‹ L'Ile d'Orléans [microforme]Chapitre 9 sur 13 · VIRG · texte numérisé non relu

VIRG

Paroisse de Saint-François de Sales

Magnifiques points de vue—Les rivières—Chasse et Pêche— François Le Guerne-—Incursions d'Iroquois— Enlèvement d'un crucifix.

Le charmant fief, ou plutôt arrière-fief d'Argentenay, l’un des plus considérables de l’île d'Orléans a été l’un des premiers établis. En 1704, ce fief était la propriété de M. Perrot ; mais l'établissement en était alors considérablement avancé, puisque, dès 1684, il y avait trente familles, formant alors une population de 163 âmes.

Déjà ces courageux et religieux colons avaient érigé une modeste chapelle en bois de trente pieds de longueur sur vingt de largeur. On n'avait pas encore songé à bâtir un presbytère, le prêtre qui visitait les familles de cette petite bourgade étant pourvu d'édifices un peu plus convenables à Sainte-Famille, y faisait ordinairement son séjour.

Plus tard, le fief fut érigé en paroisse, et l'humble chapelle se trouva placée au rang des églises paroissiales.

n La paroisse de Saint - François de Sales, contenant trois

Le

lieues de lang, dont une lieue et demie du côté du sud, depuis la maison de Louis Gaulin, en descendant au bas de l'Ile, et une lieue et demie du côté du chenal du nord, en remontant le dit bout d’en bas, jusques et compris deux arpents de front de l'habitation de Charles Guérard, ensemble des profondeurs de la dite Ile renfermées dans les dites bornes ; et la nouvelle église qu'il est nécessaire d’y

construire, Sera au même lieu où est l’ancienne.

Telles sont les bornes assignées à la paroisse de Saint- François, par le règlement du 20 septembre, 1721, confirmé par un arrêt du conseil d'Etat, le 3 mars, 1722.

Les terres ont généralement deux ou trois arpents de front, sur cinquante-deux en profondeur. Elles sont en bon état de culture et très productives.

D'après le recensement de 1852, la population totale de la paroisse de Saint-François ne dépassait guères 320 âmes ; cependant, il s'y trouvait 72 propriétaires ; et des 9,197 arpents de terres qu'ils tenaient en concession, ils en avaient labouré plus de 4,800, et le reste avait été laissé en prairies, en jardins, forêts, etc. La récolte des grains avait donné 648 minots de blé, 422 minots d'orge, 3,472 minots de seigle, 2,622 minots de pois et 10,418 minots

d'avoine. Les autres produits étaient dans la même pro-

SR portion. On y avait fait 5,350 livres de sucre, 10,502 livres de beurre, et récolté 105,281 bottes de foin, outre 1,422 fromages qui vinrent cette année-là, comme d’ordinaire, provoquer, avec succès, le goût exquis de nos Lucullus québecois.

Le recensement de 1861 donne à la population de cette paroisse près de 600 âmes.

À Saint-François, se trouvent aussi d'excellentes places de chasse, sur les grèves surtout : la Pointe aux Oignons, la Pointe à la Caille, ets....... mais pourquoi commettre des indiscrétions ?...... tous les chasseurs ne connaissent-ils pas ces endroits renommés ? D'ailleurs, ils n’aiment pas qu'ils soient connus! Il faut donc garder le silence.

Claudite jam rivos pueri.

Cette paroisse semble n'avoir eu de desserte régulière que depuis 1708 Au moins les plus anciens registres ne remontent pas au delà de cette époque, m'assure-t-on.

Parmi les bons curès qui en ont eu la direction, il en est un que jeunes et vieux aiment à mentionner. C’est M. Le Guerne, dont les anciens aimaient à fredonner les chansons, et dont les jeuries gens appréciaient mieux les faveurs.

