DÉCRET DE LA REINE
POUR LE GOUVERNEMENT DE l'ILE DE CHYPRE
Signé an Conseil privé tenu à Balmoral le 14 septembre 1878.
{Gazette de Londres du !•' octobre)
i. L'Ile de Chypre sera gouvernée par un Haut Commissaire, Commandant en chef, nommé par la reine.
2. Le Haut Commissaire administre au nom de la reine, en se conformant aux instructions qui lui sont adressées par Sa Majesté ou ses ministres.
3. Il a un sceau officiel, qui sera considéré comme le sceau public de File jusqu'à ce qu'un sceau public officiel soit créé pour nie.
4. Il y aura dans Tile un Conseil Législatif, constitué ainsi qu'il va être dit.
5. Le Haut Commissaire a le droit de rendre, de concert avec le Conseil, et en se conformant aux instructions de Sa Majesté, les lois et les règlements qui lui paraîtront nécessaires pour le maintien de la paix et de l'ordre public et pour le bon gouvernement de l'Ile. Sa Majesté pourra confirmer ou rejeter tout ou partie de ces lois et règlements.
6. Le Conseil Législatif sera composé du Haut Commissaire et d'un certain nombre de membres, quatre au moins
(1) Lettre de Nicosie du 9 octobre 1878. Le Tîmet, Weekly édition^ 25 octobre.
et huit au plus, sans compter le Haut Commissaire, lesquels membres seront nommés par la Reine, ou provisoirement par le Haut Commissaire , sauf confirmation ultérieure de la reine. La moitié de ces membres sera prise parmi les personnes occupant des emplois ou des fonctions publiques dans rile. Ils se nommeront membres officiels. L'autre moitié sera choisie parmi les habitants notables de Tlle. Ils se nommeront membres non officiels. Ils seront institués pour deux ans et seront rééligibles.
7. Au cas de mort, d'absence ou d'incapacité d'un membre du Conseil, officiel ou non officiel, le Haut Commissaire peut provisoirement pourvoir à son remplacement.
8. Les membres du Conseil peuvent toujours être révoqués par la reine.
10. Le Haut Commissaire, ou un membre désigné par lui par écrit, a la présidence du Conseil. Les résolutions sont prises à la majorité des voix des membres présents. La voix du président est prépondérante et décisive.
11. Le Conseil, pour agir et délibérer valablement, doit être composé au moins de trois membres, sans compter le président.
15. Le Haut Commissaire peut suspendre tous conseillers officiels ou non officiels, en se conformant aux instructions de Sa Majesté.
16. Tout conseiller non officiel peut résigner ses fonctions ; mais sa démission ne devient effective qu'après son acceptation par le Haut Commissaire ou par la reine.
17. Toute loi, décret ou ordonnance, rendu par le Haut Commissaire, de concert avec le Conseil, doit être promulgué au nom de la reine.
18. Au cas de danger imminent, le Haut' Commissaire pourra décréter (seul) telles ordonnances qu'il jugera nécessaires pour la paix publique et le bon gouvernement de l'île. Ces ordonnances n'auront de valeur que pour une durée de six mois au plus , si elles ne sont rapportées plus tôt par la reine ou par le Haut Commissaire.
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19. Toute loi ou ordonnance rendue par le Haut Commissaire et le Conseil, et non approuvée par la reine, cessera d'avoir son effet du jour de la publication de Tannulation qui en sera faite par le Haut Commissaire.
20. Le Haut Commissaire peut faire légalement au nom de la reine toutes concessions de terres dont Sa Majesté pourrait elle-même disposer légalement dans Fîle.
. 21 . Il a la nomination des juges, des juges de paix et de tous autres officiers nécessaires au gouvernement de Tlle, sauf la ratification de la reine. Tous ces magistrats peuvent être révoqués par Sa Majesté.
22. Il peut accorder au nom de Sa Majesté à tout délinquant ou criminel, reconnu coupable devant n'importe quelle cour ou tribunal , remise totale ou partielle de sa peine.
