LIVRE I, CHAPITRE XIX
avait fondé et consolidé sa constitution; il s'était, par des moyens réguliers affranchi de la suzeraineté féodale de Tempire d'Occident; il avait achevé 1 pacification intérieure du pays, réglé Tétat des indigènes, en maintenant leu complète soumission sans attenter à l'indépendance de leur culte; il avai formé des alliances utiles avec plusieurs maisons souveraines d'Europe, c appelé la marine chrétienne de toute la Méditerranée à participer à soi conmierce.
Dans notre second livre, qui est le second siècle et le temps le plus pros père de son histoire, nous le verrons recueillir les avantages que les événc ments et la sage direction de son gouvernement lui avaient assurés.
la croix » nobles ou boui^;eois, d*autre penaée. Le royaume était tombé quand Tesprit de la guerre sainte et Tespoir de la conquête de Jérusalem sMtaîent perdus tout à fait en Europe.
La destinée de Tile de Chypre, sous le règne des princes de la maison de Lusignan, fut entièrement difiérente. Fondé par un incident fortuit de la troisième croisade, le nouveau royaume franc dut participer, pendant une première période , aux habitudes et au rôle belliqueux du royaume de Jérusalem, au sort duquel il semblait associé, et dont il n*était, aux yeux de la chrétienté d'occident, qu^une sorte de province détachée. Mais, quand la chute de Saint-Jean d*Acre lui donna une vie propre et indépendante, son régime intérieur se modifia complètement, bien que les formes de sa constitution et de son gouvernement restassent au dehors à peu près les mêmes. La partie civile de ses institutions et de ses lois fut surtout accrue et améliorée; les services militaires furent négligés; ils le furent trop, et, à la longue, ce fut une cause de difficultés et de périls pour les rois. Les émigrants qui arrivèrent en assez grand nombre en Chypre, au xrv* siècle, ne passèrent pas dans File avec des idées de conquête et de croisade. Rs y vinrent pour prendre part aux richesses de son industrie et de son agriculture, ou pour occuper, soit dans Tadministration , soit dans les conseils du prince, les positions qu'une sage prévoyance leur réserva toujours. L'avenir du royaume de Chypre était tout entier dans la continuation de la paix et la conservation de ses ressources industrielles, rôle modeste et subordonné, mais qui n'exclut pas, tous les règnes en témoignent, une constante participation aux travaux de rintelligence. Quand le royaume, en quelques occasions funestes, voulut changer les conditions essentielles de son dévdoppement et tenta de rouvrir Tère des guerres saintes, pour courir après la gloire militaire et de chimériques conquêtes , il s'aiTaiblit et compromit tous les bons résultats qu'avait eus sa séparation du royaume de Palestine.
Progri» Dégagé de l'annexe qui avait été pour lui un fardeau et un danger* le
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dftChirpre royaume de Chypre reçut, en effet, comme une nouvelle existence d'un évé- <« nement qui semblait devoir lui être fatal. Rajeuni et fortifié par le surcroît de population latine qui lui arriva du continent, il sentit sa domination territoriale s'afiermir, il eut dès lors plus de libellé et d'unité dans son action extérieure. *
Durant le siècle que nous venons de traverser, il s'était fortifié et organisé séparément, tout en restant uni politiquement au royaume de Jérusalem. Il