MM. le marquis M. de Vogué et Waddington
' § 6 Impartance relative des villages et leur nationalité.
La liste des villages chrétiens dressée par les soins de Talaat-Effendi ne m'a pas seulement servi, comme les nomenclatures de l'archevêché et du capitaine Graves, à constater l'existence des localités dont les cartes et les itinéraires me donnaient, par approxi-
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mation , la place. La liste du gouverneur indique le nombre d'imposés chrétiens de chaque bourg ou village, à Texception de Nicosie, la capitale, mis6 en dehors et qui n'appartient à aucun district. J'ai pu, d'après cet élément, retrouver à peu près le chiffre total de la population de chaque localité et marquer son importance relative, quant à la partie chrétienne de ses habitants, du moins. Au moyen de signes particuliers, j'ai distingué les villages ayant moins de 35 contribuables ou 200 habitants, ce sont les plus nombreux; ceux qui fournissent de 35 à 85 contribuables, et enfin les bourgs qui possèdent au moins 85 contribuables, chiffre représentant une population environ de 400 à 500 habitants. On peut compter, en effet, dans chaque localité, cinq à six habitants pour un contribuable, les femmes, les enfants, les papas, les caloïers et tous les autres membres du clergé se trouvant encore, en 1841, exemptés de l'impôt, privilège qui a cessé vers 1845. Ces chiffres ne se rapportent qu'à la partie chrétienne de la population, c'est-à-dire aux Grecs, aux Maronites et aux Arméniens, tous raïas et sujets du Grand Seigneur. Les Maronites, d'ailleurs, accablés de vexations jusqu'à ces derniers temps par les Grecs, sont bien diminués en Chypre. Us ne forment guère qu'une population de douze à treize cents âmes et n'ont plus que cinq ou six villages dans le district de Lapithos et Gérines. Quelques-uns habitent en outre Nicosie et la Scala. Les villages de Platani, Komokipos et Spathariko dans la Messorée
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étaient autrefoisarmeniens.il paraît, en outre, qu*un village arménien d'Haïos Makarios a persisté plus que les autres dans le district de Gerines. Je n'en vois plus trace dans les registres financiers.
Je trouve qu'il y a environ en Chypre 130 villages ou bourgs exclusivement ou presque exclusivement turcs. Je n'ai pas le chiffre distinct de la population de chacun de ces villages, mais on croit que l'ensemble de la race musulmane dans l'île est le tiers à peu près de la population générale et s'élève à 33 ou 34,000 âmes. Les Turcs paient aussi un impôt nommé salguin équivalant à peu près au cinquième de la contribution que l'île doit rapporter au gouvernement. Un signe particulier distingue des autres localités de ma carte les villages turcs dont j'ai pu connaître la position. .
DIVISIONS ANCIENNES ET MODERNES DES DISTRICTS. LIMITES DES DISTRICTS TURCS.
Lnmte$ des districts de l'île.
L'état de Talaat-Effendi m'a encore servi à tracer, à ébaucher, au moins, les limites entre les divers districts de l'île, et je ne crois pas me tromper en
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i38 l'île de guypre.
attachant une réelle utilité à cette partie de mon travail (i), quelque approximative qu'elle soit sous le rapport physique, parce qu'aucun essai semblable n'a été tenté sur les cartes anciennes ni modernes.
Quelques-unes des anciennes cartes, de petite dimension et peu chargées de noms, comme les cartes de Venise de 1570 et la première carte de Goronelli, indiquent bien d'une manière générale les limites des onze contrées de l'île; mais, dès que l'échelle s'agrandit et que le terrain se charge un peu, comme dans la carte de 1566, dans la grande carte de Cioronelli et dans les autres cartes spéciales, on ne marque plus la division des districts ou des contrées, parce qu'on n'a su où placer les lignes de dé«» marcation qui devaient séparer les villages respectifs de chaque district. C'est la délimitation que j'ai cherché à effectuer sur ma carte, délimitation qu'il m'eût été impossible de retrouver et de figurer sans les tableaux de Talaat-Effendi et du capitaine Graves.
La liste de Talaat répartit les villages de Chypre en onze districts seulement, mais plusieurs de ces départements sont doubles et formés de deux territoires, tour à tour séparés ou rapprochés suivant les convenances de l'administration. Les listes de l'ar-
(1) J'en ai aujourd'hui la preuve en voyant que mes divisioni ont été adoptées et reproduites dans la plupart des cartes de Chypre données depuis la publication de la mienne. Mais je dois répéter que j'ai tracé cea limites d'une manière trés^pproximatiTO, d'après les rensaignemenu locaux souvent contradictoires et en m'aidant surtout du registre financier du pacha (1878).
SA SITUATION PRÉSENTE. i39
chevêche ou du capitaine Graves n'indiquent pas ces réunions de circonstance, et portent à seize le nombre des districts de Tile, qu'on'appelle en turc Cazas^ ou Cazabasj en grec Éparchtes. J*ai conservé cette subdivision la plus nombreuse, comme donnant un degré supérieur d'exactitude et de classification géographique.
Je veux rappeler ici rapidement, avant de continuer, quelles ont été les anciennes divisions géographiques de nie, parce que plusieurs des vieilles dénominations se sont conservées jusqu'à nous.
La haute antiquité compta en Chypre jusqu'à neuf royaumes différents et indépendants :
i . Saiamine, le plus considérable. G*est la ville appelée plus tard Constantia, dont les ruines pulvérisées se trouvent sur la plage, à Test de Famagouste, près du marais fétide appelé encore La Costanza.