‹ L'Ile d'Orléans [microforme]Chapitre 5 sur 13 · DES DIVISIONS DE L'ILE · texte numérisé non relu

DES DIVISIONS DE L'ILE

Fiefs et Paroisses Recensement.

La Seigneurie de l’île d'Orléans se divise aujourd'hui en plusieurs fiefs et arrière-fiefs, qui reconnaissent un seigneur primitif. Il est arrivé même qu'un seul seigneur a acquis plusieurs des petits fiefs. Les fiefs de Beaulieu, de la Gro-

sardière, de Chevalerie, de la Tesserie, de la Regnar-

dière, d'Argentenay (a), de Mesnu et autres, composent les domaines de la famille Gourdeau, des héritiers Drapeau

et de la succession Poulin, etc.

Le fief de Beaulieu, possédé sans interruption depuis plus de 200 ans par la famille Gourdeau de Beaulieu, en remontant jusqu'au premier concessionnaire, Jacques Gourdeau de Beaulieu, père, et Jacques Gourdeau, fils, négociant à Québec au commencement du siècle dernier, se compose d’une étendue de terre de quarante arpents de front, au nord de l’île d'Orléans, sur toute la largeur de la dite Ile.

Le fief ou plutôt l’arrière-fief de la Grosardière à aussi appartenu à la famille Gourdeau. Aujourd’hui, il est la propriété des héritiers Drapeau.

Le fief de la Regnardière n’a que quinze arpents de front. Il a été concédé le 6 novembre, 1661.

Le fief de la Chevalerie a été, pendant un grand nombre d'années, possédé par la famille Riverin. Il appartient aujourd'hui aux héritiers Drapeau.

Ajoutons que le fief Mesnu prend son nom de Jean-Baptiste Peuvret, sieur de Mesnu, procureur fiscal à Québec ;

(a) Argentenay, nom d'un petit bourg en Champagne, aujourd'hui département de l'Yunne,

PER 35 PRE À nommé à cet emploi par la Compagnie des Indes Occiden-

tales, dès le re" mai, 1666.

Il serait superflu d'entrer dans de plus grands détails concernant chacune de ces divisions territoriales. Si ces fiefs eussent été plus considérables, chacun d'eux aurait été constitué en paroisse distincte, pourvu d’une église et d’autres édifices publics ; car jusqu'ici on n’a pas connu en cette province d'autre circonscription que la paroisse d'abord, puis plus tard le fwnship (canton). Mais après tout, qu'importe le nom, puisque chaque paroisse avait son système de voierie, sa desserte religieuse, ses officiers publics et tout ce que requérait le bon fonctionnement des lois, pour la sûreté et la tranquillité des individus ? Au reste, l’île d'Orléans ayant l'avantage d’être à la proximité de la ville, du centre des affaires du district, ces circonstances, jointes surtout aux bonnes dispositions des insu: laires, ont toujours rendu facile au milieu d'eux le bon fonctionnement des lois.

Avant de rappeler l’histoire succincte et séparée de chacune des paroisses de l'Ile, nous allons dotiner quelques statistiques sur sa population et ses produits, en général. Si nous adoptions les opinions émises par lord Sinclair,

sur ce sujet, nous ferions des pages plus complètes. Le

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noble Lord voulait qu'on énumérât, sous le titre de Statistique, tout ce qui se rattache à la somme de bonheur dont Eee è : Re

jouit le fermier, sur le lot que la fortune lui a assigné. Le lecteur sent bien que nous n'avons pas les moyens d’entreprendre un pareil travail. Aussi, nous nous contenterons de donner les renseignements les plus usuels et les plus nécessaires pour donner une idée aussi juste que possible

de la fertilité de son sol et de l’industrie de ses habitants.

