regrette.
REMI, à part. Dieu! que cet oiseau-là est adligeant.
PITOIS. Et toi, mon pauvre Joseph, tu vas donc partir... tu laisses là ta sœur, ton auberge, tout le bataclan. Mais elle connaît mes sentimens , ta sœur... je veux me marier; pendant que je suis en veine, je tomberai peut-être encore sur un bon numéro.
LUCIENNE. Merci, M. Pitois, je ne veux pas de vous.
I PITOIS. Voilà comme vous me recevez, ! quand je fais la folie de vous offrir ma main.
LUCIENNE. La folie... Est-il malhonnête?
PITOIS. Oui, la folie... car enfio, vous n'êtes pas riche, sans reproche.
LUCIENNE. Et vous, TOUS êtcs si avare..
PITOIS. Parce que j'aime l'argent, vous appelez ça de l'avarice... c'est de la reconnaissance et voilà tout.
LUCIENNE. C'est affreux, seulement, de venir parler de mariage au moment oii tous nos amis partent pour la guerre.
PITOIS. Au contraire, Lucienne! c'est le niomenl , le bon moment... il y en a qui prennent uu fusil, une giberne., moi, je prends une femme.
Air : Vaudeville du Premier prix- NuD ce n'cat point un badinagc.
C'est le noinpDt , je le soutien ;
Lt MAGASIN TIIÉATHAL.
Si je vons pari' de mariage C'est que je suis bon citoyen.
Quand l'cnncrai dans sa furie D' la BVancc extcrmin' li-s eufans.
Marions-nous pour la patrie Et r'faisons lui des ri'jrimcns.
Beaucoup, beaucoup, de rt-gimens L'n' kirieir de régimens,
LICIEXXE. Allez, vous n'avez pas do cœur, M. Pitois, vous qui êtes seul, qui ne tenez à rien, je sais bien ce que je ferais si j'étais de vouî^?
PITOIS. Et que feriez-vous, si vous étiez de moi?
LICIEXXE. Je remplacerais quelque bon garçon, (jni soutient ses parens; mon frère, par exemple.
PITOIS. C'est bien mon intention...
REMI. Bah!
LUCIEXXE. Il serait possible.
PITOIS. Je le remplacerai auprès de vous.
LICIEXXE. Oui, comptez là-dessus...
PITOIS. Vous me refusez, décidément...
LL'CIEXXE. Oh! bien décidément.
PITOIS. Lucienne , c'en est trop , vous
verrez de quoi je suis capable, je ferai un coup de tête... vous serez cause que je me li\rerai à tout ce qu'il y a de plus fort en coup de tête.
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