M. François Le Guerne, breton, originaire du diocèse

de Quimper, arriva à Québec, le 15 septembre 1751, et mourut le 6 décembre, 1789. Il fut longtemps professeur de littérature au petit séminaire de Québec, et rédigea plusieurs cours qui révèlent le connaisseur. Poète et bon poète, nous avons vu les productions de sa lyre enrichir quelques cartons. Ce qu’il y a de plus louable encore dans les œuvres de ce digne prêtre, c’est, me dit-on, qu'il établit, par son testament, les directeurs du Séminaire, ses légataires-universels, au profit de la jeunesse canadienne. Cependant, une autre version m'apprend qu'il abondonna son mobilier, ses livres et tout ce qu'il avait, aux élèves du Séminaire, et que le tout leur fut équitablement distribué. M. Le Guerne avait été employé, jusqu’en 1756, aux missions de l’Acadie. C’est à l’époque de la dispersion de ce peuple pieux et infortuné, qu'il fut rappelé dans l'intérieur, où il continua, de loin comme de près, ocius, cilius, à améliorer le sort de ces pauvres familles exilées de leurs foyers, et dispersées de loin en loin, sur un rivage étranger ; il eut plus d’une fois le bonheur de leur être utile, et d’intéresser à leurs misères les auto-

rités de la colonie.

De Saint-François, l'œil embrasse un horizon étendu et

magnifique, qui comprend, dans ses vastes proportions, une

A: en

partie de la terre du sud, les îles Madame, Aux Reaux, &c., le Cap Tourmente et les belles fermes de Saint-Joachim. La rivière Dauphine, appelée longtemps rrvière Delphine, et aujourd’hui parfois la Be/le-fine, une des plus considé-

rables de l’île, traverse la paroisse de Saint-François.

Ce serait bien ici le lieu de dire que toutes les rivières de l’île, la rivière Saint-Patrice, la rivière Lafleur, la rivière Maheu, la rivière Pot-au- Beurre portent assez improprement ce nom et qu'on s’éloignerait moins de la vérité, en les nommant tout simplement cours-d’eau, car un bon nombre ne sont pas suffisantes pour alimenter en tout temps les dalles des queïques scieries qu’on trouve sur leurs bords. Cependant, toutes ne sont pas exposées à subir au même degré les graves résultats de la sècheresse. La rivière Maheu tire son nom d’un habitant de l’endroit, autrefois établi sur les bords. Un pont relie les deux rives bordées d'arbres antiques et de jolis bosquets qui donnent à la campagne cet air de jeunesse et de fraîcheur qui réjouit l'œil et rassérène le cœur du voyageur.

En 1661, les Iroquois causèrent de grands ravages dans les cabares que quelques Français avaient construites à Argentenay, plus tard, Saint-François. Voici comment le

Journal des Supérieurs des RR. PP. Jésuites relate le fait :

u 1661, le 18 juin, à 8 heures du matin, se commença le massacre ou la capture de plusieurs personnes à Beaupré et à l’isle d'Orléans, par les Iroquois venus de Tadoussac, après le coup qu'ils avaient fait. On parla ce jour-là de 8 à Beaupré et de 3 à l’isle d'Orléans, ce qui se trouva vrai.

On lit encore à ce sujet le passage suivant dans ‘a Rela-

tion de 1662, par le même KR. P. Lalemant, au chap. vi :

u Je ne saurais mieux terminer que par une rencontre assez illustre, touchant un crucifix de deux pieds de haut ou environ, que les Iroquois Agnieronnons enlevèrent en l’an passé à Argentenay, dans l’île d'Orléans, quand ils y firent les dégats que nous avons racontés. Je ne sais si ce fut par moquerie ou par estime qu'ils se saisirent de cette image; quoy qu'il en soit, ils l’'emportèrent jusques dans leur pays et la faisaient voir dans leurs cabanes, comme une des plus précieuses dépouilles des Français. Garakontié, protecteur des Français, étant allé à Aquié, la vit par hasard ; et comme il savait assez le respect que nous portions à de semblables images, il ne voulut pas laisser profaner celle-là. Il entreprend do::c de la racheter, il fait un beau présent pour cela, et, pour n'avoir pas de refus, il fait un éloge de ce crucifix, plus digne de sortir de la bouche d’un prédicateur que d'un barbare : il l'obtient, et par la richesse de son présent et par l’éloquence de son discours. Retourné qu'il fut à Onontaghé, tout triomphant d'une si belle action, dont il ne connaissait pas tout le