Plusieurs rapports contenus dans les documents publics démontrent que, depuis longtemps, la superficie de l'Ile ne peut suffire à sa population. Située à peu de distance de la capitale, où l'écoulement des denrées qu'elle produit est tres facile en toutes saisons, on comprend que la nécessité seule a pu forcer quelques uns de ses cultivateurs à se détacher de leurs familles, et à chercher fortune ailleurs. Heureux encore, si, comme tant d’autres, ils ne sont point allés demander à l'étranger le pain que le travail et l'économie devaient leur prôcurer dans leur propre pays !

En 1666, suivant un recensement fait par ordre de l'intendant Talon, la population totale de l'île d'Orléans se montait à 471 personnes,

En 1814, la population totale de l'île d'Orléans était

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estimée à 4,000, nous dit le colonel Bouchette. { Zopogra- Phie du Canada.) Douze ans plus tard, elle atteignait 5,000, chiffre qui paraissait exagéré. Le colonel Bouchette, répondant aux investigations faites par l'Assemblée Législative, en 1824, dans le but de faire un nouveau partage de la province en collèges électoraux, affirma que la population totale de l'île d'Orléans, qu'on se préparait à ériger en circonscription électorale distincte et séparée de la côte du Nord, s'élevait à 4,082 âmes. En 1851, elle atteignait, d’après un relevé officiel, 4,330, et, d'après le recensement de 1852, elle ne dépassait pas 4,416.

Depuis dix ans, cette population à reçu un accroissement peu considérable. Le dernier recensement la porte à 4,837 âmes.

Voici quels étaient les autres chiffres du recensement de l’île d'Orléans, en 1827, quant aux produits agricoles : blé, 31,924 minots ; avoine, 20,896 ; orge, 2,605; pois, 16,500 ; seigle, 3,165; sarrasin, 2,500 ; hlé d'inde 315;

grains mêlés, 2,195 ; patates, 106,065 ; filasse, 115 tonneaux. Enfin, on y avait mis 11,939 arpents de terre en labour, et 27,061 arpents en prairies. En tout, 39,000

arpents de terre étaient, cette année-là, exploitée par l'in-

dustrie du fermier,

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En 1852, le recensement de la population et des produits agricoles de l’île d'Orléans donnait un résultat encore plus satisfaisant. Nul doute que ces chiffres seraient beaucoup plus considérables, si on parvenait à se dépouiller devant le commissaire recenseur de tout sentiment de défiance et de soupçon ; et si on voulait comprendre, combien il est important de faire connaître exactement nos ressources et nos moyens, de nous compter, pour ainsi dire, et d’afhr-

mer ainsi la nationalité canadienne.

Les autres recensements, qui ont eu lieu à des dates plus récentes, constatent que la culture a continué de s'améliorer en beaucoup d'’endroits et que, par suite, la culture des terrains des insulaires a donné un rendement plus considérable. L'élevage des animaux a aussi obtenu des succès qui démontrent que les cuitivateurs commencent à abandonner les vieilles routines du passé pour adopter les méthodes nouvelles qui ont déjà produit ailleurs des résultats

aussi satisfaisants que profitables,

Fief de Beaulieu

Site superbe—L'Arbre sec—La S. Joseph, feu d'artifice— Gourdeau de Beaulieu et Éléonore de Grand-Maison—Il brûle vif dans sa maison, incendiée par un valet — Supplice de ce dernier.

Le joli groupe de maisons qui frappent le premier les regards du voyageur, à l'extrémité sud-ouest de l'Ile, se trouve compris dans le fief de Beaulieu, et fait partie de la paroisse de Saint-Pierre. Le point le plus élevé de la rive, est l’endroit qu'occupait autrefois l’église de cette paroisse, à environ une lieue et un quart du bout de l'île. Le coup d'œil, en ce lieu, est magnifique et enchanteur. L'église de Saint-Pierre fut construite d'abord, à l'endroit appelé l'Arbre-sec, et, par suite, la paroisse porta longtemps, la dénomination de Saint-Pierre de l'Arbre-sec. Cette église a depuis été transportée ailleurs, sur une élévation qui portait nom les Coteaux. Vis-à-vis, mais du côté sud, se trouve l'anse appelée 7rou Saint - Patrice. Cette anse est mentionnée sous cette dénomination sur la

