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5e de Saint-Pierre et celle de Saint-Laurent se rendraient au milieu de la route des Prêtres, à un jour convenu, en procession solennelle, et que là on échangerait les reliques, qui seraient ensuite reportées, avec égale solennité, chacune dans leur église.
Tout ceci fut exécuté à la lettre ; et la grande croix qui se trouve sur ce chemin, à mi-distance entre les deux églises, indique l’endroit précis, où les habitants des deux paroisses se rencontrèrent en cette mémorable circonstance.
Un personnage, non moins vénérable que l'évêque D'Esgly, a aussi ajouté quelque illustration à la petite église de Saint-Pierre, bien qu'il n'ait fait qu'un séjour momentané en cette paroisse. C'est Monseigneur Edmond Burke, plus tard évêque de Sion, 7» part infid., premier vicaire apostolique de la Nouvelle-Ecosse. Une circonstance bien déplorable unit son nom à celui des Mauvide, seigneurs de l'île, et celui du regretté curé de Québec, feu messire Augustin-David Hubert. Celui-ci se rendait, en compagnie de M. Laurent Mauvide, (a) dernier seigneur de Saint-Jean de l'Ile, auprès de leur ami commun,
(a) Ce dernier était devenu propriétaire de cette seigneurie par son mariage
avec une demoiselle Marianne Durocher, sœur du sieur Amable Durocher dont on a parlé plus haut, et de M, Benjamin Durocher, etc.
ns 52 À M. Ed. Burke, lorsque leur embarcation chargée au-delà de toute prudence, se remplit d’eau tout-à-coup et sombra dans la rade. Ils furent tous deux engloutis dans les eaux avec huit autres personnes, le 21 mai 1702,
La nouvelle de ce triste évènement répandit aussitôt la consternation dans tous les cœurs. La population entière de l'Ile, oubliant les travaux pressants des semailles, voulut donner une preuve de son attachement à la famille de leur ancien seigneur, en cherchant ses restes mortels ainsi que ceux du vénérable curé qui l’accompagnait.
Les soldats de la garnison, notamment ceux du régiment du duc de Kent, rivalisèrent de zèle avec les citoyens. Le corps de messire Hubert fut retrouvé à ia Pointe-Lévis, et inhumé de grand matin, dans la chapelle de la Sainte- Famille, à l'église paroissiale de Québec, le 6 juin, qui était le jour de la Fête-Dieu. C'est ainsi que fut enlevé subitement à l'affection de ses paroiïissiens, et à l’âge prématuré de quarante-un ans, ce digne prètre, dont les vertus égalaient le zèle et le dévouement pour le salut des âmes : pastor dilectus el amans. La mort, toujours terrible, ne paraît jamais plus impitoyable que lorsqu'elle vient frapper ainsi, comme d'un coup de foudre, un homme estimé et
chéri, et le ravit subitement à l'estime publique et aux plus
douces affections. On dirait que, dans ces circonstances, elle craint de se laisser toucher par les prières et les larmes, en annonçant d'avance le coup qu’elle va frapper, si la foi ne nous enscignait que ces malheurs sont presque toujours des châtiments que Dieu nous envoie ; dur avoir
méprisé ses dons.
Voici comment un journal du temps raconte cet évène-
ment funeste :
“Lundi, 21 mai, 1792, vers midi et demi, une chaloupe pesamment chargée partit de cette ville pour l’île d'Orléans ; ne pouvant tenir contre l'agitation des vagues qui menaçaient de la submerger, ayant tenté de mettre à terre à la Pointe-Lévis, prit une si grande quantité d’eau qu'elle cala à fond à peu de distance du rivage, vis-à-vis l'endroit nommé la cabane des Pères. De douze personnes qui étaient dans la chaloupe, dix ont péri. Deux seulement ont été sauvées par le prompt secours que leur ont porté quelques habitars de la Pointe-Lévy, qui, au risque de périr eux-mêmes dans cette louable tentative, ont sauvé le pilote Lachance, propriétaire de la chaloupe et un jeune homme. Ceux qui se sont noyés sont M. Hubert, curé de Québec, MM. Mauvide, de Saint-Jean, île d'Orléans, Louis Fortier, Joseph Poulin, Joseph Forgues, Pierre Turcotte, Catiche Pinet, Josephte Lachance, Marie Lapointe et Isabelle Fortier. Ce déplorable accident, dont plu-
sieurs pères de famille furent les victimes, affecta et affigea
es 54 sr plus particulièrement les citoyens de Québec, à cause de la perte de M. Hubert, curé de cette ville, que ses qualités estimables tant comme ecclésiastique que comme citoyen,
font universellement regretter. "
—{ Gasette de Québec, du 24 mai, 1792.)