mérite, il place honorablement ce crucifix sur l'autel de la

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petite chapelle où tous les jours les Français, les Hurons et les Iroquois allaient lui rendre leurs hommages. Et ainsi Dieu s’est voulu servir de la main d’un barbare pour

faire triompher sa croix, au milieu de la barbarie....u

Paroisse de Saint-Jean

Paysages enchanteurs—Beaux chemins—Rivière Maheu—Rencontre des Iroquois sur ses bords—Mort de Jean Lauzon— Famille du Sénéchal-—-Ruines de sa maison— Industries — Pilotes —Cimetière.

La première paroisse que l’on rencontre après avoir laissé Saint-François, est Saint-Jean-Baptiste. Elle a plus de deux lieues de long, s'étendant depuis la rivière Maheu, d’un côté, jusqu'à la demeure des représentants André Terrien, de l’autre. Ces limites sont reconnues par le règlement du 21 septembre 1721, confirmé par un arrêt du Conseil d'Etat, du 3 mars 1722.

u L’étendue de la paroisse de Saint-Jean, située en la dite île et le comté Saint-Laurent, au bord du chenal du sud sera de deux lieues et un quart, à prendre du côté d'en bas, depuis et compris l'habitation d'André Terrien, en remontant, jusqu'à la rivière Maheu, ensemble des profon-

deurs renfermées dans ces bornes jusqu'à la moitié de la dite île,

La première église construite en cette localité, vers 1672, n'était qu'un édifice en bois, de la grandeur d'une maison ordinaire, fait en colombage comme on les faisait presque toutes à cette époque. Elle avait 45 pieds de long, sur 20 de large, et n’était pas encore achevée en 1684. Remarquons aussi qu'il y avait à peine quinze ans qu'on y avait commencé les premiers défrichements, et qu’on y comptait alors guères plus de 175 individus. (C’est vers 1660, autant qu'ilest possible d’en juger par les anciens titres, que

se firent les premiers établissements à Saint-Jean.

Les registres de cette paroisse qui pourraient nous éclairer sur ce point, sont très incomplets, ayant été gâtés par l’humidité, lorsqu'ils furent enfouis dans la terre à l’époque de l'invasion. Ils sont tellement altérés qu'ils sont parfois illisibles.

Elle fut appelée Saint-Jean en souvenir du Sénéchal, le fils aîné du gouverneur Jean de Lauzon. Une de ses filles, Angélique, fut religieuse au monastère des Ursulines et prit le nom de sœur Saint-Jean. Elle était la troisième fille du Sénéchal ; un jeune garçon, Charles, l'unique héritier de cette noble famille, mourut, jeune encore, et ses biens patrimoniaux passèrent à la famille

Juchereau de Saint-Denis,

De Saint-Laurent à Saint-Jean, le chemin est toujours beau et bien entretenu. Les églises de ces deux paroisses sont à deux lieues l’une de l’autre, sur le bord du fleuve et le parcours d’une église à l’autre se fait au milieu d’une belle campagne, parsemée de champs magnifiques et de jardins délicieux. Le paysage est partout enchanteur et parfois grandiose, et les scènes variées qui se déroulent sous les yeux du touriste commandent l'admiration et la

reconnaissance pour l’auteur de toutes ces merveilles.