23. Il peut remettre toutes amendes payables à Sa Majesté qui n'excéderaient pas la somme de 50 livres sterling (1,250 fr.). Il peut suspendre le paiement de toutes amendes supérieures à 50 livres, jusqu'à l'avis de Sa Majesté à lui notifié.
24. Dans les cas graves, il peut suspendre, provisoirement, toute personne exerçant une fonction publique dans l'île ; et la suspension a son effet jusqu'à l'avis de Sa Majesté.
25. Il y aura dans l'Ile, pour assister et éclairer le Haut Commissaire, un Conseil exécutif y lequel sera composé des membres que la reine désignera ultérieurement et qui resteront en fonctions tant que tel sera le plaisir de Sa Majesté.
26. Au cas de décès, d'absence ou de révocation du Haut Commissaire, ses pouvoirs passeront aux mains de la personne nommée dans cette prévision par la reine, et à défaut de désignation spéciale, à l'officier militaire le plus élevé en grade présent alors dans l'île et y commandant des troupes régulières de Sa Majesté.
28. Le présent ordre royal aura son effet immédiatement après sa promulgation en Chypre.
Construction de la carte de Chypre.
Limites des districts. — Tableaux des villes
et villages (1).
PÉRIMÈTRE DE l'iLE. — PROCÉDÉ EMPLOYÉ
POUR l'itinéraire.
Tout voyageur, en parcourant un pays dont on n'a pas encore de carte détaillée et mathématiquement exacte, peut rendre de grands services à la géographie par les plus simples observations, sans avoir besoin d'effectuer les opérations rigoureuses de la triangulation. Il lui suffit, la boussole et le crayon à la main, de noter avec attention et intelligence la direction et les accidents de sa marche. Les plus simples mentions, dans cet ordre de faits : l'orientation réciproque de deux villages, la distance de deux localités voisines, l'élévation ou la déclivité du
()) Je réimprime ce Mémoire à peu près tel qu'il a déjà paru en 1863 dans la Bibliothèque de. V Ecole des charte», 5e série, t. IV, p. 3. Quelques compléments et quelques rectifications sont introduits dans la texte ou dans les notes. Les divisions sont mieux indiquées.
terrain entre Tune et l'autre, le passage d'un pont ou d'un gué, la rencontre d'une fontaine, d'un bois ou d'une Vieille chapelle, toutes ces circonstances, en apparence insignifiantes, réunies en un journal ou résumées sur une carte, apportent un contingent extrêmement profitable à la géographie et souvent à l'histoire. Pococke, Drummond, Toumefort, Peyssonnel, Shaw, n'ont pas employé d'autres méthodes, et l'on sait de quelle utilité sont les cartes et les relations de ces savants voyageurs.
Si je me permets de citer mes travaux après des noms si recommandables, c'est que, d'une part, je crois n'avoir rien négligé, en dehors des procédés géodésiques, de tout ce qui pouvait m'aider à constituer la carte moderne de l'île de Chypre, et que, d'autre part, les résultats auxquels je suis arrivé, par des moyens à la portée de tout le monde, ont obtenu l'approbation des géographes les plus compétents. Qu'il me suffise de nommer M. Walckenaer, le colonel Lapie, le général Pelet, le capitaine Graves, de la marine britannique, et M. Jomard.
Je vais donc décrire la manière dont j'ai dressé ma carte et expliquer comment je l'ai successivement augmentée, je puis dire enrichie, mais non complétée, d'indications nouvelles, indépendantes de mes premières observations faites directement dans le pays. Ma description ne sera qu'une mention rapide de la méthode que j'ai suivie et des matériaux géographiques ou statistiques que j'ai eus à mettre
en œuvre. Un volume serait nécessaire pour exposer en détail et pour discuter, avec quelque suite, les observations et les documents qu*il m*a fallu rapprocher et combiner.
§ l Périmètre de nie.
