‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 25 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

poèée à ne point Taccepter. La désunion avait fait de tels progiés parmi les 1102. croisés et rendu si difficile toute entreprise commune, que les barons de Terre sainte, au milieu de ce conflit d'intérêts et de vues contraires, avaient sagement cherché à négocier un accord direct avec Saladin, en arrêtant, au nom de Conrad, quMls considéraient comme leur roi, le partage de la ville et du royaume de Jérusalem ^

Dans Tétat encore précaire où se trouvait la Palestine, dans un moment où le départ subit dés croisés pouvait laisser les chrétiens de Syrie exposés seuls aux forces et au ressentiment de Saladin , ce traité semblait renfermer les meilleures dispositions qu'il fût possible d^[)btenir. Les chroniqueurs anglais, aux yeux de qui tout acte indépehdant paraissait une atteinte à la su> prématie que s'arrogeait le roi Richard, quidifient néanmoins ce projet dé trahison criminelle. Pour eux s Balian d'Ibelin et Renaud de Sidon, en allant à Jérusalem traiter à ces conditiohs de la paix avec Saladin , se couvrirent d'infamie^, et le roi Richard eut à se félicitièr d'avoir déjoué leurs manœuvres.

La situation s'empirait aihsi chaque jour; et le découragement gagnait les hommes les mieux intentionnés. Le rôi Richard ^ préoccupé depuis longtemps de son retour en Angleterre \ aurait voulu remettre en partant l'autorité souveraine à soh neveu Henri de GhÀmpagne; mais rieh d'efficace et de rassurant ne pouvait s'arrêter-, tànl que la di^ité et le nom même de roi étaient un objet de dérisioh et de disputes dabs l'arhiée. D'un côté se trouvait le drt)it de Guy de Lusignan, fortifié ehcore de la reconnaissance qui en avait été iaite nu congi^s de Saiht-Jeah d'Acne; de l'autre^ le vœu presque unanime de l'armée et du pays. Richard, pour sortir de cette difficulté, fit un appel à la volonté générale ^ afin que le choix populaire vint réformer ou sanctionner ce que les décisions d'une assemblée régulière n'avaient pu faire accepter. Une réunion de la population et de l'armée ayant été convoquée par ses soins, soit à Ascalon^ dont le roi faisait réparer les fortifications v soit plutôt à Saint-Jean d'Acre ^ siège du gouver^ nement, tous les honunes présents aux délibérations ^ les chevaliers conmie le menu peuple, amis ou ennemis de l'ancien rbi de Jérusalem ^ tous demandèrent que le sire de Montferrat fût aussitôt reconnu et couronné roi'. Ridiard céda enfin , et de Saint-Jeah d'Acre ^ il envoya sahs retard des messagers annoncer son élection à Conrad; mais un crime-, aont l'opinion

' Vinisauf, p. 385. ^ Vinisauf, p. 385; Brompton, col. 1 3^3.

* Idem, p. 385-386. * Cbnfifi. de QailL de Tyr, p. i^4 . ch. xîv.

générale fit^injustement sans doute * remonter la pensée jusqu'au roi d'Angleterre , compromit tout à coup Tespoir qu'on avait eu.

Le jour même où Conrad reçut à Tyr les lettres et les députés du roi d'Angleterre l'engageant à venir prendre les insignes de la royauté , le prince fut assassiné par deux Arabes de la secte des Ismaéliens, adonnés à l'usage enivrant du hachich, qui avaient, quelque temps auparavant, demandé le baptême^.

Haiiri f conta

da CbampagDC,

est dln roi

de J^roialom.

En apprenant cette catastrophe, les chevaliers et le peuple de la ville de Tyr, ainsi que l'armée des Français campée sous ses murs, désignèrent tout d'une voix, pour succéder à Conrad, le comte de Champagne luimême, arrivé sur ces entrefaites dans la ville', ou, suivant un autre récit, déjà venu à Tyr comme un des messagers du roi d'Angleterre ^. Les vœux de Richard furent ainsi promptement accomplis par les événements, et cette circonstance toute fortuite est peut-être l'origine des bruits fâcheux que les ennemis du roi répandirent sur le meurtre du marquis.

Le nouveau roi de Jérusalem était un jeune honmie d'une grande distinction ^. Se trouvant à la fois neveu des rois de France et d'Angleterre, demeuré étranger jusque-là aux dissensions des partis, Henri de Champagne pouvait plus qu'un autre ramener l'union dans le royaume, et compter sur le dévouement des deux armées. Il était cependant désireux de revenir en France ; mais il avait fini par acquiescer aux projets de Richard , et, cédant à ses nouvelles instances, dès le jeudi, troisième jour après le meurtre de Conrad ^, il se laissa proclamer officiellement roi de Jérusalem à Tyr, sans vouloir cependant ceindre le diadème''. En même temps, ou

* Voy. Contin. de Guill. de Tyr, ch. xiii , p. 192 , et p. 1 go les extr. du ma. d. Les faits naturels rapportés ici par ie continuateur de Guillaume de Tyr servent mieux à disculper Richard des accusations passionnées de ses ennemis que les attestations d'innocence bien suspectes du Vieux de la Montagne , insérées par les chroniqueurs anglais dans leurs histoires , et admises jusque dans le recueil de Rymer (Fœdera, t. I, p. 61-62].

* Cf. Vinisauf, p. 386-, Contin. de GuiU. de Tyr, p. 196; Roger de Hoveden, p. 716; Rigord , p. 37 ; Sicardi , col. 6 1 6 ; Noav. rech, sur les Ismaéliens ou Bathiniens de Syrie, plus

connus sous le nom d'Assassins, par M. Defrémery» Paris, i855,p. 70.

* Vinisauf, p. 385.

* Cf. Vinisauf lui-même, p. 388, et le Contin. de Guill. de Tyr, p. 194.

* c Excellentissimus juvenis.» (Rigord; ap. Bouquet, t. WII, p. 37.)

* Contin. de GuilL de Tyr, p. 1 96 ; Sicardi , ap. Murât, t. VII, col. 616.

^ Dans un diplôme de 1196 il sHntitule seulement : t Henricus Trecus , cornes palactinus, Tyri et Accon dominus. • (Liherjur. reip. Genaens. t. I , col. & 1 1 , Monumenia Patrie. Turin, in-fol.)

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