‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 72 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI

la population latine. Célestin HI dél^fua ses pouvoirs à rarchidiacre de 1195.1196. Laodicée lui-même et à Tarchidiacre de Lidda, Alain, pour que ces deux prélats réglassent ensemble tout ce qui concernait l'institution, la hiérarchie et la dotation de la nouvelle É^ise chypriote ^

Sur leur rapport le Saint-Siège, sans toucher enc<»*e aux antiques privilèges des rites orientaux, créa un archevêché latin à Nicosie et trois évéchés, ses sufTragants, dans les villes de Paphos, Limassol et Famagouste^, où résidaient déjà des évéques grecs. L'archevêché latin reçut pour première dotation les deux villages d'Ornithi et d'Aphandia près de Nicosie^, auxquels s'adjoignirent plus tard sept autres villages, que le métropolitain catholique possédait encore au temps des Vénitiens^. 11 eut, en outre, la dime des biens sur un certain nombre de localités les plus importantes de son diocèse, telles que la ville de Nicosie et sa banlieue, les boui^ de Solia, Larnaca, Lapithos, Kythrea, Sigouri et autres, au nombre environ de dix-sept^. Son diocèse s'étendait sur tout le centre de l'ile, d'une rive à l'autre, depuis le golfe de Pendaia et la mer de Garamanie jusqu'au golfe de Larnaca. Vers l'ouest il dépassait les vallées de Solia et de Lefka, et s'arrêtait probablement aux limites du district de Lefka, vers la position de la ville ruinée d'Alexandrie, où des croix gravées sur les rochers marquent encore aujourd'hui les confins des évéchés de Paphos et de Cérines. A l'est il renfermait la Messorée presque entière. Il englobait ainsi dans son vaste circuit les évéchés grecs de Leucosia, Trémithus, Citium, Lapithos, Kerynia, Rythrus, Solia et peut-être encore celui de Tamassus, au nord des montagnes du Mâchera. Le diocèse de Famagouste, établi sur le territoire des évéchés de Saiamine et de Carpasia, dut avoir à peu près les limites mêmes du district actuel de Famagouste, qui comprend la partie la plus orientale de la Messorée et toutes les montagnes du Karpas. L'évêque de Paphos eut dans sa juridiction tout l'ouest de l'île formant les districts modernes de Kouklia et de Chrysochou, et les anciens évéchés d'Arsinoé et de Paphos. Le diocèse de Limassol confinait, à l'ouest, vers le Kilani, à l'évêché de Paphos; au nord et à l'est, aux limites de l'archevêché; dans la direction de l'orient, il n'arrivait pas à

' Bulle du ao février 1 196, p. 699-600. qui fut adressée à Tarchevêque de Nicosie, et

* On ne connaît pas et peut-être n y a-t-il que nous a conservée le cartulaire de Sainte-

paa eu de première bulle qui ait, d*une ma- Sophie; celle-ci est seulement du i3 dé-

nière générale, institué le clergé latin en cembre 1196; ibid, p. 601.

Chypre. Il est possible que la création de ' Hisl. de Chypre , i, lll , p. 601.

chacun des quatre nouveaux diocèses ait eu ^ Ibid. p. 5o2.

lieu par une bulle spéciale,- semblable à celle ^ Ibid. p. 601 , 602.

124 HISTOIRE DE LiLE DE CHYPRE.

1105-UM. la ville de Lamaca, qui était du ressort de la métropole, mais il dépassait Lefkara ^ et s'arrêtait probablement vers le mont Sainte-Croix.

A cbaoun des évéchés furent affectées les terres et les dîmes nécessaires à l'entretien de Tévéque et de son Église. Les moines appartenant au clergé r^^lier reçurent des possessions territoriales, car ils ne devaient pas posséder de dtmes; il leur fut aussi expressément interdit d'exercer les fonctions de curés ou de chapelains. Conformément au nouveau droit canonique, qui avait, depuis plusieurs siècles, substitué l'élection capitulaire à l'ancien mode devenu impraticable de l'acclamation populaire, il fut décidé que les chapitres des quatre églises cathédrales auraient à procéder au choix des prélats destinés à occuper les nouveaux sièges. Leurs successeurs devaient également être désignés par les chanoines^. L'archidiacre de Laodicée, qui avait particulièrement donné ses soins à cette organisation , fut élu évêque de Paphos'. Alain fut choisi par le chapitre de Nicosie conune archevêque et resta chancelier de Chypre^. Le pape accorda peu après au prélat^, pour lui et pour ses successeurs, le droit de porter, aux grandes fêtes de l'année, le pallium, longue étole blanche, qui était , dans l'ancienne Eglise, la marque la plus éminente de la dignité épiscopale. Il ne fut rien dit, dans les bulles d'institution, de la position de l'archevêque vis-à-vis des patriarches d'Orient. Mais des témoignages postérieurs établissent que l'Eglise chypriote, durant le règne des Lusignan, ne jouit pas toujours de l'entière autocéphalie qu'elle avait eue sous les ducs byzantins, et qu'elle fut, de fait, soumise, au moins en quelques circonstances, à la visite du patriarche latin de Jérusalem résidant h Saint-Jean d'Acre ^

dM Grec*.

puinu>t L'établissement de l'Eglise latine ne compromettait pas l'existence de l'Église

grecque et n'amoindrissait pas encore sensiblement ses immunités. Les deux communions auraient pu vivre en paix ainsi rapprochées; mais il aurait fallu, chez les Grecs, une résignation voisine de l'abaissement, et chez les Latins une modération qui eût semblé l'abdication d'un devoir. L'Eglise grecque conservait ses quatorze évêchés, son rite et ses propriétés presque entières. L'Église latine avait ses fidèles et ses moyens de subsistance bien

^ G>nstit. de i a6o ; Labbe , ConciL t. XI , ' Bulles de Célestin III, de 1 1 96 et 1 1 97 ;

col. 1037; Reinhard, t. II, pr. p. 55-56. HisL de Chypre, p. 602, 6o5, et p. 606,

* Hist. de Chypre, t. III , p. 6o3 . 606. note a. ^ Ihid, p. 606. ^ Contin. de GttiU. de Tyr,p. 456 ; Amadi .

* Ihid, p. 606-607. fol. 174.

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