Quand je me rendis en Chypre pour la première fois, en 1845, le meilleur contour de Tile était celui qu'avait donné le capitaine Gauttier, dans sa carte du Bassin oriental de la Méditerranée, publiée par le dépôt de la marine, sous le ministère de M. d'Haussez. L'échelle adoptée par le capitaine Gauttier étant infiniment trop petite pour un travail spécial et détaillé, j'en demandai et obtins au ministère de la guerre un agrandissement à l'échelle de aso îo o c C'est un développement bien suffisant et très commode pour tous les itinéraires. Je l'ai toujours conservé depuis, et il forme la mesure normale de ma carte définitive.
Pour donner une idée de la grandeur relative de cette échelle, je rappellerai que la carte de France dressée par l'état-major est au quatre-vingt -millième ^ç,^; c'est-à-dire qu'un millimètre de cette carte répond à 80 mètres de terrain. Son échelle est donc un peu plus grande que celle de Cassini, dans laquelle une ligne représente 86,400 toises. Ma carte étant au deuz-cent-cinquante-millième, c'est-
à-dire un millimètre y répondant à 250 mètres de terrain, son échelle est un peu moindre que le tiers de la grande carte de France de Tétat-major. Elle a cependant une surface très suffisante, comme je le disais, et toutes les particularités saillantes d*un itinéraire peuvent y être facilement figurées ou mentionnées, jusqu*aux plus simples accidents du terrain. Une lieue commune, de 25 au degré, y occupe un espace de dix-sept millimètres.
J'ai obtenu, en 1849, tout ce que Ton pouvait désirer de plus exact pour le périmètre de Tîle dQ Chypre , par la publication de la carte marine de nie due à l'amirauté anglaise , et grâce à la connaissance que je m'estime heureux d'avoir faite de son auteur, le capitaine Graves, mort depuis quelques années à la Floriane, faubourg de Cité La Valette, oîi il goûtait le repos dû à ses longs voyages, en remplissant les fonctions de commandaiit du port de Malte. Cet excellent homme voulut bien mettre à ma disposition entière ses notes sur les côtes de Chypre, ses dessins, son itinéraire et une précieuse nomenclature des villages de l'île avec leurs noms grecs et turcs, bien plus détaillée que les listes que j'avais précédemment obtenues de l'archevêché grec de Nicosie, bien que cette nomenclature elle-même ne soit pas tout à fait complète encore, comme je le montrerai plus loin.
Le tracé maritime du capitaine Graves, dont l'échelle se trouvait être la môme que j'avais précédemment adoptée, est devenu le nouveau tracé de
ma carte actuelle. Cette amélioration du contour de nie n'a pu d'ailleurs influer sur le détail de mes itinéraires et de mes observations dans Tintérieur, qui tous avaient été d'abord portés dans l'ancien périmètre agrandi du capitaine Gauttier.
§ 2 Procédé employé pour tracer mon itinéraire.
« Après avoir marqué, sur les bords et dans l'intérieur de l'île, les positions bien déterminées de Larnaca, Nicosie, Famagouste, Cérines, Limassol et Paphos, voici comment j'ai procédé pour tracer mes itinéraires et pour y rattacher, chemin faisant^ le plus d'observations que je pouvais recueillir.
J'avais, avant mon départ, étudié la vitesse de ma monture, et calculé qu'elle parcourait, en moyenne, i kilomètre par quart d'heure dans la plaine ; ce kilomètre et ce quart d'heure, qui répondent à peu près, dans l'échelle actuelle de ma carte, à 0,004 millimètres ou presque un demi-centimètre, a été mon unité. C'est d'après cette base que j'ai calculé toutes me$ distances, notant attentivement^ la montre à la main, l'heure et la minute du départ, les moments de halte et le moment oîi je me remettais en route, tenant compte, aussi exactement que je le pouvais, des accidents qui modifiaient la marché, l'accélérant ou la retardant, dans les pays de montagne. Tout cela, je le sais, n'est qu'approximatif.
