LIVRE I, CHAPITRE V
les cloîtres pour échapper au recrutement et au fisc. Chaque règne avançait le dépérissement des institutions et des forces publiques. Elevés dans Tidée que la majesté impériale ne pouvait déchoir, environnés du cérémonial qui en perpétuait le prestige autour d'eux, les princes considéraient conune des épreuves passagères l'invasion de leurs provipces et l'appauvrissement du trésor. Ils partageaient leur vie entre les plaisirs de la cour et les discussions théologiques, quand il eût fallu redoubler de vigilance et d'énei^ie pour préparer l'empire aux nouveaux dangers qui le menaçaient.
 l'époque où les Francs arrivèrent dans Tile, les villes célèbres que les vuim
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Phéniciens et les Grecs y avaient autrefois élevées n'existaient plus que de <>• i*>i«
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nom. La plupart avaient été remplacées par de nouveaux centres de popu- J* i« coDq»«ie lation, fondés souvent à une assez grande distance des anciennes cités païennes, depuis la conversion du pays au christianisme. Il ne restait plus que des ruines de Salamine, d'Uranie, d'iEpa&a, de Golgos, d'Âphrodisium , d'Âmathonte, d'Idalie, de la première Paphos, et de tant d'autres villes renommées par leur antiquité, leur commerce ou leurs temples. La nouvelle Paphos d'Agapénor et d'Auguste était remplacée elle-même par une nouvelle ville, édifiée en partie sur son emplacement; le jardin sacré de la déesse était devenu le domaine d'une petite église dédiée aux patronnes tutélaires des navigateurs, la sainte Viei^e et sainte Marine. Â l'extrémité occidentale de la plaine d'Amathonte, sur le bord de la plage et à deux lieues de la vieille ville, qui semble avoir subsisté plus longtemps que toutes les autres, s'était formée une cité chrétienne, appelée Neapolis, Némessos ou Limassol. Larnaca remplaçait ainsi l'antique Citium phénicien ou japhétique, la première ville de Chypre; Riso Karpasso, situé dans le haut du Karpas, conservait le nom de Carpasia; Piskopi succédait à Curium, autrefois le siège de l'un des neuf royaumes de Chypre. Cérines ou Kerynia, avec son port; Lapithos, connu par ses chantiers de construction; Idalie, un des vieux sanctuaires chypriotes; Trémithus, où le roi d'Angleterre battit les Grecs; Tamassus, renommé autrefois par ses mines de cuivre, s'étaient renouvelés à peu près sur leurs anciennes positions.
Au temps où le roi Guy devint maître du petit empire d'Isaac Comnène, les villes les plus considérables étaient la nouvelle Salamine ou Famagouste, et Leucotta, que les Latins appelèrent Nicosie.
Famagouste , YAmmochousto$ des indigènes , construite sur les débris d'une ancienne Arsinoé, située au bord de la mer d'Egypte, n'avait acquis quelque
importance, an viii' siècle, qu'en recevant Tarchevéché, les habitants» le commerce et jusqu'au nom de Constantia, ville éloignée de plusieurs milles à Test, dont l'existence avait été assez courte. Ruinée sous Héraclius, lors de l'invasion des Arabes en Chypre, Constantia avait succédé à la première Salamine, fondée par Teucer, fils de Télamon , qu*un tremblement de terre détruisit au iv* siècle de notre ère. Famagouste héritait ainsi du nom et des avantages des deux villes de Salamine et de Constantia; elle était la métropole religieuse de Chypre, comme autrefois Salamine, et elle possédait, en outre, le meilleur port de File, depuis que Tancien bassin fermé de Citium était atterré et à peu près abandonné. Peuplée de Grecs, de Syriens et d'Européens industrieux, Fami^uste acquit par son commerce, sous les nouveaux maîtres du pays, une prospérité inouïe, et rivalisa quelque temps avec les plus grandes villes commerçantes de FOrient.
Nicosie, si^ d'un évéché, était devenue la résidence des ducs ou catapans gouvernant l'ile de Chypre au nom des empereurs. La salubrité de son climat, l'abondance des eaux, l'agrément et la sécurité de sa situation dans l'intérieur des terres, au milieu d'un pays fertile, avaient beaucoup contribué à augmenter sa population , depuis que les musulmans s'étaient emparés des côtes environnantes de l'Asie Mineure et de la Syrie. Nicosie, comme les autres villes de l'ile, possédait de vieilles familles de nobles ou primats, qu'on appelait Phangoamis^, la plupart indigènes et descendant des anciennes maisons souveraines, autrefois nombreuses, quelques-uns venus de Constantinople et pourvus par les empereurs de dotations territoriales, d'emplois ou de dignités. Ce que les écrivains de la troisième croisade nous disent de la beauté des harnachements et des armes des Chypriotes, de la quantité de leurs vases précieux et de leurs richesses en tout genre, nous donne une idée avantageuse de la fortune générale du pays, de l'aisance et du luxe de ceux de ses habitants qui se trouvaient au-dessus des classes rurales. Une partie de cette population libre et aisée quitta probablement l'ile pour n'y plus revenir, quand les Latins l'envahirent; mais ses habitations, ses souvenirs et la masse de la nation restant dans le pays conservèrent à la race grecque son incontestable et immense prédominance numérique.
C'est au contact de cette civilisation , et à ce qu'ils en avaient déjà recueilli en Syrie, que les Francs durent de nouvelles habitudes de goût et d'élégance. C'est à l'imitation et sous l'influence des Grecs, bien plus encore qu'à
* Const. Porphyrogénète, De adm, imp, ch. xltii, t. III. p. 21 4.