Les terres n’ont ici généralement qu’un arpent et demi de front, sur trente en profondeur. Cependant, on en retranche toujours quelques morceaux, chaque année, à l’agriculture, pour augmenter le nombre des emplace-

ments, qui sont déjà très-nombreux en cette paroisse.

La plupart des maisons de ce village sont occupées par des caboteurs, des pilotes, des constructeurs de chaloupes, et par divers ouvriers en bois, en fer, en cuir, car il se fabrique en cet endroit bien des articles utiles au cabotage, tels que mâts, rames, voilures, etc. On y construit même des esquifs qui ont eu une grande vogue.

Il n’est pas dans toute la province une seule paroisse qui soit aussi souvent affigée par des accidents sur mer que

la petite paroisse de Saint-Jean, disait un de nos journaux,

en rapportant l'accident fatal qui avait causé la mort du fils du capitaine F.-X. Dugal, en 1845. Presque toutes les tempêtes plongent quelques-uns de ses habitants dans le deuil. (a) La plus grande partie des victimes sont de respectables pilotes.

Dans le cimetière du lieu à peine lit-on sur les épitaphes les noms de deux ou trois de ces braves navigateurs qui soient morts tranquillement au milieu de leur famille.

Sur les bords de la rivière Maheu, dont nous avons déjà parlé, se trouvent les ruines de la maison de Jean de Lauzon, grand sénéchal de la Nouvelle-France. La seigneurie, ou terre de Charny, dont son frère Charles portait le titre, était aussi dans l’île d'Orléans. On avait donné, dans la famille de Lauzon, le titre de Charny à cette terre, pour faire revivre, en Canada, le titre d’une terre ou seigneurie que la famille de Lauzon possédait en Bourgogne,

de temps immémorial.

(a) Voici les noms des malheureux qui ont eu les flots pour tombeau depuis 1832 : M. Roussel, Jos. Paquet, Antoine Roussel, F.-X. Genest, 1834, Jos. Larivière, 1836, Pierre Forbes, Gilbert Fortier, Jos. Plante, 1837, Magloire Paquet, Michel Forbes, 1833, Jos. Condreau, Georges Genest, Jos. Descombes, Jos. Emond, Ant. Gobeil, 1839, Etienne Tivierge, François Con dreau, Jos. Johan, Jean Johar, Thos. Johan, Gabriel Pepin, Pierre Pepin, Jos. Royer, Frs Royer, Pierre Royer, Ls Servant, Frs Pou'iot, Frs Dupuis, Pierre Dupuis, Laurent Paquet, Geo. Paquet, Moïse Pepin, Jacob Pedie, Edouard Ignace, J. Pouliot, Thos Pou'iot, Joseph Gobeil, Thos Tremblay, Amab. Paquet, J.-B. Turcot, Cécile Gosselin, 1841, Pierre Crépeau, Octave Gobeil, 1842, J.-Bte Servant, Magloire Crépeau, 1844, Ant. Blouin, 1845, Hubert Fortin, F.-X. Dugal. Total, 48 en 12 ans !

Charles de Lauzon, sieur de Charny, était fils du gouverneur de la Nouvelle-France, Jean de Lauzon. Il arriva au pays en octobre 1652, fut grand maître des eaux et forêts de la Nouvelle-France, et gouverneur par 2nferim de la colonie jusqu’en septembre 1657, avec le titre de commandant général, place qu’en partant pour la France il remit à M. Louis d’Aïillebout qui se maïntint à la tête de l'administration jusqu’à l’arrivée de M. le vicomte d’Argenson, le 11 juillet, 1658. Etant repassé en France à cette époque, il s’enrôla dans la milice du sanctuaire et fut ordonné prêtre en 165y. A la demande de monseigneur

de Laval, il revint cette année même au Canada.