J'ai cependant la confiance que mon itinéraire et ma carte, si Pon veut bien les comparer aux cartes anciennes de llle, à celles notamment qu'ont pu* bliées Pococke, Coronelli, Jauna et Reinhard, ajouteront beaucoup à la connaissance géographique de l'île de Chypre, et rectifieront de nombreuses erreurs de position et de dénomination.
Pour les directions, je me suis servi de la boussole construite par le capitaine Burnier, petit instrument d'un emploi très facile, même à cheval. L'aiguille est fiixée à un cercle gradué qui tourne sur un pivot, suivant les inclinaisons diverses de la marche par rapport au méridien ; les chiffres du cercle se présentent à l'œil de l'observateur par une ouverture pratiquée dans l'épaisseur de la boîte et m^nie d'un verre grossissant. Un arc de cercle en cuivre se relève au-dessus de la boîte et soutient, par un mouvement de tension, une soie ou un crin de cheval, qui marque sur le cercle la graduation précise du lieu que Ton vise. Un petit pied adapté à la boîte permet de tenir facilement la boussole à la main si on est à cheval, ou de la fixer au bout d'un bâton, dont on plante l'autre extrémité dans la terre, si on veut faire une observation à pied et avec plus de loisir.
Je prenais ainsi l'angle de ma route toutes les fois qu'elle changeait sensiblement dans sa direction générale. Du village où je me trouvais, je visais, quand il m'était possible, le village où je me rendais, répétant l'observation, une fois parvenu à celui-ci.
quand le temps et les lieux me le permettaient. En arrivant dans les montagnes, je ne manquais pas de tenir compte de l'élévation et de la position relative des villages, de noter (à vue d'œil) l'élévation, ou les descentes principales et les hauteurs relatives des villages que je traversais. J'ai pris, au moyen du baromètre Bunten, et quelquefois au moyen de l'appareil à ébullition de M. Regnault, dont je m'étais muni, la hauteur des points principaux des montagnes du Kantara, du Saint-Hilarion (1), du Stavro- Vouni et du Mont-Olympe ou Troodos, qui sont,
(l) Je citerai un exemple de ces observations, qui sont fort simples à exécuter et pour lesquels il suffit de se laisser guider par les formules et les tables de M. Oltmanns, imprimées dans l'Annuaire du Bureau des longitudes. Voici mes calculs pour trouver la hauteur du Saint-Hilaifbn ou Dieu d'AmoUr.
Observation faite sur la tourelle la plus élevée du château de Saint' Hilarion, le 22 janvier \%4&, à trois heures et demie du soir. Beau temps, chaud.
Thermomètre libre, à Fombre, 9*.
Baromètre : haut, 37l,9
bas, 327,7
702,6 Therm. du barom. = 10*.
Observation la plus rapprochée dans les tables que fai dressées à la Marine de Lamaca, au bord de la mer. Le 2 janvier 1846> d trois heures du soir. Beau temps.
Thermomètre libre =. 15* Baromètre : haut, 405,5 bas, 360,0
Therm. du barom. = 16«,5.
La Marine, station inférieure, h =: 765,5 et répond dans la première table de M. Oltmanns à 6,208- = a,
Saint-Hilarion, station supérieure, h' » 702,6 et répond dans la pre* mière table de M. Oltmanns à 5,523",8 « b,
T, T représentant les températures centigrades des thermomètres
avec le Mâchera, où je n'ai pu aller, les pics culminants du système orographique de Tîle. Afin de remédier, en partie au moins, au défaut de Tobservation simultanée au bas de la montagne, j'avais dressé, pendant mon séjour à Larnaca, une table d'observations à des heures et par des temps trèsvariés, de façon à pouvoir y choisir, pour l'état du baromètre au bord de la mer, des conditions à peu près semblables à celles oh j'étais au haut de la montagne. Il y a toujours erreur dans le calcul, mais, par ce moyen, l'erreur est bien moindre.