Paroisse de Sainte-Famille
Recensement-—Beaux paysages, belles routes— Fêtes bocagères— Pêche et Chasse-—Couvent des Sœurs de la Congrégation— François Lamy, Toussaint Le Franc et Berthelot,
En laissant la paroisse de Saint-Pierre, on entre dans celle de Sainte-Famille, après avoir traversé le Pot-au- Beurre, petit ruisseau auquel on a donné parfois la dénomination de rivière. Mgr Laval l'avait nommé ainsi. La première concession de terre obtenue en cette paroisse, remonte à 1666. Vingt ans plus tard, environ 884 âmes, composant 30 familles, formaient la population de cette paroisse qui avait déjà son curé et son église. Cet édifice, bâti en pierres, dès 1676, par M. l'abbé Pommiers, avait été élevé aux frais de divers particuliers de la colonie et notamment avec l’aide de Mgr l’évêque de Québec, et des
directeurs du séminaire des Missions-Etrangères de cette
ville. C'était un édifice de quatre vingt pieds “2 long sur environ trente-six de large, et couvert en paille. Ce n'était pas au reste la seule église qui fut revêtue ainsi d'une toiture en chaume : Chariesbourg et d’autres encore, aujourd'hui plus opulentes, ont porté dans l’origine les livrées de la pauvreté. En 1686, on s’occupa néanmoins de renouveler cette couverture, et de lui en substituer une autre en planches.
Quant au presbytère, il faut croire qu'il avait été bâti avec beaucoup de ménagement, puisque déjà, vers 1682, il n'était plus logeable et que le curé, en attendant mieux, était obligé de se retirer chez un particulier, circonstance assez gênante pour les paroïissiens eux-mêmes.
Par le règlement de 1721, confirmé par arrêt du Conseil d'Etat du 3 mars, 1722, n la paroisse de Sainte-Famille doit avoir deux lieues et demie de long, en suivant le chenal du nord, depuis la maison des représentants de Charles Guérard, qui la sépare de la paroisse de Saint-Pierre, jusqu'au ruisseau dit Pot-au-Beurre, ensemble des profondeurs renfermées dans ses bornes jusqu'au milieu de la dite Ile.
M. Bouchette, d'accord sur ce point avec d’autres topo-
graphes, dit que la paroisse de la Sainte-Famille est la
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plus populeuse de l’Ile, et que les habitants y sont mieux pourvus d’animaux, d’ustensiles d'agriculture, que ceux des autres paroisses environnantes. En 1827, il se trouvait sur cette paroisse 67 propriétaires de terres et seulement douze occupants d'emplacements. En 1850, il y avait 101 propriétaires de biens-fonds. Aujourd’hui, la population y est portée à près de neuf cents âmes.
Les terres ont généralement une lieue de profondeur, s'étendant depuis le bord de l'eau, du côté du nord, et se prolongeant jusqu'aux terres de Saint-Jean, au sud. Elles sont généralement de deux arpents de front, mais le sol est inférieur en qualité à celui de la paroisse de Saint- Pierre, et même de plusieurs autres parties de l'Ile.
C'est aussi dans les limites de cette paroisse que se trouvent des batiurss et des savanes très renommées, où les chasseurs de Québec et des env:tcns, se donnent rendezvous au printemps et à l'automne, pour la chasse des canards, et surtout des outardes. Là s'est accompli, dans des temps déjà reculés, plus d'un brillant fait d'armes ; là, plus d'un tireur habile et exercé, a jeté la mort dans les rangs des volières d'oiseaux sauvages, qui venaient s'abattre sur ces grèves ; et, si les échos de ces rives pouvaient
parler, ils nous rediraient avec orgueil, les noms alors
fameux de nos Nemrod canadiens, dont les coups de fusil allaient si bien au but, soit qu'il s'agit de chasser la sarcelle, ou de faire mordre la poussière aux soldats ennemis !
Le chemin public, dans la paroïsse de Sainte-Famille, est toujours bien entretenu et les propriétaires des terres s’y sont fait une réputation par leur zèle à le bien tenir en bon ordre en hiver ‘comme en été. Il y a une trentaine d'années, la Législature provinciale accorda environ £ 300 pour élargir ce chemin, l’améliorer et surtout pour adoucir les pentes rapides de certaines côtes âpres et difficiles, sur une étendue assez considérable, dont le bas aboutissait
à une savane.
