‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 210 sur 283 · LIVRE 1, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE XIV

associés dans une certaine mesure à la vie féodale. La plupart devaient le ises. service militaire^; ils avaient des vassaux et des sergents; ils pouvaient, par eux-mêmes, assurer Texécution des sentences de leurs offîcialités, et quelquefois conserver, comme tous les grands feudataires, un rôle indépendant du reste de la nation. Les ordres militaires et les seigneurs laïques tenaient surtout à cette inviolabilité de la liberté féodale, dernier reste de fancien droit de guerre privée. Tandis que le royaume était en paix, le prince d'An*tioche avait pu continuer de son côté les hostilités, connue autrefois le comte de Jaffa.

Les partis engagés dans la querelle de Saint-Saba avaient presque tous déposé les armes, mais la guerre avait repris avec plus de vivacité entre les deux principaux antagonistes. Les Génois, exaltés par leurs succès à Gons* tantinople, restaient sourds à la voix du Saint-Siège, refusaient la médiation du roi de France, et poursuivaient audacieusement les Vénitiens dans les ports de la Grèce et de la Syrie ^.

Par une coïncidence inexpliquée, qui semble avoir caché une ôomplicité criminelle, Bibars éleva tout à coup, à la même époque, des récriminations contre les Francs de Saint-Jean d'Acre. Comme par suite d'une réflexion qui lui avait été suggérée, il revint, en se plaignant, sur le refus qu'auraient fait les grands maîtres des ordres militaires de rendre les prisonniers musulmans Taiinée précédente'; il prit prétexte de ce dissentiment, qui semblait oublié, et attaqua subitement les chrétiens dans la Galilée. Il saccagea la magnifique ^ise de Nazareth, s'avança dans la plaine de Saint- Jean d'Acre, et vint, au milieu du mois d'avril, établir son camp sous les murs de la ville ^. Les^ires de Jaffa et d'Arsur, ayant observé les traités, se rendirent en toute confiance au camp du sultan, et sollicitèrent une trêve pour la ville d'Acre. Us échangèrent des présents avec Bibars, reçurent l'assurance que ses troupes respecteraient leurs seigneuries, mais ne purent obtenir l'objet de leur demande^. Le sultan se rapprocha même de Saint-Jean d'Acre, et livra brusquement un assaut, dans lequel le baile, Geoffroy de Sergines, fut grièvement blessé^. Il se retira peu après, sans qu'on ait su le vrai motif de son départ ni de sa soudaine agression.

^ Assises, Livre dlbelin, t. I, p. ii2a, ^ MiiknùtHÙLdes stdtani maiMloucs,it.

h26, 437, notes. Quatremère, t. I, p. 194-197; M. Reinaud,

* Canaie, Croit, des Venieiens,p, 536-542. p. 486.

^ Voy. ci-dessus, p. 390. * Conùn» de GuilL i$ Tyr, p. 447 « ^' ^^i'

* Aboulféda, tr. Reiske, t. V, p. 9. naud, p. 489.

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Une flotte génoise, commandée par Tamirai Luchetto de Grimaldi, croisait alors sur les côtes de la Syrie, où les Vénitiens se trouvaient momentanément en forces inférieures. Maître de Feutrée du port de Saint-Jean d'Acre, Tamiral génois ne permettait à aucun navire d*en sortir, et renvoyait à Tyr tous les vaisseaux qui se présentaient à la chaîne pour y entrera II est vraisemblable que le sultan, informé de ces faits, et épiant toujours, sous des apparences pacifiques, l'occasion de s*emparer de la capitale des Francs^, s*était déterminé à tenter un coup de main sur la ville avant l'arrivée de la flotte vénitienne t comptant peut-être sur l'inaction de Grimaldi. Cest l'explication la plus favorable que l'on puisse donner de l'attitude douteuse des Génois en cette circonstance.

Mais le récit des chroniqueurs arabes incrimine directement leurs intentions et leur conduite. D'après les auteurs musulmans, il y avait une convention positive et articulée entre les Génois, le sultan d'Egypte et Philippe de Montfort, seigneur de Tyr, pour s'emparer alors de la ville d'Acre. L'un des chroniqueurs précise ses renseignements, en disant que l'amiral génois devait seconder par mer l'attaque des Egyptiens, et que le sultan ne donna le signal de la retraite à ses troupes, qu'en ne voyant pas arriver ses alliés, au moment convenu , sous les murs de la ville ^. Il est probable que tous ces accords et ces mouvements avortés cachaient quelque odieuse machination contre les Vénitiens.

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Sfrfinet,

L'autorité de GeoSroy de Sei^ines , efficace pour réprimer le vagabondage et les délits privés dans l'intérieur de Saint-Jean d'Acre, était insuffisante quand il fallait agir contre des forces navales et imposer la paix aux belligérants sur son propre territoire. De fait, et quoiqu'il y eut alors à Ptolémaîs une garnison française et un corps de chevalerie d'Orient, la nation maritime qui avait la flotte la plus nombreuse dans les eaux du Carmel, était, pour un temps au moins, la puissance prépondérante dans le pays. Depuis la guerre de Saint-Saba, durant laquelle les Italiens s'étaient outrageusement placés au-dessus des lois et de la souveraineté du pays, Venise s^arrogeait

^ Ganaie (p. 5H et suiv.), dont le récit sur toas ces faits est bien plus drcoDstincië que les autres chroniques de Venise ou de Gènes. ( Voy , Dandoio » ip. Murât. L XII , col. 370; Barthélémy Scriha. t. VI, coi. SSo, 53i.)

* Guiil.de Tripoli. D^ilolB ap. Du Cfaesne. HisL Ftwtc. Saripi. t V. p. 434.

' Ibn-Férat» dans M. Reinaud, p. 489; cf. p. 495 , 499; Makrîii, 1. 1 , a* part p. 27. s8.

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