C'est en coordonnant toutes ces observations que j'ai dressé mon itinéraire et placé toutes les localités traversées ou aperçues dans ma route.
adhérents aux baromètres, et t, t' étant les températures des thermomètres k air libre, nous trouTons que T — T' •« 16^,5 — 10 = 6^,5 et répond dans la seconde table à 9", 5 »v qui seront pour nous e. ^+ r = 15»+ 9« = 24«.
D'après la formule donnée par M. Oltmanns, nous yoyons déjà que la hauteur approchée du Saint Hilarion est : a — ^ — e, c'est-à-dire : 6208 — 5523,8 — 9,5 ou 674",7.
Il y a maintenant deux corrections à faire sur cette évaluation afin d'approcher davantage de la hauteur vraie.
Pour la première correction, dépendant de la température des couches d^air, je trouve quUl faut ajouter 32ib,4 par suite de ce calcul :
La hauteur s'élève donc à 707m, i.
La deuxième correction, relative à la latitude (35«), nous fait ajouter encore, d'après la troisième table, 2m ,6, ce qui nous donne pour hauteur totale 709",7.
Je trouve donc, sauf erreur, que le Saint Hilarion est élevé de 709 mètres ou 2,129 pieds au-dessus du niveau de la mer. C'est à peu près les deux tiers de la hauteur du Vésuve et la moitié du Puy-de-Dôme. {archives des mission» scientifiques, t. !•', p. 179, 1850.)
COMPLÉMENTS DE l'iTINÉRAIRE. — ANCIENNES CARTES DE l'île. — ITINÉRAIRES DIVERS.
Compléments apportés à mon itinérm*e.
A ce premier réseau, qui contournait déjà Tîle et la coupait à deux ou trois endroits, j'ai ajouté les indications fournies par les gens du pays, sur les villages ou les districts qu'ils avaient vus, les itinéraires publiés ou inédits de quelques voyageurs et un grand nombre de positions marquées sur les cartes de l'île que j'ai pu connaître.
Les positions placées sur ma carte d'après les renseignements des gens du pays, ou empruntées aux anciennes cartes, ne sont que des indications relatives et bien approximatives. Vérifiée sur le terrain, je ne doute pas que cette partie de mon travail ne soit considérablement corrigée et améliorée. Les côtes, plus courues, sont en général mieux connues. Mais il y aura nécessairement de nombreuses rectifications à opérer dans toutes les parties hautes du Lefca, du Paphos, de l'Avdimou, et du Morpho, dans toute la région de l'Olympe et du Mâchera. Les positions du Kilani sont entièrement
à revoir. Tout ce que je puis espérer, c'est d'en avoir indiqué à peu près Torientation générale par rapport au chef-lieu ; mais les distances sont bien incertaines.
J'énumèrerai plus loin les divers itinéraires rattachés à ma propre route dans Tîle, parce que ce genre de renseignements mérite une attention particulière. En ce qui concerne les anciennes cartes des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, je me suis bien gardé de leur emprunter, pour les transporter sur la mienne, toutes les positions qu'elles donnent. Je me serais exposé d'abord à répéter, après cinq ou six éditions, souvent moins exactes les unes que les autres, des noms qui se sont de plus en plus défigurés sous la main des copistes et des graveurs ; j'aurais, en outre, donné une carte de l'île de Chypre qui n'aurait plus été en rapport avec l'état présent du pays, car j'estime que près de cent villages, au moins, ont été entièrement ruinés depuis la conquête turque et ne conservent plus aujourd'hui un seul habitant. J'ai préféré, en restant incomplet sur bien des points, donner avant tout une carte moderne et actuelle de l'île. Je n'ai voulu admettre et placer que des localités dont l'existence m'était attestée soit par mes informations personnelles, soit par des documents certains et récents.