carte du sieur de Villeneuve, ingénieur du roi, dressée en

Le fief de Beaulieu, qui occupe une longueur de quarante arpents, sur toute la largeur de l’île, fut primitivement concédé par Jacques Gourdeau, écuyer, sieur de Beaulieu, le 1er mars, 1652. Outre plusieurs qualités qui faisaient de lui un brave gentilhomme, le sieur Gourdeau était un habile artificier. Nos anciennes chroniques nous en conservent un bon témoignage. / Aelations des Jésuites, année 1637. ) C'était à l’occasion de la fête de Saint Joseph, père, patron et protecteur de la Nouvelle-France. On sait que nos pères la considéraient comme l’une des plus grandes solennités, et qu'ils n'épargnaient rien de ce qui pouvait en réhausser l'éclat. Citons une page qui ne peut qu'intéresser la curiosite du lecteur.

ï“ D'vn costé on avait dressé vn pan, sur lequel paroissait le nom de saint Joseph en lumières ; au-dessus de ce nom sacré brilloient quantité de chandelles à feu d'où partirent dixe-huict ou vingt petits serpenteaux, qui firent merveille. On auoïit mis derrière cette première inuention quatorze grosses fusées, qu’on fit enleuer les vnes après les autres, avec l'estonnement des François et bien plus des sauuages, qui n’auoient jamais rien veu de semblable ; ils admiraient la pluie d’or, ou de feu, et les estoiles retomboient de fort haut. Le feu des fusées se portant tantost tout droit, maintenant comme en arcade, et touiours bien haut dedans l'air.

“ Assez proche de là, on auoit dressé vn petit chasteau,

fort bien proportionné et enrichi de diverses couleurs ; il

ar

estoit flanqué de quatre tourelles remplies de chandelles feu, qui fesoient voir par leur ciarté toute cette petite batterie à descouvert. Il y auoit à l’entour de cette machine seize grosses lances à feu, reuestues de saussissons. Aux quatre coins d'’icelle, on voioit rouës mouvantes et ve autre plus grande au-dessus du chasteau, qui tournait à l’entour d'vne croisée à feu, esclairée de quantité de chandelles ardentes qui la faisoient paroistre comme toute couverte de diamans. De plus, on avoit mis à l’entour de cette forteresse en égale distance, quatre grosses trompes d’où l'ex vit sauter treize douzaines de serpenteaux sortant six-à-six avec vne iuste distance et quatre douzaines de fusées, qui se devoient cnicver douze à la

fois.

M. de Beaulieu était marié à demoiselle Eléonore Grand- Maison, veuve de M. Bondies, sieur de Beauregard. Vers 1660, mademoiselle de Grand-Maison épousait, en secondes noces, à Québec, François de Chavigny, écuyer, sieur de Berchereaux.

La maison qu'occupait le sieur Gourdeau de Beaulieu, était bâtie en pierres ; elle était longue, mais basse et située à gauche, sur le premier plateau de l'Ile. Au mois de mai, 1663, cet infortuné gentilhomme fut assassiné nuitamment, sur les 10 heures du soir, dans sa maison,

par un de ses valets, qui, selon les uns, voulait le dépouil-

ler, et, selon d’autres, ne désirait que se venger des réprimandes qu'il recevait très souvent, pour sa mauvaise conduite, et notamment pour sa tendance à l’ivrognerie. Pour cacher toute trace d’assassinat, le .:: ipable eut recours à un autre crime, il mit le feu à la maison qui, en quelques heures, fut totalement incendiée. Le meutrier ayant subi son procès, fut amené à conviction, et condamné à avoir le poing coupé, à être pendu, et son corps fut jeté aux flammes. (Cette sentence fut exécutée le 8

juin, même année.

Nous empruntons à ce sujet quelques notes à l'excellent travail: “ Notes sur les Registres de Notre-Dame de Québec, page 36. Nous remonterons même à une autre source pour avoir de plus amples détails, et jeter un plus grand jour, sur ce lugubre épisode.

