‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 109 sur 283 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

HENRI r' DE LUSIGNAN,

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Alix de Champagne , mère du roi , associe Philippe d'Ibelin au pouvoir comme régent. Privilèges commerciaux accordés aux Génois. Suite de la croisade. Siège dB Damiette. Mq^urs des chevaliers d'Orient. Culture des esprits. Mort de Malec-Adel. Prise de Damiette. Incertitudes sur la direction de la guerre. Difficultés survenues en Chypre au sujet des propriétés et des dîmes ecclésiastiques. Accord de Limassol , ménagé par le cardinal Pelage. Perte de Damiette. Fin de la croisade. Le clergé latin poursuit Tentier assujettissement du clergé grec en Chypre. Les rois ménagent les clergés indigènes. Nouvel accord des prélats et des barons chypriotes sur les propriétés rurales , arrêté à Famagouste. Plaintes du clergé grec contre les évéques latins. Peu de gravité de ces querelles pour le pouvoir civil. La reine Alix se retire eu Syrie. Jean de Brienne se rend auprès du p«|>e. Sollicitude du Saint-Siège pour les États d*outre-mer. Espérances qu il fonde sur l'empereur Frédéric. Projet d'union entre Frédéric et l'héritière de Jérusalem. Frédéric élude ses engagements. On célèbre en Orient le mariage de Frédéric et d'Isabelle de Brienne. La reine de Chypre épouse Boémond d'Antioche. Origine des prétentions d'Alix sur le comté de Champagne. Érard de Brienne épouse Philippine , sœur d'Alix. De la légitimité d'Alix et de Philippine. Érard fait sa paix avec Thibaut IV, comte de Champagne.

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Le fils du roi Hugues, né le 3 mai 1217, étant âgé de neuf mois à la Février 1218. mort de son père^, la reine Alix de Champagne fut reconnue tutrice de Tenfant et baile du royaume, pour tout le temps de la minorité. Des amis dévoués lui conseillèrent de demander Thommage et le serment de fidélité des feudataires de la couronne. Les chevaliers, bien que la coutume les dispensât de s'engager ainsi féodalement avant la majorité de l'héritier, ne refusèrent pas de complaire à la régente et lui jurèrent obéissance^. La disposition des esprits n'était pas cependant aussi satisfaisante que semblait l'indiquer cette condescendance. Alix succédait , en apparence seulement , à la

' Vo]f. Hiët. de Chypre, t. II , p. 33 , note ci p. i5.

' Cbfid'n. de GuilL de Tyr, liv. WXII, chap. XXI, p. 36o.

souveraineté de Hugues II; elle ne pouvait espérer avoir aucune influence personnelle sur les liges ; elle était même peu portée par ses goûts à conserver devers elle une part de Tautorité , qui aurait pu à la longue la lui faire acquérir.

Rien n'avait encore troublé de fait son gouvernement, que Ton concevait déjà des alarmes pour ses droits, car des pensées ambitieuses étaient nées chez quelques seigneurs, en voyant le royaume passer à Timprévu aux mains d'une femme sans expérience. Dès la mort du roi Hugues, Honorius m, prévoyant des difficultés pour sa veuve, s'eflbrçait de la rassurer et de la soutenir, en la recommandant aux ordres militaires. Le cardinal Pelage, évéque d'Âlbano, chargé de se rendre en Orient conmie légat apostolique, reçut des instructions particulières pour Tile de Chypre. Il lui fut enjoint d'entourer la reine de ses conseils, et d'user de tout son crédit pour faciliter son administration ^ Mais l'immixtion du prélat dans les questions politiques avec des homjnes jaloux et défiants comme les chevaliers des assises eût nui à la royauté au lieu de la servir. Alix ne dut la conservation de la dignité dont elle se contentait qu'à l'abstention même des grands maîtres, et à la prudence du légat.

Satisfaite des honneurs du gouvernement, la reine, à la demande des liges, en abandonna, sans regrets, la direction à son oncle Philippe dlbelin, qui, agissant toujours de concert avec Jean, son frère aîné, sire de Beyrouth, fut le chef et le véritable régent du royaume. Alix se borna à revêtir de sa sanction les actes de leur administration commune, tout en conservant, comme tutrice, la garde et l'éducation de son fils, avec la jouissance de la fortune royale, que ses oncles lui réservèrent entièrement^.

Privilèges

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aux Génois.

Philippe d'Ibelin pardt investi de ses nouvelles attributions, dès le mois de juillet 12 18, dans un diplôme accordé aux Génois, au nom de la reine ^ Le régent voulut consacrer par cet acte les privil^s d'une nation qui avait des premières secondé l'établissement des Français en Chypre. La charte royale

^ Lettres d'Honorius III du mois de juillet 1318, à la reine de Chypre , aux grands maîtres du Temple et de l'Hôpital , au cardinal Pelage, évéque d*Albano; HisL de Chypre, t. II , p. 38 ; Rinaldi , 1 2 1 8 , S 19, t. XX, p. 436-437. «Regnum Cypri,t dit le pape dans la dernière lettre, «videtur sine cregimine periculosius fluctuare, ac, sicut « nobis innotuit, quidam accensi malignitati» «ardore, ipsam (reginam) ejusque filios ac

«regnum molcstare présumant.» [HisL de Chypre, t. III, p. 610.)

* • La regina havea le intrade dei regno «in sua liberté, et quelle spendeva a suo « modo ; et era molto libérale signora. » (Amadi, CroA. fol. 54 > 167; cf. FI. Bustron, Cron, fol. 85-86 , 102 ; Sanudo , Secret. fideL cruds, p. 21a.)

' L'acte est imprimé dans le tome II de y Histoire de Chypre, p. Sg.

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