Mais ce qui attire davantage les regards du philanthrope qui visite la paroisse de Sainte-Famille, c'est le couvent ou école des filles, que dirigent en ce lieu les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. C'est là qu'en silence et sans ostentation, elles forment le cœur et l'esprit de leurs élèves, respectueusement groupées autour d'elles au nombre d'environ cinquante, chaque année. Cette fondation a rendu de grands services à la jeunesse de l'Ile d'abord, puis à toute sa population. Combien de générations, depuis près de deux siècles, sont venues demander
aux bonnes Sœurs, une éducation soignée et religieuse ?
es 58 Es J1 dut être bien vif le zèle qui portait à faire des sacrifices aussi considérables, que ceux qui étaient exigés dans les commencements de la colonie, pour une pareille entreprise, alors que tout manquait. Cependant, comme le remarque M. de Ransonnet, (Vie de Marguerite Bourgeois. Avignon, 1738.) la vénérable sœur Marguerite Bourgeois n’attendit pas que les paroisses fussent en état de procurer, à ses filles missionnaires, un fonds de subsistance honnête et nécessaire ; il lui suffisait qu'il y eut du bien à faire. L'esprit de zèle et d’obéissance qui les animait, la mortification et la pauvreté dont elles faisaient profession, leur
tenaient lieu de tout.
Deux sœurs furent immédiatement envoyées à la maison de la Sainte-Famille, la première était la sœur de l’'Assomption, (demoiselle Marie Barbier), la première fille canadienne de naissance, qui se soit consacrée à Dieu dans la Congrégation de Notre-Dame. C'était une de ces âmes généreuses et candides, une de ces natures d’élite, qui ne peuvent se faire au tumulte du monde. Pour satisfaire son penchant à faire le bien, elle se voua au
service de Dieu et du prochain.
L'autre, qui fut chargée avec elle de fonder cette utile
mission, était la sœur Anne (Marie-Anne Thioux ou Vé-
rand). Elle était née en France. Malgré l'etat avancé de la saison (on était en automne), malgré le surcroît de travail auquel la sœur Marguerite Bourgeois était obligée de se livrer, pour le rétablissement de sa communauté, malgré l'incertitude des moyens d'existence que les deux pieuses filles devaient trouver à Sainte-Famille, leur digne supérieure n’hésita cependant pas à se séparer de deux compagnes utiles et qui auraient pu lui être d’un grand
secours, pour les envoyer là où la Providence les appelait.
Sur le désir de Monseigneur de Saint-Valier, évêque de Québec, elle céda aux sollicitations de M. Lamy, curé des paroisses de Sainte-Famille et de Saint-François, et les deux bonnes sœurs se mirent immédiatement en route pour le lieu de leur destination. 1 C'était à la Saint-Martin, dit elle-même la sœur Barbier, il faisait froid et nous n'avions pour nous deux qu’une couverture qui ne valait presque rien, très peu de linge, point d’autres hardes que ce qui pouvait nous couvrir fort légèrement. Pour moi, je n'avais qu’une demi-robe et le reste à proportion. Nous pensâmes geler de froid dans ce voyage, et j'étais parfaitement contente de ce que je commençais à souffrir.
ï À notre arrivée à Québec, nous ne manquâmes pas
d'humiliations ; tout notre avoir était un petit paquet que
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nous portions fort à l’aise ; on se moqua de nous, et nous fûmes fort humiliées de toute manière. On nous demanda où étaient nos lits et notre équipage ; quelques-uns disaient même que nous mourrions de faim chez nous, et qu’on nous envoyait chercher fortune ailleurs. Je pensais mourir ce jour là, le froid nous ayant si vivement saisies que nous croyions être gelées. Pour mon particulier, j'aurais eu de la joie de mourir de froid, et je m’appliquais à consoler ma compagne qui était demi-morte. Nous souffrîmes beaucoup pendant ce premier hiver. Nous aurions dû mourir
de froid sans une protection particulière de Dieu.r
La maison qui devait les recevoir n'était pas encore construite, les bonnes religieuses durent se retirer chez une veuve, à douze ou quinze arpents de l’église, et y passer l'hiver. Elles s’affigèrent beaucoup d’être oblig: de vivre au milieu du tumulte du monde, et, l’une d’etic. la sœur Barbier, disait qu’elle 1 se trouvait là comme dans un enfer.n Ajoutons à cela la distance considérable qu’elles avaient à parcourir pour se rendre à l’église, d'où elles revenaient souvent toutes mouillées et couvertes de glaçons, et nous aurons une idée du courage et des vertus de ces femmes héroïques, qui savaient tout entreprendre et tout souffrir, quand il s’agissait du salut des âmes.
Un jour qu'elles revenaient de la Sainte-Messe, au milieu
d’une tempête, la sœur Barbier tomba dans un fossé plein