Le journal des Supérieurs des Jésuites est plus explicite. Voici ce que nous y lisons :

un Mai, 1663. Le même jour (29), sur les neuf ou dix heures du soir, fut brûlé dans sa propre maison, À l’île

d'Orléans, le sieur de Beaulieu, avec un sien valet, par accident du feu....n"

ü Juin.—Il se trouve que le feu, qui avait pris à la maison de sieur de Beaulieu, n'avait pas été causé par accident,

mais bien par la méchanceté d'un valet, après avoir tué

son maître et un autre valet, son camarade (a). Il fut convaincu et condamné à avoir le poing coupé, à être pendu et brûlé, Monsieur le gouverneur le baron d’Avaugour, se contenta de la mort à la potence, où, après avoir été fouetté, il fut fusillé le 8 juin.

Il en était presque toujours ainsi sous le régime français, les sentences étaient sévères, parfois cruelles, atroces même, afin de faire une impression salutaire sur les esprits, mais le chef d1 gouvernement y apportait tous les adou-

cissements possibles dans l’exécution.

François Gourdeau de Beaulieu était fils d’un procureur

du Roy, à Niort, dans le Poitou, au diocèse de la Rochelle.

Il y avait 11 ans qu'il était marié à Eléonore de Grand-

Maison lorsqu'arriva sa mort si tragique.

Nous avons dit que l'épouse de Gourdeau de Beaulieu, était veuve de François de Chavigny, sieur de Berchereaux. Ce dernier était originaire de la paroisse de Créancée, en Champagne, département de la Haute-Marne. En 1640 et 1647, il occupa un rang distingué dans la colonie, il y prit en concession deux seigneuries, l’une à Sillery,

(a) C'était la répétition d'un crime commis dix ans auparavant par deux de ses serviteurs sur la personne de M. Claude Charron, marchand à Québec. Le Journal des Jésuites, sous la date du 29 avril 1653, nous informe que cet honnête citoyen fut blessé à la gorge d'un coup de pistolet, dans son habitation à l'île d'Orléans, par ses deux serviteurs. C'est le même qui, en 1663, fut

élu échevin de Québec, avec le sieur Jean Madry.—Voir Ædifs et Ordonnances Royaux, Québec, tome IT,

…#ù — l’autre au-dessus. Il remplaça quelque temps le gouverneur, lit-on quelque part. Cependant, au mois de mars 1652, ces mêmes propriétés furent transportées à son épouse, ‘ parce qu’il avait abandonné la colonie, qu'il y avait cédé à sa femme tout ce qu’il possédait, et qu'il laissait ses affaires dans un état d'incertitude, qui pouvait empêcher d’autres particuliers de cultiver les dits lieux. (Texte du contrat octroyé à son épouse.) Le sieur de Berchereaux mourut peu de temps après avoir quitté la colo-

nie, vers 1651.

Le quatrième mari de mademoiselle Eléonore de Grand- Maison fut Jacques Caïlhant, écuyer, sieur de la Tesserie, un des ancêtres de la Gorgendière, lieutenant du baron d'Avaugour, gouverneur de cette colonie, et membre du Conseil Supérieur de Québec, dès les premières années de sa création. Dès 1648, il était membre du conseil d’administration du gouverneur d’Aillebout.

Au mois d'août, 1666, l’intendant Talon envoya le sieur de la Tesserie à la baie Saint-Paul, en qualité d'ingénieur civil et de minéralogiste. Ce monsieur, dit le Rév. P. de Charlevoix { ÆZistoire de la Nouvelle-France, tom 1*, page 300), découvrit une mine qui lui parut très abondante ; il

espéra même d'y trouver du cuivre et même de l'argent.

