LIVRE I. CHAPITRE I
Tétait alora Jérusalem, qui se trouvait en position d'être secourue à la fois 1102. par les corps d'armée de TEgyptse- et de Damas. Les chefs furent d'avis qu'il fallait se déterminer, pour conquérir Jérusalem, à aller battre Saladin en Egypte, et qu'il valait mieux renArer à Saint- Jean d'Acre que de continuer en Judée une guerre sans résultats.^*
Le roi, forcé par les circonstances de renoncer déGnitivement à l'espoir qui avait été le mobile et le soutien de sa croisade, ne songea plus dès lors qu^aux moyens de faire la paîx avec Saladin et à préparer son départ, déjà si retardé. On recourut encore à Pexpérience de Balian d'Ibelin, estimé du sultan autant que des chrétiens depuis sa défense et sa belle capitulation de Jérusalem^. Le frère de Satadin, nommé Seif-Ëddin, le Saphadin de nos chrociiques, le Malec^Adel des romans, lié d'une amitié particulière avec le nù Richard, suivit aussi les négociations,, et tes facilita, car tout le monde désirait alors la paix en Syrie.
Le 10 du mois d'août 119a, on conclut une trêve de trois ans, trois Trêvo
avec
mois, trois semaines et trois jours ^; ce qui promettait le repos aux croisés i«s masuimatis. jusqu'à la fin de l'année 1195. Saladin avait consenti à laisser aux Francs toutes les villes qu'ils avaient autrefois occupées sur la Méditerranée avec leurs territoires, depuis et y compris Andoche* jusqu'à JafTa, convention qui fut mal observée; il avait exigé l'a destruction entière des fortifications d'Ascalon, de Gaza et du Daron*, trop voisines des frontières d'Egypte. H avait garanti d'ailleurs toutes facilités aux chrétiens pour commercer avec ses États, et il avait assuré de sa protection les pèlerinages au Saint Sépulcre^. Satisfait de ces conditions, bien qu'elles n'offrissent pas les avantages que Balian avait pu espérer un moment au nom de Conrad de Montferrat, le roi d'Angleterre partit de SaintJean d'Acre le jour de la fête de Saint- Denis^, 9 octobre; il était accompagné des deux reines et de la fille de l'ancien empereur de Chypre, à laquelle de nouvelles aventures étaient réservées. Indépendamment de ses possessions territoriales en Palestine , il avait attribué à son neveu Henri de Champagne, auprès de qui restèrent
* Brompton, col. i245 ; Roger de Hove- * Contin. de Guill. de Tyr, p. 1 99 , extr. du
den , p. 7 1 6 ; M. Reinaud , p. 345 ; Vinisauf , ms. d. Jacques de Vitry, Hist, Hierosol. apud
p. 4o3-4o4> Bongars, p. iiaS.
' Contf'n. (^ GuiU. c/e T^r, p. 1 99 , extr. du ^ Brompton, col. ia49; ^' Beinaud,
ms. D. cf. p. 88 et suiv. M. Reinaud, p. 208. p. 346-347, 355-357.
^ Brompton, col. 1349; M. Reinaud, ^ Brompton, col. 1249; Roger de Hove-
p. 356. den. p. 717.
nos. quelques-unes de ses troupes, les 60,000 besants dus encore, sur le prix d'acquisition de File de Chypre, par le roi Guy de Lusignan^, rendu depuis plusieurs mois dans sa nouvelle seigneurie.
Rétuiute Ainsi se termina la guerre préparée et soutenue durant cinq années par
d« la Irobièm* i Tii 1 r
croiMd*. les efforts réunis de TAllemagne, de la France et de l'Angleterre. Si cette expédition, formidable dans ses commencements, n'atteignit pas le but annoncé et tant espéré d'abord, elle eut néanmoins, plus qu'aucune de celles qui parvinrent en Terre sainte après la conquête, des avantages étendus et durables. La Syrie chrétienne lui dut évidenmient son salut. Quand les premiers volontaires de la troisième croisade partirent de leur pays, le royaume de Jérusalem était, de tous côtés, envahi par des forces supériem^s, devant lesquelles il lui était impossible de ne pas succomber : il n'avait plus ni armée, ni roi, ni capitale; on pouvait en réalité compter les derniers jours de sa résistance. A la fin de la croisade, le royaume était reconstitué et raffermi ; ses limites reconnues et respectées, son chef obéi; un port et une place forte de premier ordre, devenue sa nouvelle capitale, abritait son gouvernement et assurait ses conmiunications avec l'Europe; le Saint Sépulcre était au moins accessible à la dévotion des pèlerins, on avait même recouvré l'espérance de le reconquérir un jour; enfin, dans une ile voisine, se fondait un État qui allait donner une vie nouvelle à la chrétienté d'Orient.
^ Gonhfi. de Guill, de Tyr, p. igS, ms. D. de Lyon; HUt. de Chypre, t. II, p. lo et 3i-«