District de Lefca ou Levca et de Solia
Ce département, généralement appelé le district de Lefca, du nom de son chef-lieu, est aussi nommé district de SoHa, nom de la plus belle des vallées qui le traversent du sud au nord. Réuni au Morpho sous les Lusignans, il s'appelait alors la contrée de Pandée. Pendaïa est le nom du petit pays de plaine qui se trouve au-dessous de Lefca et de Solia, sur les bords du golfe du Pendaïa. — Le Lefca a une étendue de quarante deux lieues carrées environ, trenteneuf villages et une, population de 7,000 âmes, dont 4,600 Grecs. Son territoire comprend deux régions d'aspect et de nature bien diJQTérentes, mais toutes fertiles. Au nord, se trouve la plaine du Pendaïa, rattachée vers l'est à la plaine de Morpho, et une zdne privée d'arbres, mais trèsriche, que traverse la vallée de Lefca, suite et prolongation de la belle vallée de Marathassa. La partie méridionale est formée par les montagnes du Troodos et de l'Adelphe, dont les sommets sont compris dans les limites du district. C'est là que se trouve la plus grande partie de la forêt de l'Olympe, le joli pays du Myrianthoussa, émaillé des fleurs
les plus variées et les deux rallées de Marathassa et de Solia les plus considérables et les plus belles de Tile entière.
La Tallée de Marathctssa ou Maretkasse est la partie supérieure de la vallée générale de Lefca, celle qu'ombrage la forêt de TOlympe et qui traverse le Myrianthoussa. Elle est très-sinueuse et resserrée entre deux chaînes de montagnes qui longent le Satrachos. Une infinité de ruisseaux la sillonnent. On y trouve une grande variété d'arbres fruitiers depuis le grenadier, l'oranger, jusqu'aux noyers, aux pommiers, et même aux cerisiers, rares d'ailleurs en Chypre. Ses nombreux jardins suspendus au flanc de la montagne sont généralement entourés de haies de rosiers, et tout le canton offre les sites les plus gracieux et les plus pittoresques. — La vallée de Marethasse ne compte que sept villages. Les principaux sont Kalapanaiotiy appelé aussi Marathassa; Modoula qui a des eaux minérales comme Kalapanaïoti ; Bédmla et Py^odromo, les plus rapprochés de la cime de l'Olympe. Les habitants de la vallée, presque tous grecs, sont généralement industrieux. Ils fabriquent des eaux de senteur ; ils vont récojter la poix et le goudron dans la forêt. Ils font le métier de marchands ambulants et se rencontrent dans toutes les parties de Tile où ils vendent les produits de leur sol et de leur petite industrie.
Les religieux de saint Basile ont construit dans les hauteurs des monts Olympe de nombreux monastères. QneU ques-uns sont devenus célèbres ; tous occupent des sites admirables. Je n'ai pu en visiter qu'un seul, le plus fameux. Notre "Dame de Kykko, où vivait, en 1196, le moine Néophyte, témoin ému de la conquête de Tîle par les Francs. Il s'élève sur une montagne de 1,100 mètres, audessus de la mer, à la naissance de la vallée de Kampo, près du Myrianthoussa , quatre lieues à l'ouest de la cime de Troodos. C'est le plus riche couvent de l'île et le plus fréquenté des pèlerins qui s'y rendent de l'Asie Mineure, de la Roumélie et de la Russie. Il possècle de nombreux
domaines en Moldavie et en Valachie. Son histoire^ écrite par Mélétios, a été imprimée à Venise en 1819. — Entre Kykko et le Troodos, au centre du Marethasse et du Myrianthousse, se trouve, près de Kaminaria, le couvent élevé en l'honneur de Saint- Jean Tliluminé, originaire de la vallée même, Hagios lohannis Lampadisti. — Les avantages de la situation de Notre-Dame du Troodos dans la partie la plus méridionale du district ont frappé M. Gaudry . . « Situé à la base des escarpements sud du Troodos, point « culminant de. Tile, dit le savant voyageur, ombragé par « des bois d'arbres verts, arrosé par une source d'eau « froide qui s'échappe des cimes de la montagne, Troodi- « tissa parait comme un lambeau de la Suisse transporté « sous le ciel de Syrie. » On y trouve les productions et les plantes des 2ones tempérées.