Jean de Lauzon, le sénécnal, était aussi un des fils du gouverneur Jean de Lauzon que nous venons de mentionner, et qui fut, à sa propre demande, appelé par le roi de France, À l'administration de cette colonie dont il avait les intérêts à cœur. Le Sénéchal avait servi dans le régiment de Guienne, ou de Navarre, et dans celui de Picardie, avant de se rendre au Canada avec son père. Il fut revêtu de la charge de Sänéchal (a) qu'il exerça

ça) Les Sénéchaux étaient appelés baillis . a certains lieux, Ils administraient la justice au nom des ducs, qui s'étaient mparés du pouvoir et de l'administration de la justice, mais qui ne la v lai at rendre à personne.

Les lois de France attribuërent aux Sénécha:; +. juges ordinaires, la connaissance des cas royaux et des causes d'appel, Ils succédèrent donc à l'autorité

seulement quelques années, ayant été tué, comme nous l'avons déjà dit, par les Iroquois sur les rivages de l’île

d'Orléans.

Nous lisons dans un mémoire du temps au sujet de la

catastrophe qui le ravit à l'affection de ses concitoyens :

“ M. ie sénéchal Jean de Lauzon fut tué par les Iroquois, dans la rivière Makeu, où il était entré pour s'abriter contre le gros vent du nord-est. Son corps fut ramené

le 24. 1

Dans son Précis de l'Histoire du Canada, M. de Belmont est encore moins exact en disant : M. le Sénéchal fut tué, et partie de sa famille. Ce qui est absolument incorrect.

Le Journal des Supérieurs des Jésuites est plus explicite ; voici ce qu'il dit :

11661,—22 juin. M. le Sénéchal étant parti un jour ou deux auparavant avec 7 ou 8 autres, pour aller donner avis à M. de L'Espinay, son beau-frère, qui était allé à la chasse quelques jours auparavant, du danger des Iroquois, des ducs et des comtes, qui avaient l'administration de la justice et des finances, et iugeaient en dernier ressort jusqu'au temps où les parlements furent rendus sédentaires. Les rois craignant qu'ils n'usurpassent l'autorité comme les ducs, leur otèrent le maniement des finances, en nommant des intendants, des gouverneurs. On leur laissa, néanmoins, la conduite de l'arrière-ban, pour marque de leur ancien pouvoir, L'exercice de la justice passa à leurs lieutenants. Il ne leur restait plus au temps où il s’agit ici, que l'honneur de séance à l'audience, et celui de voir les sentences, les jugements, etc., se porter en leurs noms, Le Sénéchal était le juge en cette colonie, La juridiction passa

partie au Consei! supérieur en 1663, et partie aux mains de l'Intendant, nous dit le KR. P. de Charlevoix. (Æéstoire de la Nouvelle-France, tome LL, p. 113.)

le nord-est l’ayant empêché de passer outre, il s'en alla s'engager dans la petite rivière de René Maheu, où il fut tué avec tout son équipage par les Iroquois. Les corps

furent ramenés le 24. 1

Le registre des inhumations de la paroisse de Notre- Dame de Québec, sous la date de 1661, 24 juin, nous informe qu'il a été inhumé dans cette église, ainsi que Nicolas Couillard dit Bellerive, âgé de 20 ans, et Ignace Lévestre Desrochers, âgé de 24 ans. Les corps de ceux qui furent tués avec eux furent inhumés le même jour, au cimetière de la même paroisse. Voici leurs noms: Elie Jacquet Champagne, serviteur de demoiseile de Repentigny, Jacques Penoche, Toussaint....et François...,serviteurs de monsieur Couillard, etc.

