AVANT-PROPOS
“ L'amour de la patrie commence à la famille ”
Bacon.
Au cours d’une conférence donnée récemment à V Université Laval à Québec, sur la géographie humaine, M. le professeur Bruîmes rappelait élégamment que toute cette partie orientale de l’Afrique, traversée par le Canal de Suez, est devenue une véritable oasis de langue française, le français étant à l’honneur dans tous les services de l’ administration.
Ne pouvons-nous pas, nous Canadiens, revendiquer pour Québec, l’honneur d’être demeuré ■ en Amérique l’oasis de la langue et de la politesse françaises ?
Dès le commencement de la colonie était le V erbe français ; sur le rocher adamantin de Québec, il fut solennellement proclamé par Champlain, et devint loi. Malgré le changement d’ allégeance, il a traversé les siècles et demeure comme le témoin d’un passé glorieux, comme le héraut de la pérennité de son œuvre.
Ce verbe français qui, habitant parmi nous, a reproduit en caractères indélébiles sur le sol d’Amérique l’empreinte de l’ancienne terre de France constitue, comme le disait encore si justement M. Bruhnes, “ un reliquaire des influences françaises” les plus saines, les plus vivifiantes, les plus bienfaisantes.
L’intérêt du touriste s’accroît, se décuple à mesure qu’il remonte le St-Laurent et se rapproche de la vieille Cité fondée par Champlain ; la mère venant, après une longue séparation, revoir son fils au foyer qu’il a établi sous d’autres deux, se plaît à lui rappeler les tendres soins quelle lui avait prodigués dans son enfance, les rêves d’avenir quelle caressait près de son berceau.
Persuadé qu’il serait agréable au lecteur de remonter par la pensée jusqu’à sa source le fleuve des âges, de se remémorer, fils aimant et reconnaissant, quelques faits de “ notre petite histoire ”, j’ai cueilli, en les groupant, ceux qui intéressent particulièrement Vile d’Orléans, qui contient les restes bénis des premiers ancêtres auxquels nous devons, avec la vie, le plus bel héritage qui soit : un nom honorable sorti des sillons de la glèbe “ que ses syllabes évoquent parfois d’une façon fugitive, mais savoureuse, des coins de paysages de France ” .
Un nom, écrit un philologue, est “ une charge, un noble fardeau, une dignité
Parmi les traditions de famille, la cellule sociale par excellence, je n’en sache pas de plus précieusement, de plus jalousement conservée, que celle du nom, qu’il provienne soit de la profession exercée, soit du terroir cultivé, soit du pays d’origine, voire même d’une particularité quelconque, se rattachant parfois à une apparence physique ou morale.
Dans ce siècle d’évolution, de rénovation, témoin d’une course fébrile, vers un modernisme multiforme, il m’a semblé opportun de rappeler la stabilité du nom de la famille canadienne, dont les lettres de noblesse furent conquises par le soc de la charrue, de prendre conscience de la fierté que ce nom procure, comme aussi des devoirs et des obligations qu’il comporte : devoir de piété filiale envers les dieux, obligation d’en conserver précieusement “ les us et coutumes ”, comme d’en maintenir l’honneur, le souvenir et l’exemple, pour les générations futures.
C’est à ce travail que je me suis appliqué, en exhumant de mes cartons maints petits faits, cueillis et notés au cours de recherches généalogiques.
L’Ile d’Orléans a eu ses historiens, ses annalistes, ses monographes, ses bardes, parmi lesquels L.-P. Turcotte, l’abbé Bois, M. Bowen, le docteur Hubert Lame, M. l’abbé David Gosselin, M. Thomas Guérin, M. le Dr Dick, M. le chanoine Per) on, etc .. .
Après ces maîtres de la plume, j’aurais mauvaise grâce de vouloir poser en historien ou de mettre en question leur autorité sur les faits qu’ils racontent; je me suis donc abstenu d’une
vérification difficile et laborieuse. Comme d’ailleurs l’indique le titre de mon ouvrage “Glanures Historiques et Familiales” j’ai glané, dans le champ de famille, où déjà tant de moissonneurs oui passé, m’appliquant à rapailler quelques épis épars échappés à leur attention, et que des manuscrits, des papiers de famille, des statistiques et garde-notes, complais ammeni mis à ma disposition, m’ont signalés.
En ce glanage j’ai rencontré partout encouragements et sympathies. Plus d’un écrivain m’a aimablement communiqué le fruit de ses recherches personnelles. Je craindrais, en dressant la liste de ceux qui, sous une forme quelconque, m’ont aidé, soit d’une précieuse collaboration, soit de leur érudition, de leurs conseils, ou de leurs suggestions pour V ordonnance de ce travail, d’oublier quelques noms. Que tous ces bienveillants amis de la “ Petite Histoire ” daignent agréer collectivement l’expression publique de ma gratitude.
Il est cependant un collaboraieur dont je ne puis omettre, le nom et auquel je dois l’hommage d’une reconnaissance spéciale. C’est M. l’architecte Auger. Si le manoir M auvide-Genest a pu si heureusement renaître, si dans sa restauration il a recouvré, à l’intérieur comme à l’extérieur, le cachet de splendeur à la fois austère et caractéristique du régime français, c’est grâce au goût exquis, affiné, respectueux des plus pures traditions féodales, de ce fervent antiquaire. C’est le geste gracieux et patriotique de M. Lorenzo Auger et sa haute compétence qui ont assuré la conservation, dans sa physionomie primitive, de cette maison historique de St-Jean, assurément l’une de nos plus précieuses reliques nationales.
En ce pélérinage à travers les champs historiques de Vile d’Orléans, je me suis appliqué à réunir les souvenirs parfumés de nos origines ancestrales, heureux de les lier aux gerbes d’or du jubilé de la Confédération, en ce 289ième anniverssaire du jour de la prise de possession delà “ Seigneurie de V Isle-d’ Orléans ” , pour les offrir, comme bouquet de fête d’agréable odeur de terroir, à mes compatriotes, à mes concitoyens. Puisse cette “ simple tranche d’efforts ”, ces quelques jalons hâtivement placés sur la route, susciter chez nos ouvriers de la plume,
chez nos chercheurs de trésors historiques, le désir de continuer l’œuvre ébauchée et de nous donner une histoire détaillée et complète de l’Ile d’Orléans, qui peut revendiquer et la glone d’avoir été le berceau de la Nouvelle-France et l’honneur de posséder comme son représentant à la Législature de Quebec, depuis au-delà d’un quart de siècle, l’honorable M. L.- Alexandre Taschereau, le très distingué Premier Ministre de la Province de Québec, le très digne neveu du premier Cardinal Canadien.