La vallée de Solia est moins pittoresque, mais plus large et plus riche que celle de Lefca. Elle est arrosée dans
^ toute sa longueur par le Xéropotamos ou Klari, qui sejette dans le golfe de Pendaîa. Ses terres fertiles produisent en abondance de la soie, du coton, du lin, du sésame, des légumes secs, de la coloquinte et quelques céréales. — Je n'ai pu visiter le village de Solia ou Solea, et je ne le trouve pas inscrit au registre de Talaat. M. Fourcade paraît cependant l'avoir connu et y être passé. L'exactitude que cet homme estimable apportait à ses travaux donne un grand prix à ses observations. Soléa ou Solia, d'après M. Fourcade, est le village le plus considérable de la vallée. Il est situé à plus de deux lieues de l'emplacement qu'occupait l'antique ville de Soli dont il a pris le nom. Sa population est mélangée de Turcs et de Grecs. Les an-
• ciens documents français mentionnent une localité de la Solie, qui doit être ou la vallée ou le village de Solia. Sans pouvoir préciser sur ma carte la position du village,, j'ai marqué, d'après quelques vagues indication, une église de Sollia, au nord et dans le voisinage d'Evrikou, qui est un des principaux villages de la vallée. Solia et Evrikou
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seraient-ils une seule et même localité? j'incline à le croire. — M. Gaudiy signale les terrains d'Evrikou ainsi que ceux de Galata, situé plus haut dans la vallée, comme les points de Tlle qui donnent les produits les plus variés. La plaine de Lapithos et de Lapais leur est seule supérieure, à cet égard. — Les cotons d'Evrikou et ceux de Solia sont les meilleurs de Tile, mais les plantations sont faites dans ces vallées sur une moins grande échelle. que dans les plaines. — Kacopétria, plus élevé encore que Galata et situé presqu'au pied du Troodos, est riche en fruits et en bois de construction. — Korakou, gros village, peut-être l'ancienne Limenia, presqu'en face d'Evrikou, fut un fief des Ibelin.
Lefca, le chef-lieu du district, est un des plus grands et des plus beaux villages de l'île. Un commandant turc et un cadi y résident au milieu d'une population de 1,400 âmes environ, presque entièrement turque. Peutêtre faut-il placer en ce lieu l'ancienne ville de Satrahus ou Satrachos (1). Lefca est situé sur la rive gauche du Satrachos, à deux lieues de la mer. Son territoire est parfaitement arrosé par les canaux d'irrigation. Ses maisons, généralement propres et bien bâties, sont entourées de vastes jardins remplis de palmiers, d'orangers, de grenadiers, de figuiers, d'abricotiers. Ils sont renommés dans l'île entière comme ceux de Poli tou Chrysochou et de Chiti. On y voit aussi des bananiers. Le pays produit les meilleurs fruits de l'île et en assez grande quantité pour qu'une partie soit livrée à l'exportation dans l'intérieur de l'île' et même au dehors. — Le mouillage de Karavostasi, port de Lefca, reçoit annuellement une vingtaine de navires qui prennent des chargements de bois pour la Caramanie, • quelque peu de soie pour l'Egypte et des céréales pour les
(1) Peut-être, au contraire, la ville de Satrachos se trouvait-elle à Tendroit couvert de ruines que Ton nomme Paliachoro^ à 5 kilomètres ouest de Tembouchure de la rivière, au lieu où, par erreur, est écrit sur ma carte Soli?
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iles de l*Archipel. C*est le port des monts Olympes. — A L'ouest du district, au bas de Pyrgos, village dout les oliviers sont les plus productifs de l'île, se trouve une petite rade d'où quelques chargements de bois partent annuellement pour la côte de Syrie. J'ai vu, au-dessus des rochers, la tour ruinée du vieux phare que nos rois et vraisemblablement les Vénitiens entretenaient soigneusement dans ces parages pour signaler le mouillage aux navigateurs. On l'appelle encore To Phanari, Non loin de là, vers l'est, près du cap Limniti et des rochers nommés les Deux amants, j'ai remarqué une antique borne mil liaire.