Le R. P. de Charlevoix ( Histoire de la Nouvelle France, tome 1eT,p. 348), dit: «“ M. le sénéchal de la Nouvelle France étant allé à l’isle d'Orléans, pour dégager son beau-frère qui était investi dans sa maison, tomba dans une embuscade. Les Iroquois qui le connaissaient, et qui étaient fort aises d'avoir entre leurs mains un prisonnier de cette importance, le ménagèrent d'abord, ne cherchant qu'à le lasser ; mais voyant qu'il leur tuait trop de monde, ils tirèrent sur lui et le tuèrent avant qu'aucun d'eux eût

osé l'approcher, n

Voilà comment périt, à la fleur de l’âg®. un homme dont les talents et les vertus étaient :: nécessaires dans un pays comme celui-ci, où l'influence d’un grand nom, en honneur à la Cour, suffisait souvent pour vbtenir une faveur, :u’on aurait refusée longtemps aux prières et aux supplications des humbles sujets. Son dernier acte fut un acte de dévouement, et il tomba, comme tant d’autres martyrs de la civilisation et de la charité, sous les coups de ses ennemis féroces, disparus aujourd’hui de nos rivages, #t dont on chercherait vainement les traces. Ils ont été balayés de 1: surface Gu sol qu’ils ava‘ent abreuvé du sang des missionnaires, et la marque de Caïn, gravée sur leurs fronts par une main vengeresse, les a tous suivis jusqu’-:u tombeau.

Le beau-frère «te M. le Séaéchal, mentionné ici par le R. F. de Charlevoix, était Louis Hébert, sieur de l’Espinay. On lira avec intérêt le récit du R. P. ?érôme Lalemant, de la compagaie de Jésus, consigné dans la Relation des Jésuites. Il fournit d'amples détails sur cet évènement douloureux, et même sur les premières années du digne sujet «le ses regrets.

Après avoir rapporté le massacre de 14 Français à Trois- Rivières, par les Iroquois, le Révérend Père ajoute :

“,,,, Le mal n’a pas esté si long à Kebec, mais plus violent

ét plus sensible, et nous y avons fait une perte plus grande incomparablement, que toutes celles qui ont precedé : c’est en la personne de Monsieur de Lauzon, seneschai de cette Nouveile-France, homme de cœur et de résolution, rompu dans les guerres de ce pays-ci, sur qui nous fondions une bonne partie de nos esperances, pour la destruction de l'Iroquois. Il y a plus de trente ans que Monsieur son père ne cesse d'immoler ses soins pour l’establissement de ces nouvelles terres ; il y perdit l’an passé un de ses enfans, en voicy encore un qui donne sa vie pour la conservation d’un païs que le père avoit, en quelque façon, fait naître.

u Ce brave jeune homme n’en pouvoit voir la destruction, ny la desolation generaie qu’y causoit l’ennemy par les meurtres et par les embrasemens, sans estre piqué d’un généreux désir de lui donner la chasse, pour sauver le reste des François qui estoient dans le danger.

u Il monte en chaloupe, luy huitième, et s’estant approché d'une maison située vers le milieu de l'Isle d'Orléans, dans laquelle les Iroquois s’estoient mis en embuscade, il fallut en venir aux mains. Il y avoit sur le rivage un gros rocher, qui pouvait servir de boulevard à ceux qui s’en seroïient emparez les premiers ; de quo s’appercevront bien les ennemis, ils prennent chacun deux ou trois pièces de bois, et les joignant ensemble, les portent devant eux comme des mantelets à l'épreuve des yrands coups de fusil, que nos François dés:hargeoient continuellement sur eux. Mais ils ne les purent empescher de se saisir de ce poste avantageux d’où, comme d’une

tour dressée tout à dessein, ils avoient sous leurs fusils et à

leur commandement la chaloupe, qui, par malheur, s’estant eschouée sur le costé qui regardoit ce rocher, présentait tout son flanc à decouvert aux Troquois, et leur mettoït en veüe ceux qui s’en devoient servir comme d’un retranchement.