Dans le récit qu'il fit de son voyage, il remarqua que, partout où il avait travaillé, le sol était encore remué et bouleversé par suite du tremblement de terre de l’année 2663. Au mois de juillet, 1666, les RR. PP. Bescherfer et Bailloquet, de la compagnie de Jésus, ayant été envoyés en ambassade au fort d'Orange (Albany), M. de la Tesserie leur fut associé comme interprète. Ces différentes missions, ainsi que son rang de conseiller à la Cour Souveraine du pays, prouvent qu'il était pourvu de connaissances étendues et variées et qu’il jouissait d’une grande estime en cette colonie.

Son épouse, mademoiselle Eléonore de Grand-Maison, mourut en 1692, à l’âge de 70 ans. Elle avait été pendant

près de trente ans la femme de La Tesserie.

EL

Paroisse de Saint-Pierre

Population—Curiosités naturelles— Pierre phénoménale— Route des Prêtres —Echange de reliques —M. de Francheville—Les SS. d'Esgly et Burke—Naufrage de M. Hebert.

L'église de Saint-Pierre, si riche en souvenirs religieux, eut pour curé, pendant près de 40 ans, le vieil évêque D'Esgly. (a) Il était le modérateur et le conseiller de toute la population de l’île d'Orléans. Sa prudence et sa fermeté, alliée à une familiarité noble, lui acquirent nonseulement le respect, mais l’affection sincère des insulaires. Bien des vertus et des mérites rehaussèrent la vie de ce bon prêtre, que, dans des temps difficiles et nébuleux, on choisit pour chef de l’église catholique au Canada.

Voyons les bornes de la paroisse de Saint-Pierre, telles qu'elles sont indiquées dans l’ouvrage de M. Bouchette. (Topographical Dictionary of Island of Orleans, tome 3, p. 203.) Saint-Pierre a deux lieues et demie de long. Son

étendue est fixée par le règlement du 20 septembre, 1721,

(a) Mgr l'évêque d’Esgly, étant coadjuteur du titulaire de Québec, sous le titre d'évêque de Douglée, desservait Saint-Pierre et Saint-Laurent en 1778. Le Révérend M. P. Huot l'assistait comme vicaire, et M. Gilles Eudo était curé de la paroisse de Sainte-Famille,

confirmé par arrêt de Sa Majesté, en son conseil d’Etat, le 3 mars, 1722.

1 L’étendue de la paroisse de Saint-Pierre et de Saint- Paul, située en la dite isle et comté de Saint-Laurent, aussi sur le bord du chenal du nord, sera de deux lieues et demie à prendre du côté d'en bas, depuis la rivière du Pot-au- Beurre, en remontant jusqu’au bout d’en haut de la dite île, ensemble les profondeurs renfermées dans ces bornes, telles qu’elles ont été concédées aux habitans de la dite paroisse, par leurs contrats de concession, à l'exception que si les concessionnaires du bout d’en haut de l’isle, établissaient leurs demeures du côté sud, ils seraient alors paroissiens de Saint-Laurent, et paieraient dismes au curé de Saint-Laurent. 1

En 1684, il y avait à Saint-Pierre 34 familles, et 183 âmes. C'était une bien faible population. Le recensement de 1861 la porte à 1,022 âmes. L'église paroissiale était en bois, recouverte d’enduits ; c'est ce qu’on appelait alors bâtisse en colombages. Elle n'avait que 52 pieds de long, sur 22 de large. Cette bien modeste église était desservie par M. de Francheville, né à Québec, en 1651, l’un des élèves du collège des Jésuites, et condisciple du brave Joliette, qui s’immortalisa par la découverte du Mississipi. Ce bon prêtre, après avoir successivement desservi

Rivière-Ouelle, Beauport, Saint-Pierre, etc., mourut à

nn

l'hôpital Général de Montréai, le 16 août, 1713, âgé seulement de soixante-deux ans, mais épuisé par les travaux d’un apostolat des plus ruineux.

