CHAPITRE X
SUITE DU RÀGNB DE HENRI l"*.
Frédéric II épouse Isabelle de Brienne. Il prend le titre de roi de Jérusalem et dépouille son beau-përe de toute autorité. Mauvais effet produit en Orient par la conduite de Frédéric. Les princes dlbelin font couronner le roi Henri. Mécontentement de Tempereur. Ses prétentions à la régence de Chypre. Conjuration formée par cinq barons contre les Ibelin. Incident survenu lors de la cbevalerie des fils du sire de Beyrouth. Alix de Champagne veut reprendre la régence de Chypre. Anseau de Brie. Relations de Frédéric et du sultan d'Egypte. Les ennemis des Ibelin s'unissent aux Impériaux. Duel d*Amaury Barias et d* Anseau de Brie. Mort de Philippe d'Ibelin , régent de Chypre. Frédéric , excommunié, se décide à passer en Orient. Convention secrète faite par Frédéric avec le sultan. Mort d'Isabelle de Brienne. Arrivée de Frédéric en Chypre. Discussions de l'empereur et du sire de Beyrouth. Le roi Henri reste à la garde de l'empereur. La suzeraineté de l'empereur sur l'île de Chypre est reconnue. L'hommage lui est refusé. Les Chypriotes passent avec Frédéric à Saint-Jean d'Acre. Difficultés que l'empereur rencontre en Syrie. Il précipite les négociations avec le sultan d'Egypte. Son traité de Jaffa. Stipulations illusoires de ce traité. Frédéric est couronné roi à Jérusalem. Il nomme le sire de Sidon baile du royaume. Il quitte l'Orient. Mariage du roi Henri dé Lasignan.
Nous avons quitté Isabelle de Brienne se rendant en Italie après les fêtes o nov. 1325. de ses fiançailles célébrées à Tyr. De Tile de Chypre, où les seigneurs d'Ibe- Fr^d^îc 11 lin se séparèrent de son escorte ^ , la reine parvint heureusement en Calabre. d« Brienne. Le roi Jean , son père , et Tempereur Frédéric Fy attendaient tous deux. Depuis la conférence de Ferentino, Jean de Brienne était allé en Espagne et s'était remarié à Bérengère, sœur du roi de Gastille ; il était ensuite revenu en Italie , en passant par la France , où il avait recueilli de Philippe-Auguste mourant un nouveau don pour la Terre sainte. Frédéric, sans faire connaître ses vrais projets, avait toujours maintenu sa promesse de prendre la croix. Le 22 juillet 1226, en présence d'un peuple immense réuni dans Téglise de
^ Amadi , fol. 53-, Contin. de Guill. de Tyr, p. 358.
N'ovembr» 1225. Saint-Germain , au pied du mont Cassin , et devant deux cardinaux qui le relevèrent de ses premiers serments, il aVait juré sur TÉvangile de partir avec son armée, au plus tard à la fête de T Assomption du mois d*août 1227, se soumettant d'avance à Fanathème irrévocable, s*il n'accomplissait son vœu^. De Saint-Germain, il était venu s'établir au château d'Oria, près de Brindes, son port militaire, pour surveiller les travaux de la flotte, et se trouver à portée de recevoir Isabelle dès son arrivée. Le mariage suivit de près le débarquement de la reine. L'union fut bénie dans la cathédrale de Brindes, le 9 du mois de novembre 12 25 2.
Il prrad Le jour même, après la cérémonie, l'empereur notifia aux seigneurs
d» d'Orient, surpris et déconcertés, qu'en acceptant la main d'Isabelle il avait
•t dépouilla entendu recevoir la couronne même de Jérusalem , et que , par conséquent.
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beau-pin ils cusscut à uc plus cousidércr son beau-père comme leur roi. Brienne rap-
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lottteantoriu. pela Inutilement que le grand maître des Allemands, dans la négociation du mariage, avait stipulé, en sa faveur et pour sa vie entière, la jouissance du trône et des revenus royaux '. Aucun acte écrit ne faisait foi de ces réserves, qui paraissent avoir été exprimées en effet devant l'empereur, et confiées verbalement à sa loyauté^. Brienne fut obligé de céder. Il consentit même à remettre à Frédéric le sceptre, qui était le symbole de la mise en possession du royaume et de tous les droits de sa fille ^. Nanti de ce gage, auquel les idées féodales rattachaient moralement la saisine même du pouvoir souverain, Frédéric, n'attendant plus rien de Jean de Brienne, le traita avec hauteur et dédain. Il partit brusquement le lendemain de son mariage, sans prendre congé de lui, et Brienne fut obligé de s'enquérir de sa route, pour rejoindre le cortège impérial. Le vieux roi n'eut dès lors que des entrevues pénibles avec son gendre, et fut souvent réduit à cacher ses démarches pour voir librement sa fille. Dans une des visites qu'il dérobait aux défenses de l'empereur,
' Haiilard-Bréhoiies , Hist, diphm. Friderici secttndi, t. II , p. 5oi. ( Voy. de Gherrier, Hist. de la lutte des papes et des empereurs, t. II, p. 288.)
' Richard de S. Germ. ap. Murat. t. VII, col. 1 99 ; Hist. d^/om. Frid. t. II, p. 863 ,922.
' Voy. ci-dessus, p. 217.
* Honorius III, en blâmant Frédéric de s*être attribué la couronne de Jérusalem prématurément et au détriment de Jean de
Brienne, fait remarquer à l'empereur Tatteinte que cet empressement pouvait porter à sa dignité et Tétonnement que sa conduite a causé à tous ceux qui s'étaient réjouis de son mariage avec Isabelle, mais ne lui reproche pas d avoir manqué à un engagement formel. (Lettre du 27 juillet 1227, Hist. diplom. Frid. t. II, p. 708.)
' Conûn. de Guill. de Tyr, p. 458; Sanudo. p. 2 1 1 .