Le Papkos répond aux districts de Baffo et de Kouklia
10. Le Pendaïa, nom particulier du petit pays maritime que baigne le fond du golfe de Pendaïa, au nord de Lefka, comprenait autrefois les deux grands districts actuels de Morpho et de Lefka. Sa limite au nord était donc TAngoulo ; à Test, les confins peu certains de TOrini ; au sud et à l'ouest, les limites mêmes du Lefka moderne.
11. "Lq Khrysokho enfin, que les Français appelaient la contrée de Crusocques, comportait, tout semble Findiquer, la même étendue et les mêmes limites que le Khrysokho moderne.'
Dans l'intérieur des contrées, il y avait, sans aucune régularité à cet égard, des subdivisions territoriales. Indépendamment des cantons ou pays de Kythréa et de Tamasia dans le Vicomte, des Tyliria dans le Khrysokho et FOrini vers le mont Mâchera, du Mazoto proprement dit dans la contrée de ce nom, dii Pendaïa et du Myrianthoussa dans le Pendaïa, et de VAkamas dans le Khrysokho, les documents constatent l'existence de nombreux bailliages
e^ de sergenteries , comprenant chacun plusieurs hameaux ou villages.
Ainsi on trouve mentionnés dans le Vicomte : les bailliages de Paix Kyth^o et de Lakadamia ; dans la Messorée, ceux de Sivouri, à^Aschia, Sotù^a, Lefkoniko et Lyssi; dans le Karpas, un bailliage ùxxKarpas; dans le Cérînes, le bailliage d'Aradippo; dans le Limassol, celui de Polemidia; dans le Paphos, les bailliages d'Fmva, d'Aseheh'as, de Rouklia et de Mamogna; dans le Pendaïa, ceux de Morpho, de Mai^ethasse du comte (1) et de Marethasse de la Béai (2) ; dans le Khrysokho enfin , ceux de Khrysokho et d'Alexandreta, pour les Français Lexandrete.
Je n'ai pu indiquer, même approximativement, les limites de ces subdivisions. C'était d'autant plus impossible qu'il m'est prouvé que, outre le village ou les villages principaux du bailliage, un certain nombre de localités, quelquefois assez éloignées et appartenant même à des contrées différentes, dépendaient, au moins pour l'administration rurale, du village qui donnait son'nom au bailliage, et dans lequel devait résider un officier civil ou peut être simplement un agent du domaine royal.
J'ajoute aux notions précédentes un appendice historique qui me paraît avoir de l'utilité. C'est un relevé des terres du domaine royal et des principaux fiefs du royaume. On le trouvera à la fin du volume.
(1) C'est-à-dire, du comte d'Edesse, de la famille de Morpho.
(2) C'est-à-KÎire appartenant au domaine royal, qu*on appelait la RéaL
SA SITUATION PRÉSENTK. i53
NOMENCLATURE GÉOGRAPHIQUE DE l'iLE.
§ io Noms g7*ecs et turcs
Je n'ai plus que quelques mots à dire du tableau qui fait suite à cette notice et la complète. Je l'ai formé, avec soin, de renseignements pris à des sources bien diverses.
J'ai réuni d'abord dans une première colonne tous les noms grecs des localités que m'ont donnés les listes de l'archevêché et du capitaine Graves. On remarquera dans cette nomenclature, dont j'ai conservé l'ordre et les divisions, un certain nombre de noms turcs déjà adoptés par les Grecs, comme Tatli Sou, Kourou Monastir, Kaîmakli, Yenidgé Keui, Orta Keui, etc.
A la suite du nom grec, se trouve le nom turc de la localité. Les noms de cette seconde colonne, presque tous fournis par le capitaine Graves, et originairement écrits en caractères arabes, ont été transcrits à ma demande et par ses soins en caractères romains.
Je disais qu'en plusieurs localités, autant qu'on peut en juger parles listes de l'archevêché, les Grecs paraissent avoir accepté les noms nouveaux donnés
assez souvent par les Turcs aux villages où ils s'établissent. Plus fréquemment encore, tandis que les Turcs emploient les noms nouveaux imposés par leur convenance, les Grecs continuent à appeler les mômes lieux de la vieille dénomination ethnique. Ainsi Topchi Keui, du Karpas, est toujours pour les Grecs Haïos [Andronikos ; Minaré Keui, du Kythréa, est Néo Khori Ghizilbash Keui est Trakhonas , etc. Dans ce cas, j'ai porté généralement les 'deux noms sur ma carte lorsque je les ai connus.
Le nom entièrement nouveau, n'est, au reste qu'une exception. Généralement, le nom turc n'est qu'une déformation reconnaissable du nom grec approprié aux exigences gutturales et aux oreilles des nouveaux maîtres du pays.
La répugnance qu'ont les Turcs à commencer un nom par deux consonnes consécutives, explique ces nombreuses antépositions d'un i devant les noms grecs, additions que nous retrouvons en Chypre dans Iskeleh, nom turc de la Scala ; dans Iskarino, répondant à Skarino, IklonaH à Klonari, Istato à Statos, htj^oumhi à Stroumbi, Iflasou à Phlasou, Iftericoui à Ptericoudi, Ifloui à Phloudi, Iklehin à Klepini, Istrongilo à Stronghylo, htyllous à Stylous, etc.