J'ai eu, à cet effet, d'inappréciables secours dans la liste des villages chrétiens dressée en 1841, pour la perception des impôts, par ordre du gouverneur Talaat-EfTendi, dont j'ai obtenu une copie, et dans
la nomenclature des mêmes villages qu'on m'avait communiquée à rarchevèché grec de Nicosie, et que j'ai retrouvée plus complète dans les papiers du capitaine Graves. Les mémoires divers mis à ma disposition par MM. Fourcade et Théodore Goëpp, successivement consuls de France à Lamaca, les itinéraires et les notes de M. Gerruti, consul de Sardaigne, et de M. Louis Gerruti, son frère, attaché au consulat, m'ont fourni aussi des indications sur la statistique de l'île et les divers villages turcs, grecs et maronites, que j'ai distingués les uns des autres par des signes particuliers.
Au moyen de tous ces renseignements j'ai pu tripler au moins le nombre des localités de mon premier tracé; mais, je demande à le répéter, je n'ai jamais porté un village sur ma carte (sauf les villages abandonnés, dont j'ai quelquefois indiqué la position comme souvenir historique), qne son existence ne fût bien constatée, et sa position donnée au moins approximativement par des gens du pays ou par des cartes antérieures.
Cartes de Chypre existant actuellement.
Les anciennes mappemondes et les vieux portulans, dressés pour les besoins de l'enseignement, et plus souvent pour l'utilité de la navigation et du commerce, sont généralement sur des proportions
si restreintes, quoique grandes dans leur ensemble, que les petits pays, comme les îles, n'y ont pas d'indications bien nombreuses.
Le portulan de la Gava, près de Naples, tracé, au XIII® siècle^, sur une peau de mouton , le portulan de Pierre V-esconte(13i8), du musée Correr, à Venise (1), la carte anonyme (2) de la bibliothèque Saint-Laurent, à Florence (1351), la belle mappemonde des Pizzigani de Parme (1367), dont notre Bibliothèque nationale a récemment acquis une fidèle copie, Tatlas catalan (1375), publié par Buchon, l'atlas de Vincent Pinelli (1384), le portulan de Messine (1404), la carte d'André Biancho de Venise (3) (1436), la magnifique mappemonde de Fra Mauro, à la bibliothèque Saint-Marc (1460), la carte de Benincasa d'Ancône, faite à Rome, en 1467, l'atlas, enfin, de Juan de la Cosa, dressé en 1500 : tous ces monuments si précieux, si réellement curieux, de l'histoire de la géographie et des découvertes géographiques, auxquels j'ajouterai VIsolario de Barthélémy Zamberto (4), imprimé à Venise, en 1477, sont peu utiles pour l'étude détaillée d'un pays qui n'a pas une grande étendue, parce que les reproductions y descendent à des mesures infinitésimales.
(1) Écrit sur parchemin collé sur tablettes de bois. L'exemplaire est ainsi signé : Petrua Vesconte de Janua fecit istam tabulant in Venieia, anno Domini m*. ccc«. xvm.
(2) ^onymi Tabula nautica. Oaddiani reliquiœ, n* 9.
(3) Bibliothèque Saint-Marc. Mss. latins, n* lxxvi.
(4) B. Zamberto, dit des Sonnets, à cause des sonnets qu'il a con9acrés à la plupart des Iles représentées dans son Itolario, Les cartes y sont dessinées et rubriquées à la main.
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Dans chacune des cartes que je viens de mentionner, c'est à peine si Tîle de Chypre occupe, d'un cap à l'autre, un développement de cinq ou six centimètres. Les noms inscrits sur cet étroit espace sont cependant au nombre de dix à vingt ; mais ce sont généralement les noms des ports les plus fréquentés, des caps les plus signalés, et par conséquent les positions ordinairement les mieux connues.
Les premières cartes détaillées et spéciales que nous ayons de l'île de Chypre sont du XVP siècle, du temps de la domination vénitienne. Les plus anciennes sont restées les meilleures, si j'en excepte celle que grava à Rome, en 1562, Ferrand Bertelli, encore trop sommaire et peu exacte.
Voici l'indication de toutes les cartes particulières que je connais et dont je me suis servi, ou que j'ai consultées du moins, pour compléter mon premier travail.
