‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âgeChapitre 54 sur 90 · ÉGLISE DES ARMÉNIENS · texte numérisé non relu

ÉGLISE DES ARMÉNIENS

Eglise gothique.

22. f Ci git seur Sebille de . . . : ob. . . ser souprioure de Notre Dame de Tourtose qui trespassa a M.ccc.xviii a xxiii jors de Mars.

Il ne me paraît pas possible qu'il y eût un couvent de religieuses latines à Tortose, sur la côte de^ Syrie, en 1318; il ne devait pas y en avoir même à Jérusalem, où les religieux, franciscains, tolérés par les sultans d'Egypte, pouvaient seuls être utiles aux pèlerins des saints lieux ; et je crois que le couvent de Notre-Dame de Tortose, dont il est question dans cette inscription, se trouvait en Chypre (I), où il avait dû être transféré à la fm du dernier siècle, lors de la perte de la Terre Sainte, comme la croiçc d'Antioche (voy. ci-après, n° 43), comme NotrerDame de Cana, monastère que l'on croit avoir existé aux portes de Nicosie (Wadding, Annales minorum, t. X, p. 66 (2). Il y avait également à Nicosie un monastère latin du nom de Notre- Dame de Tyr. (Hist,, t. III, p. 636, n., 648.) qui paraît être la continuation de l'abbaye de Notre Dame la Grant de Jérusalem, (Cf. Amadi, fol. 155, 158, 169, 203. Cigogna,

(1) Le monastère de Notre-Dame de Tortose fut transféré, après la perte de la Terre sainte, non à Nicosie comme je Tavais cru d'abord, mais dans la ville même de Famagouste. Le titre épiscopal de la ville réunissait les deux sièges de Tortose et de Famagouste Famagustanus et Anteradensis episcopus (t. Il, p. 140-144). Amadi, à Tannée 1308, fol. 167, donne des détails intéressants sur ce monastère dont les religieuses changèrent ensuite de nom.

(2) Je crois que Wadding est dans Terreur. Je pense qu'il s'agit du monastère de La Cava, appartenant aux religieuses latines de Tordre de Saint'François, et situé à une lieue au sud de Nicosie. Hist, t. II, p. 195, 284, et Lusignan, fol. 36.

Jnscr. Venez,, t. IV, p. 443) et un autre nommé Notre- Dame du Mont-Thabor (Hist, t. III, p. 636, n. )

23. f Ici git dame Isabiau fille de dame Marguerite de feme qui fut de sire Johan Gras,

qui trespassa Tan m.ccc.xviii. a vu jors de Juin ; que Des ait Tarme.

24. f Ici git damoizelle Marie de Bessan fille qui fu de messire Gautier de Bessan laquelle trespassa en Tage de xvin ans Tan de m.ccc.xxii de Crist, a vjors de Jun ; que Dieus ait Tarme. Amen.

Dalle entière représentant une femme, dans un costume simple et élégant, avec un livre ouvert sur la poitrine ; ses cheveux sont appliqués en bandeaux et retenus derrière la tête, sa robe est à double jupe et à manches plates. Pas d'écusson ; ce qui est à regretter, car nous connaîtrions les armes d'une ancienne et noble famille originaire de Béthune en France, passée en Syrie, où elle obtint la seigneurie de Bethsan, près de Saint-Jean d'Acre, et fixée de bonne heure en Chypre, où elle eut toujours un rang élevé. (Voy. Lignages, cb. xxvii ; De ceaus de Bessan, Assises, t. II, p. 463).— La dalle de Marie de Bethsan a été reproduite d'après mon estampage dans le Magasin Pittoresque, smuée 1847, p. 221. — Le chevalier Gautier de Bethsan, père de Marie, assista, comme témoin, avec les grands officiers de la couronne, au traité conclu à Nicosie, le 3 juin 4306, entre le royaume de Chypre et la république de Venise. {Hist, t. II, p. 103.) C'est un membre de cette famille qui souleva la noblesse de Chypre contre le prince de Tyr, pour rappeler le roi Henri II, exilé par son frère en Arménie. Diom. Strambaldi, Ms. Vatic, Cronica di CiprOy et Hist, t. II, p. 103, 136, 172.

SOUVENIRS UISTORIQUES. 351

28. A. f Ci git le noble chevalier messire Barthélémy de Tabarie qui trespassa le lundi a xiii jors d'Ahoust l'an de m.ccc.lxicxv, de Crist. Que Dieu ait leurs armes. Amen.

B. f Ci git madame Marie de Tabarie espouse dou noble chevalier messire Robert de Barut qui trespassa l'an de m.ccc.xxx. de Crist.

C. f Ci git madame ..... Couches espouze dou noble chevalier messire Berteleme de Tabarie qui trespassa l'an de m.ccc.xxxiv de Crist.