C'est encore à la même disposition négative qu'il faut attribuer les inversions constantes de la syllabe initiale Tri en Tir, d'où viennent les formes turques Titmiiklini pour Trimiklini^ Tirkomo pour Trikomo, etc. La même cause amène ces atteintes à .
l'accord des genres, dont les peuples étrangers s'inquiètent peu, d'où viennent les noms extraordinaires d'Haïa Pavlo, Haîa Thoma, Haîa Nikolq,, Haïa Totoro, pour éviter Haïos Pavlos, Haïos Theodoros, etc. Cette habitude a tellement prévalu chez les Turcs, au moins en Chypre, qu'ils emploient la forme Baïa même devant une voyelle, et qu'ils disent Haïa Yorght, Haïa lannt, Haïa Hev7*ès, etc. Seulement ils ajoutent quelquefois un N euphonique entre Haïa et le nam propre, d'où le nom Haïa Nakofo pour Haïos Iakobos de la Messorée.
Fréquemment les Turcs changent pour l'adoucir le P en B, et disent Birgo pour Pyrgos ; le K en G : Givizily Gelagi, Gwida, pour Kivizil, Kellaki, Kivida ; ils permutent les dentales Trappiçi, OmotoSy pour Drappia, Omodos. Habituellement ils transforment en g l'iota qui précèdent les voyelles o et a. Us disent Khorgo au lieu de Khorio, et altèrent ainsi tous les composés de ce mot, qui signifie village : Kalokhorgo, PalœokhorgOy Mesakko7'go, PeraAiAor^o. Ils prononcent de même Syi^gartokhorgo pour Syrianokhorio, Tillirgha pour Tyliria, Messargha pour Messaria, Zachar g a pour Zacharia.
§ li Liste géogi'aphique communiquée par le gouverneur.
Après les formes ordinaires des noms grecs et turcs, j'ai cru devoir donner, dans une troisième
colonne, les noms des localités fournis par le recensement de Talaat-Effendi ; mais je dois faire observer que les noms de cette liste, dressée primitivement par quelque Grec attaché à l'administration turque, communiquée à plusieurs consuls dans la forme où je la reproduis, si ce n'est dans le même ordre, a été coçiée sur les registres du gouverneur par un Italien. De là vient Taspect et la consonnance italiennes qu'ont pris beaucoup de noms dans la transcription, qui est quelquefois une traduction du nom grec. J'ai cru devoir la conserver néanmoins fidèlement parce que son caractère administratif lui donne une valeur particulière, et qu'elle fournit des indications utiles pour suppléer aux mentions des listes précédentes.
J'ai dit que toutes ces listes, quoique dressées par les soins ou sur les indications de l'autorité, n'étaient pas tout à fait complètes. J'en ai la preuve sans en savoir la raison.
Gomment expliquer par exemple que Varochia, près de Famagouste, et Karava, près de Lapithos, deux gros villages connus en Ghypre de tout le monde et habités par des chrétiens, ne figurent pas dans le tableau de Talaat-Effendi? Kholetra dans le Paphos, Skoulli dans le Khrysokho, où sont passés MM. Gaudry et Damour, Sakistras dans le Lefka, auprès duquel est une source où j'ai campé, manquent également au registre du gouverneur. Ces villages se trouvent mentionnés, il est vrai, dans la liste de l'archevêché, mais cette liste elle-même est
entachée de plusieurs omissions. Mârîou, près du torrent de Vassilipotamo, qui lui donne aussi son nom ; Kalokhorio, dans le Larnaca ; Arkhangeli, du Limassol, et les autres villages inscrits à la fin de chaque district, dans la nomenclature qui fera suite à cette notice, n'y figurent pas.
L'imperfection possible des copies communiquées aux consuls, à M. Graves et à moi-même , ne me paraît pas suffisante pour expliquer les oublis que je signale. Le vice radical de ces documents vient probablement de la négligence qu'apportent les Orientaux à presque tout ce qu'ils font, du peu de prix, qu'ils attachent à l'exactitude et à la vérité, même dans les renseignements qu'ils savent intéresser le plus ceux qu'ils veulent obliger. Et puis, il faut bien tenir compte aussi de l'éloignement des Turcs à fournir aux étrangers des notions sur les pays qu'ils ont conquis et de la crainte des raïas eux-mêmes de contribuer en quoi que ce soit par leurs indications, à l'augmentation des impôts qui pèsent sur eux. A cet égard, tromper et embarrasser les étrangers leur semble un cas de légitime défense.
Je ne puis me flatter d'avoir comblé toutes les lacunes des états dont je viens de parler. Je dois remarquer en outre que ces lacunes ne sont peutêtre pas partout aussi nombreuses qu'elles le paraîtront. Plusieurs des noms grecs ajoutés par moi à la fin des listes de l'archevêque et du gouverneur peuvent n'être que des répétitions des noms de vil-
lages turcs. Je manque des renseignements nécessaires pour faire disparaître ces doubles emplois.
§ 12 Population,
J'ai emprunté encore au registre de Talaat-Bffendi les chiffres indiquant le nombre d'imposés chrétiens de chaque village, comme élément d'appréciation de l'importance de la localité et de la population générale de l'île. En additionnant les nombres de cette liste et y ajoutant les totaux des villages par districts, je trouve les résultats suivants:
Districts. Nombre
) do contribuables.
Nombre de vil