1. Carte de Venise de 1566. Cyprus, etc. Bxpensis Joh. P. Camotii. Venetiis, M. D. LXVL
2. Carte de Venise de 1570. Cypt*us insula. Venetiis, ad signum Pyramidis. M. D. LXX.
3. Carte de Paul Forlani, 1570. Al molto magnifîco signore il signore Ottavio del Bene (de Véix)ne) Paolo Forlani Veronese. Venetia, il x maggio 1570.
4 et 5. Cartes d'Ortelius. La première: Cvprus tnsula, dans un long cartouche horizontal, au bas, à droite. Sans nom, lieu, ni date. Souvent réunie sur une même feuille avec l'île de Candie. La seconde.
plus grande, occupant une feuille entière: Cypri tnsulse nova descriptto, 1573. Sans nom, ni lieu. Au bas, à droite, dans un cartouche rond, Tîle de Lemnos. Les deux cartes appartiennent au Theatrum orbis terrarum. Anvers, 1570-1573.
6. Carte de Mercator, 1595. Cyprm tnsula, sans nom, lieu, ni date, mais reconnaissable aux différentes îles de Tarchipel (Stalimène, Ghio, Nègrepont, Rhodes, etc.) représentées au bas. Extraite de VAtlas sive Cosmographicœ medùatwHes. Duisboui^, 1595. 2* édit., Amsterdam, 1607.
7. Carte de Blaeu, 1635. Cyprm insula, sans nom, lieu, ni date. Au bas, Vénus traînée par des cygnes. Dans le haut, deux écus, Tun aux armes des Lusignans, Tautre avec trois croissants. Provenant de VAtlas de Blaeu, Amsterdam, 1635.
8 et 9. Cartes de Coronelli, 1696. Une première carte, Isola di Cipro, sans nom, lieu, ni date. Audessus de rîle : Mare di Smn'a. Petite et sommaire, mais indiquant les limites générales des onze contrées ou provinces de Tîle sous les Lusignans et les Vénitiens. Une seconde carte, sur ujie grande feuille, n'indiquant pas les limites des contrées, mais donnant de nombreuses positions : xicamantis insula, hoggtdt CtprOy posseduta dalla repubblica Veneta sin aW anno 1571 , dedicata aW ïllusiriss. G. B. Cof*na9*o Pisœpia, procuratore di San Marco, dal P. cosmografo Coronelli, avec les armes du roi Pierre I" de Lusignan, visibles encore aujourd'hui sur la frise du palais Lorédano, ancien palais Comaro Piscopia,
actuellement Hôtel de la ville, à Venise, différent et voisin de THôtel de Ville ou Mumcipto. Carte sans date et sans lieu, comme la précédente, mais Tune et l'autre faisant partie de VIsolarïo de Goronelli. Venise, 1696.
10. Carte de Mariette. Cyprus tnsula, sans lieu, ni date. C'est un tirage du cuivre de Blaeu, auquel on a enlevé la Vénus^ en conservant les deux écus du haut.
*11. Carte de Guill. Delisle, 1726. Carte pai^ticulière de la Syrie et de l'île de Chypre, dressée pour rintelligence de l'histoire de Malte, petite et fautive.
12. Carte de Pococke, 1745. A Map of Cyprus^ dans son voyage: Description of the East^ Londres, 1745, t. II. Carte de petite dimension, mais riche d'indications et d'observations personnelles.
13. Carte de Drummond, 1754. Map of the Island of Cyprus, by A. Drummond, consul à Alep. C'est surtout la carte des itinéraires de Drummond dans l'intérieur de l'île. Les noms sont très défigurés, Travels, etc. Londres, 1754, in-folio.