u Alors le combat cornmença tout de bon par les descharges qui se faisoient de part et d’autre. Mais que pouvoient faire nos gens, qui n’estoient que huit contre quarante, et tous dé. couverts, contre ces furieux gabionnez derrière leur rocher ? Reconnaissans donc bien qu’ils n’avoient de défense que leur courage, et que l’extremité où ils se voyoient les obligeoit de songer plus au salut de leur âme qu’à la seureté de leur corps, ils commencèrent l’attaque par la prière publique, qu'ils firent par irois fois, pendant que les ennemis, qui, sentant bien leur avantage, et qui se tenoient déjà victorieux, leur firent trois sommations de se rendre, faisant mille belles promesses de la vie.

u Mais, Monsieur le Seneschal, preferant une glorieuse mort à une h:nteuse captivité, refusa tous ces pourparlers, et ne repondoit à ces semoncez que par la bouche de son fusil ; et comme il s'y comportoit le plus chaudement ae tous, aussi fut- ‘il le premier tué, et peu aprés luy les autres François, sur lesquels l’ennemy faisoit sa décharge en toute assurance, estant couvert de ce gros rocher ; il n'en demeura qu’un en vie, mais blessé au bras et à l’espaule, et mis hors de combat ; il fut pris et mené par les vainqueurs dans leur païs, pour y

estre la victime de leur fureur et de leur cruauté,

u Quand ces tristes no‘velles, que nous avons sceuës par un

captif François, eschappé des mains des Iroquois, nous furent

es ee

apportées, on ne peut croire les regrets qu’eurent nos habitans, de la perte de leur Seneschal, qu’ils aimoient uniquement, et qui faisoient tant d’estat de son courage, qu’au moindre signal qu’il donnoit, ils estoient tous en armes à ses costez pour le suivre partout : il les gagnoit par une certaine familiarité, avec laquelle il s’accommodoit à tous, en sorte qu'ils estoient ravis de combattre sous un chef, dont ils faisoient une estime merveilleuse, et avec raison.

u Monsieur le Duc d’Espernon l’avait considéré en France, puisqu’à l’aage de dix-neuf à vingt ars, sortant de l’Académie ; il l’avoit honoré de l’Enseigne Colonelle du Regiment de Navarre, dans lequel et dans celuy de Picardie ayant servy en Flandres trois ou quatre campagnes ; il ne voulut point se séparer de Monsieur son pére, que le Roy envoyait Gouverneur en la Nouvelle - France, où ce brave Gentilhomme a rendu des preuves de sa vertu, donnant des marques de sa generosité jusques au dernier soupir.

u En suite de cette nouvelle, le desordre se tint de tous costez, et le decouragement laissoit presque tout en proye à l'ennemi, qui, comme maistre de la campagne, bruslait, tuoit et enlevoit tout avec impunité....n

Cette incursion des barbares fut une de leurs dernières :

aussi ieur avait-elle coûté bien cher.

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Paroisse de Saint-Laurent

Origine du nom —Beautés agrestes—Superbes vergers Voie rive raine— Trou Saint-Patrice — Approche de la flotte anglaise Denis de Vitré Descente de Wolfe —Alarme générale,

En laissant Saint-Jean, la première paroisse que rencontre le touriste quand il remonte vers l'extrémité nord de l’île, est Saint-Laurent. Cette paroisse a deux lieues et quart de leng. Le Paysage yest charmant la campagne jolie, pleine d'agréments et de beautés agrestes, qu’une nature vraiment riche a prodiguées sur tous les points. Quel beau coup d'œil Pour le marin qui louvoie vis-A-vis. Ces nombreux et beaux vergers, ces hauts peupliers, ces Jolies habitations, ces coteaux élevés...... quelle réunion d'objets variés et pittoresques !

Si nos occupations nous permettaient de faire encore une course sur les rivages enchanteurs de l’île, nous ajouterions bien d’autres détails à nos souvenirs de vingt ans : nous rendr:ons compte de nos impressions et de nos observations en touriste ; et, si nous pensions intéresser le lec-

teur, nous ne laisserions Pas une pyrite, sans en donner Je

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