‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 71 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VL

jalousie et les récriminations du comte de Champagne. Par prudence 1194.1195. Amaury parait avoir abandonné ou promis d'abandpnner alors à Henri la seigneurie de Jaffa; mais il ne voulut pas renoncer à son titre de connétable de Jérusalem^, bien qu'Henri de Champagne eût remis les fonctions eflectives de la connétablie à un membre de la famille dlbelin ^. Les difficultés qui s'étaient élevées entre le connétable et le prince gouverneur du royaume, au sujet de l'office important chargé de régler le service militaire des chevaliers, provenaient vraisemblablement de la situation exceptionnelle où se trouvait Henri de Champagne. Quoique époux de l'héritière du trône, il ne voulait pas prendre le titre de roi , parce qu'il conservait la pensée de rentrer en France'; d'autre part, n'ayant pas le titre de baile ou régent, puisqu'il ne gouvernait point au nom d'un roi mineur, il lui était difficile d'exercer les droits que les assises conféraient au régent légalement reconnu comme tel. Le comte Henri ne pouvait ainsi révoquer les chevaliers qui occupaient les grandes dignités de la couronne; et la loi du pays autorisait Amaury de Lusignan à garder le titre d'un emploi qu'un autre exerçait réellement.

Rendu dans l'ile de Chypre, Amaury fut frappé de la situation que les Am^ry npr«Dd

» • . *"** partie

donations innombrables de son frère et les empiétements des propriétaires dMdonaiioat avaient faite au souverain du pays. Tous s'étaient agrandis autour de lui et im frère. à son détriment. Il y avait tel seigneur dont le fief était devenu plus considérable que le propre domaine resté au suzerain. Les terres à distribuer, dont le fond avait paru d'abord inépuisable, aux premiers jours de l'occupation, s'étaient trouvées bientôt insuffisantes; et, dès que le cours des donations avait été suspendu , la valeur des biens avait monté rapidement. A Favénement d' Amaury le prix des terres était le double de ce qu'on les estimait lors des premières concessions du roi Guy ^. Le prince seul , après avoir prodigué ses revenus et ses domaines, amoindri au milieu d'hommes qui avaient tous augmenté leur bien-être, s'était vu obligé de réduire son entourage à un petit nombre de commensaux^.

Quelque avantage que dût avoir pour l'avenir du nouvel Etat la générosité conseillée autrefois par Saladin à Guy de Lusignan, ses premiers résultats*

c2e Guill. de Tyr, p. a 08; Paoli, Codice di- ^ Jacques de Vitry, ap. Bong. p. 11 23. ~

plom. t. I, p. 86; Assises, t. II, p. d 3 8. * Contin, de GuiU. de Tyr, p. 189-190,

' Amaury prend encore ce titre dans un ms. 6. édit. Guizot, p. 198; WuU de Chypre,

diplôme de Chypre de Tan 11 97. (Hist, de t. II, p. 8, note. Chypre, t III, p. 596, note, et p. 606.) ' Cont, de GmU. de Tyr, p. 190, ms.'D.

* Hi4t. de Chypre, t III, p. 696. Hist. de Chypre, t. II, p. 9, note.

1194.1195. nuisaient à la considération et à l'autorité du chef, qu^elles avaient appauvri. Dépourvu de ressources , il lui était impossiUe de veiller efficacement à la sécurité du pays ; il ne pouvait assurer à ses vassaux la protection et Tassistance qui étaient, pour le suzerain , dans la vie féodale, la conséquence obligée de la fidélité et du service militaire. Amaury n'eut pas de peine à faire comprendre à ses hoDunes la justice d'une meilleure répartition des biens de la conquête. La plupart consentirent à se dessaisir à son profit d'une portion de leurs terres ou des fournitures qui leur avaient été accordées. Ceux qui refusèrent, car il y eut d'abord quelques résistances^, furent contraints ou amenés ensuite à faire également leur part de restitution. Amaury se vit bientôt maître de propriétés considérables, que sa vigilante administration sut faire valoir en les augmentant encore.

Un registre fut nécessairement formé alors pour constater l'étendue du fief laissé à chaque homme lige, et la nature des services que le tenancier devait en retour à la couronne. L'office chargé de la conservation de ce registre, de la délivrance des pensions, du payement des soldes et des revenus en nature donnés par le prince portait, dans le royaume de Jérusalem, le nom de secrète royale^. L'administration analogue créée en Chypre devint une des institutions principales du gouvernement des Lusignan, par suite de l'accroissement rapide des revenus royaux.

Cr^mîoD Après les premiers soins donnés à la restauration des propriétés et de la

"" «tV * seigneurie qui lui étaient échues, Amaury s'occupa de l'établissement défi- '^7aiina. uitif du clcrgé latin dans rile.Déjà les croisés avaient, en Chypre, des prêtres et des religieux de leur rite. Un chapitre de chanoines avait été institué dans la ville de Nicosie^; des oratoires et des églises étaient desservis ailleurs par des prêtres venus de Syrie et entretenus sur les biens que les Occidentaux s'étaient attribués^. Ces chapelles, disséminées et provisoires, ne suffisaient plus au développement que l'occupation européenne avait pris. Dans le courant de l'année iigS, Amaury chargea l'archidiacre de Laodicée^ de se rendre à Rome et d'exposer à la Cour pontificale la nécessité d'introduire .d'une manière générale et définitive, au milieu d'un clergé schismatique , l'Eglise catholique devenue indispensable aux besoins actuels et à l'avenir de

' Coiif. de GuilL de Tyr, p. 190, ms. g. ' Cartulaire de Saiate-Sophie ; HisL de

Martëne, Ampliss. ColL t. V, col. 638. Chypre, t. III, p. 606.

' Assises, t. I, Ibelin, p. 227, Navarre, ^ Hist, de Chypre, p, SgS.

p. 55o, La Clef, etc. p. 695 ; t. Il» p. xiv. ^ Ibid. p. 600-606.

Page 1