LIVRE I, CHAPITRE XV
mois de distance. Marin Morosini et Jacques Dandolo, arrivés de Remanie avec des forces vénitiennes, attaquèrent les Génois devant Saint- Jean d^Acre, dispersèrent leur flotte et vinrent les assiéger à Tyr. La ville ne dut son salut qu'aux secours levés à la hâte à Saint-Jean d*Acre même, parait-il, aux frais de Philippe de Montfort^
Isabelle de Lusignan ne jouit pas longtemps du repos qu'elle était allée chercher en Chypre. Sa mort, survenue Tannée même où mourut le pape Clément IV ^, fut Toccasion d'un de ces grands débats judiciaires dont les assises de Jérusalem ont conservé les actes', et dans lesquels on est toujours surpris de retrouver, au milieu d'un monde encore si violent, tant de dignité, de régularité, et parfois tant d'élévation. Nous suivrons cette discussion mémorable, parce qu'on y développa les principes invoqués pour le règlement des successions féodales dans les royaumes d'Orient et qu'on y fit prévaloir la coutume restée, depuis lors, la loi politique du royaume de Chypre pour la transmission de la couronne. Nous suspendrons ainsi , au moins pour un moment, le fatigant et monotone récit des expéditions par lesquelles les sultans d'Egypte semblaient vouloir épuiser peu à peu les chrétiens de Syrie avant de leur porter le dernier coup.
Elle m«vrt.
Hugues d'Antioche, déjà baile du royaume de Chypre, se trouvait naturellement appelé au gouvernement du royaume de Jérusalem par la mort de sa mère, investie de la régence en vertu d'un droit héréditaire et personnel. Le prince Henri, son père, avait été chargé, seulement par délégation, de l'exercice de l'autorité, comme autrefois Geoffroy de Sergines, et ne pouvait y rien prétendre de son chef. Hugues d*Antioche s'approchait ainsi de plus
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J^Mlem.
' Cf. Amadi , fol. 171; Omtm, de GaïU. de Tjrr^p. hh'j\ Canale, p. 546, 5A8; Sanudo, p. 2a 1 ; Dandoio, ap. Murât, t. XII , col. 37 1 ; Barth. Scriba, ap. Mur. t. VI, col. 533.
* Suivant Amadi (fol. 171), Isabelle de Luaignan mourut en 1 263 ; mais le continuateur de Guillaume de Tyr rapporte la mort de la princesse à Tannée même où mourut le pape Urbain IV (lîv. XXXIV, cb. iv, p. ^48), c*e5t-à-dire, au plus t6t, aux trois derniers mois de Tannée 1 â 64 : t Et morut pape Urbans « ie quart. • . et Joban d'Ibelin , sire de Baruth , I et Huon de Cesaire. . . et Ysabe) , qui fu famé
< de Henri fil du prince. • La grande discussion, ouverte devant la cour de Sain^Jean d*Acre entre Hugues d*Antioche, fils d'Isabelle de Lusignan, et Hugues dé Brienne, son neveu , au sujet de la régence de Jérusalem, discusaion que Ton a reportée aux années ia59, 1261 ou 1268 {Assises, i, II. p. 4oi . notes), nous parait donc être fixée plus exactement à Tannée 1 26Â , puisqu'elle eut lieu après la mort d'Isabelle de Lusignan , et peu après cet événement.
' Assises, t. II , Doc. relat, à la successihilité tm tr&ne et à la régence, p. 397 et suiv.
126). en plus des deux couronnes qu*il devait un jour réunir sur sa tête. La compétition obstinée de l'un de ses cousins retarda cependant la proclamation du nouveau régent.
Hugues de Brienne, resté à Técart, par respect pour sa tante, Isabelle de Lusignan, lorsqu'il y avait eu, en 1261, à déférer la régence de Chypre, devenue vacante par la mort de Plaisance d'Antioche, se présenta, dans la nouvelle circonstance, devant la cour de Saint-Jean d'Acre, et réclama ses droits. Il était plus jeune que son cousin d'Antioche; mais il prétendait au bailliage de Jérusalem comme fils de Marie de Lusignan , sœur ainée de sa tante Isabelle de Lusignan , mère de Hugues d'Antiocbe.
Reanéle
Hugues d'Antiochc.
La haute cour d'Acre s'étant assemblée pour entendre la défense des compétiteurs, le régent de Chypre exposa le premier sa requête en ces termes ^ :
« Seigneurs, il est certain que la reine Alix (de Champagne) , mon aïeule, «fut dame de ce royaume, et qu'elle mourut en étant saisie comme de son « droit. Quand Dieu fit sa volonté de la reine, le royaume échut à mon oncle, «le roi Henri, son fils. Il Peut, il le tint, il en usa comme seigneur et en « mourut saisi. Quand Dieu fit son conmiandement de lui , le royaume passa « à monseigneur Hugues, son fils, notre petit seigneur; que Dieu l'accroisse «en tous biens! Et, si mon oncle n'avait laissé, en mourant, un enfant de .sa femme légitime, le royaume de Jérusalem fût parvenu à madame ma « mère, sa sœur, comme à l'héritier direct. Mais le royaume étant échu au «jeune Hugues, qui était en bas âge, la reine Plaisance, sa mère, eut le bail- « liage , suivant l'usage et par le droit de son fils. Quand Dieu appela à lui «la reine Plaisance, le bailliage vint à madame ma mère, qui était fille de « la reine Alix, sœur du roi Henri et tante de monseigneur Hugues. La raison « en est claire, car il est d'usage, de coutume et d'assise en ce royaume, que, « lorsque Tenfant mineur n'a ni père, ni mère, qui puisse tenir son bailliage, « l'héritier le plus direct et le plus prochain parmi les parents survivants à « qui l'héritage peut éoheoir obtient la garde et le bailliage de ses biens, « avant toute autre personne, s'il les requiert; et il doit les avoir, puisqu'il « aurait l'héritage même, si l'héritage venait à échéance. C'est pour cela que « madame ma mère , qui était le plus direct et lé plus prochain héritier de « la parenté dudit Hugues, requit, elle et monseigneur mon père, le bailliage
' Doc. relatifs à la saccessihilité au trône et à la régence, cb. ni; Auises, t. II, p. 4oi .