‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 125 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE X

il trouva, dit-on, Isabelle, à peine mariée depuis quelques jours, pleurant ms-iase. déjà rinfidélité et la brutalité de son époux ^

Frédéric ne gardait plus de ménagements, et ne cachait pas son désir d'une rupture complète avec Jean de Brienne. Il prenait dans ses actes publics les titres réunis d'empereur des Romains, roi de Jérusalem et roi de Sicile^; il réorganisait le gouvernement de son nouvel Etat, en attendant qu'il s'y rendit lui-même. Il exigea Thonmiage des seigneurs venus avec Isabelle, et envoya à SaintJean d'Acre l'évéque de Melfi, pour recevoir le serment des autres honomes liges. Il fit partir en même temps trois cents chevaliers siciliens, sous le commandement du comte Bertrand Gentile et d'Etienne, comte de Grotone, chargés d'appuyer ses ordres, et de remettre au connétable Eudes de Montbéiiard le renouvellement, en son nom, des pouvoirs que lui avait donnés le roi 'Jean'. Brienne, abreuvé d'outrages, s'éloigna bientôt, divulgua ses griefs, et finit par devenir ouvertement l'ennemi de Frédéric. On l'accusa, vraisemblablement avec raison , de favoriser les vues de son neveu Gautier IV de Brienne sur la Sicile. Menacé dès lors dans sa vie même, il dut, pour échapper aux recherches dont il était l'objet, se réfugier dans les Etats du Saint-Siège, où le pape lui donna un grand commandement vers les marches de Toscane^.

Les barons d'outre-mer les mieux disposés pour Frédéric rq[rettèrent ses Mauva» eiret

^ , produit en Orient

violences et sa précipitation. Tous les partis avaient vu avec bonheur un ma- y" .

, , la conduite

riage qui , en promettant à l'empereur, dans un avenir prochain , la couronne ^^^« de Jérusalem, assurait au royaume la protection d'un des princes les plus puissants de l'Europe, et le mieux placé pour le défendre. On tenait néanmoins à garder pour roi Jean de Brienne , homme éprouvé , équitable , et plein d'énergie encore, malgré son âge avancé. Les chevaliers et les communes ne voyaient pour le moment d'autre royauté possible que la sienne, car les intéréts et la loi formelle de l'Etat exigeaient que le souverain résidât en Syrie, au milieu de ses vassaux. On comprit bientôt que Frédéric était plus préoc-

* ConJÛn, de GuilL de Tyri Variante des du mois de décembre iiaS. (i/ùf. diplom, mss. c. D. 6. p. 367-368; Chroa. de Tours, Frid. t. II, p. 626; cf. Hist. de Chypre, t. Il , ap. Bouquet, t. XVIII, p. 3ii; Ricordano p. 66, note.)

Mali8pinî,i$toriaytor«ntina«cap. cxix,p. 95 , ^ Contin, de GaiU. de Tyr, liv. XXXII,

éd. 1816. chap. XX, p. SSg.

* Le premierdocument connu dans lequel * Rinaldi , 1227, S 5 ; Qon^* de GuiU, de Frédéric porte le titre de roi de Jérusalem est Tyr, p. 3 60 ; Rich. de Saint-Germ. ap. Munit, un diplôme concernant Tordre Teutonique , t. VII , col. 1 00 1 .

FrMéric.

cupé de ses calculs personnels que des besoins de la Terre sainte. Les esprits passèrent promptement de la confiance à Tinquiétude et à la désaffection.

Cependant les liges, enchaînés par les précédents et par la force de la constitution , ne pouvaient se défendre de reconnaître pour roi le mari de la reine, héritière personnelle de la couronne, et majeure. Les ordres militaires hésitaient. Le Saint-Siège seul refusa formellement de couvrir de son assentiment Tirrégularité de la royauté de Frédéric. Honorius III, et après lui Gr^oire IX, considérèrent uniquement l'empereur conune régent du royaume de Terre sainte. Même aux époques de bonne intelligence avec lui, les souverains pontifes dénièrent à Frédéric le titre de roi de Jérusalem, tant que Jean de Brienne n*y eut pas expressément renoncé, en acceptant la couronne de Constantinople ^

Lm iwiin Les seigneurs d'Ibelin , pour se prémunir contre des desseins qui devenaient

le chaque jour plus manifestes, se hâtèrent de faire sacrer le roi de Chypre,

lUcomentemcnt à pciuc arrivé à sa dixième année. La cérémonie eut lieu à Nicosie, par les r«inper«nr. maius de révéque Eustorge^. Frédéric, blessé déjà de voir les parents de sa femme agir comme les protecteurs du roi Henri, témoigna un extrême mécontentement en apprenant qu'ils avaient devancé Tépoque de son couronnement'. La précaution lui paraissait outrager ses intentions et son autorité. U écrivit de nombreuses lettres à ce sujet en Orient, à la reine Alix , à Jean et à Philippe d'ibelin, les appelant respectueusement ses oncles, mais se plaignant en termes amers de la résolution qu'ils avaient prise à son insu et à son détriment^. Thomas d'Aquin, comte d'Acerra, se rendit inmiédiatement par ses ordres à Saint-Jean d'Acre, en qualité de baile ou de lieutenant impérial, supérieur, par conséquent, au connétable Eudes de Montbéliard, dont le dévouement ne paraissait plus suilfisant ^.

Le comte Thomas , venu avec un nouveau corps de chevaliers allemands et italiens, déploya une grande vigilance; il répara les forteresses, étendit ses

' Grégoire IX donne pour la première fois le titre de roi de Jérusalem à l'empereur dans sa lettre du i3 août laSi. (ïluf. àipL Frid. t. in , p. 297. Cf. t. II, p. 553, 708 , etc.) Jean de Brienne partit pour Constantinopic vers cette époque même. (Du Gange , liisi, de Constantinople sous les Français s lîv. III, éd. Buchon , 1. 1 , p. 2 1 1 . )

* Amadi, fol. 54; Fi. Bustron. fol. 86 , d'a-

près qui la reine Alix eût été encore , à cette époque , en Ghypre , auprès de ses oncles.

' «Et era piu in colera per il coronamento • del re che per altro. 1 (Amadi , fol. 54.)

^ Amadi , foj. 55 ; Fi. Bustron, foL 87.

* En 1226. Amadi, fol. 57 ; Jordan, ap. Rinaldi, 1226, S 55 , t. XX, p. 58i. Cf. Condn, de Gnill.de T^o liv. XXXII. ch. xxiT, liv. XXXIII , ch. I , p. 364 » 367.

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