14. Cartr/tleReinhard,1766.Cyjorws,/a«tf«Aorfierna, avec l'écu des rois Lusignans, et au-dessous l'épée et la banderoUe de l'ordre de l'Épée, en haut à l'angle gauche. Sans lieu, nom, ni date. Provenant du tome II de son Histoire de Chypre, Geschichte, etc. Erlangen, 1766./
15. Carte de Jauna, 1785. Acamantis insula^ nunc Cyprus, avec l'écu des Lusignans chargé de l'écu de l'ordre de l'Epée, à droite, au bas. Sans nom, ni
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date. Provenant du tome !•' de V Histoire générale des royaumes de Chypre, Jétusalem et Arménie. Leyde, 1785. Copie de Coronelli.
16. Carte grecque manuscrite du Dépôt de la marine à Paris. Sommaire et peu exacte.
17. Carte manuscrite de M. Marcel Cerruti, consul de Sardaigne à Larnaca. 1844-1847.
18. Carte du capitaine Graves, 1849. Cyprus, called by the Turks Kibris, the ancient Kupros, surveyed by captain Thomas Graves, h. m. s. Volage. 1849.
19. Carte de MM. Gaudry et Damour, 1854 : Essai d'une carte agricole de Vîle de Chyp7*e, par MM. Albert Gaudry et Amédée Daraour, dressé d'après la carte géographique inédite de M. de Mas Latrie (1). C'est par amitié et par un scrupule de délicatesse que MM. Gaudry et Damour, obligés de faire paraître leur publication avant la mienne, ont voulu mentionner ma carte. Mon travail, essentiellement géogi'aphiqpe, n'a pu vraiment leur être bien utile. J'ai, au contraire, beaucoup proiftté du leur. Toute la partie orographique, indiquant la direction et les formes des chaînes de montagnes dans dans le nord et dans l'ouest de l'île, leur appartient en entier. Us ont déterminé les limites des pays de vignobles bien plus exactement et plus complètement que je ne l'avais fait. Ils ont, dans leur itinéraire géologique à la' recherche des anciens gisements métalli-
(1) Dans Touvrage intitulé : Recherches scientifiques en Orient, entreprises par les ordres du gouvernement pendant les années 1853 et 1854, par M. Albert Gaudry, Paris, 1855, Impr. impér., grand in-8.
fères, pénétré dans des cantons de File où le temps ne m'a pas permis de* me rendre, retenu que j'étais plus souvent dans les villes de la côte et à Nicosie (i).
§ 5 Itinéraires divers.
Les itinéraires sont, dans les voyages et dans les cartes, la partie la plus intéressante et la plus utile pour la géographie proprement dite. On y voit, résumé d'une manière rapide et synoptique, tout l'ensemble du voyage, son étendue et ses résultats principaux. Il n'y a là ni hésitations ni conjectures. L'auteur n'y rapporte pas sur ouï-dire des renseignements plus ou moins certains. Ses indications sont chacune autant d'affirmations positives et précises, qu'il donne sous son propre témoignage, avec des distances et des directions arrêtées. Il peut se tromper, il se trompe souvent ; mais on doit, néanmoins, consulter cette partie de son travail avec le plus de confiance. On peut être, certain que c'est
(1) M. Kiepert a donné récemment, à Berlin, deux éditions successives d'une carte de Chypre, 1877 et 1878. En profitant de quelques observations personnelles de MM. Ross et Schroeder, M. Kiepert signale loyalement que les bases de sa carte sont celles de M. Graves et les miennes. — Il est bien à regretter que M. de Cesnola n'ait publié qu'un tracé trop réduit de l'ile (Cyprus^ London, 1877.). Son long séjour dans le pays, ses innombrables voyages et ses magnifiques découvertes le mettaient à même, de dresser une carte qui eût fait oublier tous nos travaux.
celle à laquelle il a porté le plus d'attention, parce que sa personnalité et sa responsabilité y sont le plus directement intéressées.
Aussi ai-je recueilli avec le plus grand soin tous les itinéraires que j'ai pu me procurer. Us ne sont malheureusement pas très-nombreux. Je les mentionnerai ici dans leur ordre chronologique, et avec les numéros que je leur ai conservés sur ma carte, afin de les distinguer et de les suivre séparément, même dans les espaces où ils se réunissent :