District de Chrysocho
Le nom de ce district, le plus montagneux de l'île, rappelle ses anciennes richesses minéralogiques, aujourd'hui abandonnées, si ce n'est épuisées. M. Gaudry s retrouvé les fouilles et les scories d'immenses exploitations métalliques faites dans l'antiquité et depuis longtemps délaissées aux lieux suivants : \^ k Poli tou Chrysochou, chef-lieu du district, et le point le plus productif, non loin de l'embouchure de l'Aspro Eremo; 2** à Lisso, village situé à, trois lieues de Poli vers l'Orient ; et 3«> au lieu àiiBginhoussa, à une demi-lieue au nord de Lisso. On extrayait de ces mines du fer et du cuivre, surtout du cuivre, métal dont le nom est peut-être passé à l'île même. Rien n'y indique la présence de l'or, et il est extrêmement douteux qu'un examen sérieux confirmât l'opinion des gens et des historiens du pays sur l'apparition fréquente de paillettes d'or dans les eaux de ses torrents. Les travaux mé'tallurgiques ont amené' le déboisement de toutes les montagnes envirt)n-
nantes que d'épaisses forêts couvra,ient autrefois. Le Chrysocbo renferme encore la partie occidentale de la forêt de rOlympe et donne du bois au-delà de la consommation de l'île. Les anciens bois de VAcamai, à l'extrémité de Tîle, où se trouve la Fontana amorosa, petite source sur la côte du nord, ne sont aujourd'hui que des taillis qui n'abritent plus ni daims ni cerfs, ni même des moufflons dont l'espèce s'est retirée dans le Troodos. On y trouve pourtant des porcs et des bœufs redevenus sauvages.
Le Chrysocbo, a quarante cinq lieues carrées environ, avec une population de 5,000 âmes, dont 3,500 Grecs. Sa culture et ses productions sont analogues à celles du Paphos, mais inférieures en qualité et en quantité. C'est le plus pauvre district de l'île. Un grand nombre de ses habitants vivent en vrais troglodytes, dans des cavernes creusées aux flancs des montagnes qui, dans la partie occidentale comme dans le nord du Paphos, descendent presque à pic jusqu'au bord de la mer. Un voyageur est pour eux un homme rare et curieux. Le chancelier du roi Richard !«•■ lit naufrage sur les rochers de ces côtes. Un paysan vendit aux Anglais campés à Limassol le sceau royal qu'on avait trouvé suspendu à son cou.
Cathiga ou Kaîga, dans les montagnes du distiict produit un bon vin rosé. A peu de distance de laillia, village turc, au nord du district, sont les ruines de l'abbaye française de JaïUe. On signale comme méritant d'être exploré le lieu dis tous Potamous, près de la mer du Nord, à l'ouest de Poli, et de vieilles grottes sur la côte opposée vis-à-vis de l'îlot de Koppo ou d'Akonas. A trois quarts de lieue an sud de Poli tou Chrysochou, le chef-lieu, se trouve le petit village de Chrysoeho, entièrement turc. C'est l'ancien domaine français de Crusocque, Ses vergers donnent des oranges et des citrons doux d'un goût exquis. — A la limite orientale du district près de la mer, le mouillage et le cap d'Akûcandrète ou de Sainte-Hélène, que les Français appelaient Xeœawdreies, rappelle vraisemblablement le voisinage
de VAlexandria de Chypre. Ce n'était pas une simple désignation topographiqae. Il y avait un village et un fief d'Alexandi'ète. Il appartint aux comtes d'Édesse et passa ensuite au domaine royal. — Les montagnes voisines renferment beaucoup de cristaux d'analcime, qu'on appelait autrefois diamants de Chypre, — Le village de Drymou, dans le haut du district, à Test de Kathiga, possède une industrie qui mérite d'être signalée. Les femmes y brodent, avec des soies de diverses couleurs, des nappes et des serviettes d'un cachet remarquable d'originalité et d'élégance. « Si l'industrie des femmes de Drymou, observe avec raison M. Gaudry, était connue hors de la région sauvage qu'elles habitent, nul doute que leurs produits ne trouvassent un placement avantageux. »