Ces trois inscriptions de famille sont^ravées sur les bords d'une seule et même dalle, au centre de laquelle figure, en pied, Barthélémy de Tibériade, couvert de son armure en fer plat et à genouillères. Le chevalier est nutête, comme la plupart des personnages représentés sur les dalles de Chypre, et ses cheveux se mêlent à sa barbe, qu'il porte assez longue. Cette circonstance le singularisait sans doute de son vivant, car au quatorzième siècle les Francs rasaient encore leur barbe. (Cf. Nicéph. Grégoras, Hist Bt/zant„ VII, 5, IX, 1 ; 1. 1, p. 244, 396.) Son bouclier qui est en même temps écu héraldique, a une fasce au milieu du champ. Voy. d'autres inscriptions de l'illustre famille des Tibériade, issue des Ibelin, ci-après, n°» 37, 39, 66. — Le dessin de cette dalle tumulaire a été donné dans le Magasin Pittoresque de 1847, p. 221.

26. A. f Ici git messire Balian Lanbert qui trespassa axvi jors de .... Tan M.ccc.xxxvn. . . .

B. f bien Couches espouze

qui trespassa a xi jors de Mars de Tan m . ccc . xxv. Di[eu ait leurs amesl.

352 l'île de cuypre.

Dalle entière, avec deux inscriptions. An centre, un chevalier armé et chaussé de souliers recourbés. L*écu est coupé. Les Lambert étaient d'ancienne chevalerie d'Orient. (Lignages, ch. 29 ; Assises, t. II, p. 464; Hist., t. II, 162, 164.)

Catherine Comaro, redevenue sujette de la république de Venise, s'était formée une petite cour dans son joli domaine d'Asolo, près de Trévise. Le spirituel Pierre Bembo, futur cardinal, son chambellan, y composa les Asolanes ; David Lambert, chypriote, était son aumônier. {Hist,, t. III, p. 447.) Jacques Lambert avait été secrétaire de la reine Charlotte. (Hist, t. III, p. 118.)

27. f Ici git dame Marguerite Escaface, fille de s. (sire) Origue Escaface, espouse de s. Simon Lengies qui trespassa a ix jors de Juing en Tan de M. CGC. XXXI de Crist ; Dieus aitTarme. Amen.

Figure entière, sans armoiries, de Marguerite Escaface, représentée sous le costume de religieuse qu'elle avait revêtu probablement à son lit de mort, suivant un usage très-suivi au moyen âge par la piété des Latins comme des Grecs. (Nicéph. Grégor., IX, 10, t. I, p. 439). Cette dalle a été reproduite dans le Magasin Pittoresque de 1847, p. 220. — La famille Escaface, originaire de Gênes, avait en Chypre une position considérée. Ser Henricus Scafas fut un des négociateurs de la colonie génoise qui conclut à Nicosie le traité du 21 février 1338, avec les délégués du roi Hugues IV. Ser Franciscus Scafas figure parmi les témoins génois du même acte, {Hist,, t. II, p. 167, 479.) Quelques-uns de ses membres (l'Origue de notre inscription devait être de ce nombre) paraissent s'être complètement identifiés avec les intérêts des Français-Chypriotes, et les avoir soutenus même contre la mère patrie. Barthélémy Scafas, chanoine de Nicosie, concourut, comme té-

moin, à l'adhésion (Jue le roi Pierre y donna à la ligue conclue par Bernabo Visconti, son beau-père, avec la république de Venise. {Uist., t. II, p. 372. 6 mars 1378.) Les Langlais ou Langlés, auxquels Marguerite s'était alliée, sont aussi connus. Ils appartenaient à la noblesse latine et avaient des charges à la cour et dans le gouvernement. (Hist, t. III, p. 127, n. 452, n. 250.) Un des leurs, Hugues, chambellan du roi Jean, suivit fidèlement la mauvaise fortune de Charlotte de Lusignan, et fut député par la reine vers le duc de Savoie', son beau -père, (jffist., t. III, p. 85, 124.) J'ai vu son tombeau dans les caveaux de Saint-Pierre à Rome; l'épitaphe le qualifie camérier de Chypre etsiro: de Beyrouth. {Hist, t. Ill, p. 126., n. )

28. f Ici git dame Margrite Menagier, espouse de messire Johaii Nardes, qui trespassa le mardi a XXV jors d'Avril Tan de m.ccc.xl. . . de Crist; que Dieu ait Tarme. Amen.

Comme Marguerite Escafkce, dame Menagier se fit probablement inhumer avec les vêtements de religieuse, dont elle porte le costume sur son tombeau. Cette pratique n'est pas tombée partout en désuétude : on voit, dans les catacombes des capucins de Palerme, les corps de plusieurs ' habitants de la ville déposés depuis peu, et qui ont été recouverts avant leur mort du cilice ou de la cucule.

29. f Ici git s. (sire) André Ambroise qui trespassa a x jors de Setenbre Tan de m.ccc.xlv, de Crist ; que Dieu ait l'arme. Amen.

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