On courait autrefois à Saint-Pierre pour voir un objet de curiosité naturelle, qu'on appelait le pied de Saint-Roch. À trois quarts de lieue du bout de l'île, on montrait une pierre d’une conformation singulière. Elle était là, gisant au milieu d’un champ, paraissant mobile. A sa surface, on faisait remarquer l'empreinte des deux pieds nus d’un homme qui aurait couru du nord-ouest au sud-est, l’empreinte de la piste d’un chien, marchant dans la même direction ; et de plus l'endroit où une canne aurait été appuyée, par celui qui passait. Dans le temps où l’on faisait circuler le bruit que l'île était envahie par les sorciers, on ne manquait pas de dire que ces traces étaient celles du Juif-Errant.

C'est du côté sud de l’île, et presque vis-à-vis l’église de Saint-Pierre, que se trouve le 7Yrou Saint-Patrice, petit hâvre sûr et commode, où mouillent, presque toujours, quelques navires, qui attendent l'heure du départ pour les lointains rivages. On a prétendu que ce crique avait été appelé ainsi par les Anglais, après la cession du pays.

Mais il n en est pas ainsi, puisqu'on le trouve mentionné

ARR 49 2 sous ce terme, dès 1735, dans les lettres du R. Père Emma-

nuel Crespel, et ailleurs encore.

Un bon chemin fait le tour de l'île d'Orléans ; il est assez bien entretenu, par les différentes municipalités qu'il traverse. Une allocation comparativement bien faible a été accordé autrefois pour réparer la côte et la savane de la

paroisse de Sainte-Famille.

La ÆAoute des prêtres, qui conduit de Saint-Pierre à Saint-Laurent, et qui traverse un riche massif d’érables séculaires, nous rappelle l’histoire d’une cérémonie religieuse imposante, qui eut lieu, à cet endroit, il y a près de deux siècles et que la tradition nous a conservée.

Vers la fin du dix-septième siècle, monseigneur de Saint- Valier Et don à l'église de Saint-Paul, aujourd'hui Saint- Laurent, d'une relique, portion d'os d’un bras de l’apôtre saint Paul. Quelques années après, le même évêque changea le vocable de la paroisse, en celui de Saint-Laurent, et voulut que saint Pierre et saint Paui fussent honorés dans l'église de Saint-Pierre, et qu'ils en fussent tous deux les titulaires. M. Daurie, qui était alors curé de Saint-Pierre, demanda à M. Poncelet, alors curé de Saint- Laurent, la relique de saint Paul, s'offrant de lui remettre

en retour trois ossements de saint Clément, martyr,

= 10 L'Archidiacre M. de La Colombière, dans sa visite offcielle à Saint-Laurent, le 3 juillet, 1702, approuva cet échange qui s’effectua le 24 du même mois. La relique de saint Paul fut déposée dans l’église de Saint-Pierre, où

elle devint l’objet d'une grande vénération.

Cet arrangement déplut néanmoins aux paroissiens de Saint-Laurent, qui considéraient la sainte relique comme une propriété inaliénable. Cependant, monseigneur de Saint Valier, dans une lettre écrite de Paris, à M. Daurie, le 17 mai, 1703, approuva ce qui avait été fait en disant : “ Je suis content d'apprendre que vous avez effectué l'échange de la relique avec monsieur Frs Poncelet (a). Quelques années plus tard, un paroïissien de Saint-Laurent reporta à Saint-Pierre la relique de saint Clément, et en rapporta furtivement la relique de saint Paul, qu'il plaça dans l’église de Saint-Laurent. Une contestation sérieuse s'éleva alors, entre les habitants des deux paroisses. On en appela au jugement de l'évêque de Québec, qui, après mûre délibération, décida que chaque relique serait rendue à son église respective, Il ordonna donc que la population

(a) Le Révérend Père Poncelet dont il s'agit ici, était récollet du couvent de Québec, Il avait été ordonné prêtre le 20 novembre, 1690, et mourut en 1712, Ilne faut pas le confondre avec M. François Poncelet, premier curé de

Saint-Laurent, décédé à l'Hôpital-Général de Québec, à l'âge de 42 ans, atteint d'une maladie contagieuse,

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