‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âgeChapitre 57 sur 90 · f Ici gitmessire Johan Ponsan, chevalier · texte numérisé non relu

f Ici gitmessire Johan Ponsan, chevalier

raïs des Suriens de Nicosie qui [trespassa le ]

l'an de mccclvi de Crist ; que Dieu ait Tarme. Amen.

La dalle est entière, mais l'image a été fort endommagée par le frottement, avant que les Arméniens, qui ont tant d'usages communs avec les Turcs, ne l'eussent préservée de leurs tapis. Le chevalier Ponsan est représenté couvert d'un heaume ou casque fermé, portant l'épée, une cotte d'armes jusqu'aux genoux, et par dessous un haubert à épaulières et genouillères. L'écu de ses armes a une croix seulement dans le champ.

L'inscription qui entoure la dalle est intéressante, et nous fournit quelques notions nouvelles sur la nature des privilèges concédés aux Syriens par les Français lors de

leur occupation de l'île, comme les rois de Jérusalem leur en avaient accordé en Palestine. (Voy. les Assises et les observations de M. le comte Beugnot, tom. I, pag. xvii, xxi, 25, 277.) On voit que leur chef politique, le reïs ou raïs, qui se trouvait en même temps leur juge particulier, leur protecteur et le gardien de leurs franchises, était choisi parmi la noblesse des conquérants, malgré le nom arabe ou syriaque de sa charge. L'addition des mots de Nicosie semblerait indiquer en outre que la nation syrienne, nation essentiellement commerçante et autrefois très-nombreuse en Chypre, avait deux reïs dans le royaume des Lusignans : l'un, à Nicosie, la capitale ; l'autre, à Famagouste, le marché principal de l'île, qui avait un vicomte comme Nicosie. Cf. Hist t. III, p. 529, 814, 853.

37. A. f Ci git dame Isabiau de Neviles qui trépassa l'an de m. ccc. xciii de Crist.

B. Et git dame Marie de Milmars espouze dou noble chevalier messire de Neviles boutoulier dou roiaume de Chypre, qui trespassa Tan mcccxciii de Crist.

C. f Ci git dame Alis, fillie dou noble chevalier messire JohanBeduin, espouze de noble chevalier messire Johan de Thabaris, noble marechau dou reaume d'Ermenie qui trespassa le samedi a vin jours de Setenbre Tan de m. ccc. lyii de Crist. Que Dieu ait leurs armes. Amen.

Les Neuvilles, les Mimars, les Bédouin, comme les Tibériade, qui étaient probablement parents ou alliés, puisque leurs noms se trouvent sur la même dalle, comptaient parmi les principales familles françaises de l'île. La famille Bédouin était en Chypre dès le commencement du.

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treizième siècle. Deux de ses membres figurent parmi le^ chevaliers chypriotes qui firent alliance, en 1233, avec les Génois pour chasser les Impériaux de Chypre et de Syrie. (Hist.j t. II, p. 57.) Hugues fut amiral sous Hugues IV. {Hist, t. II, p. i02, 142, 144, 150, 162]; t. III, p. 705, n.)

La dalle de la maréchale d'Arménie, Alix de Bédouin, a été donnée d'après mon estampage dans le Magasin Pittoresque, 1847, p. 220.

Le sire de Neuvilles de l'inscription B. ne paraît pas être, comme je l'avais cru d'abord, le Jean de Neuvilles, sire d'Azot ou d'Arsur, dont une nouvelle vérification a fait reconnaître le tombeau dans la mosquée de TEmerghié. Voy. n^ 62.

C'est peut-être Marie de Mimars^ sa femme, ou plus probablement Alix Bédouin, épouse de Jean de Tibériade, dont les armes se retrouvent ici, qui est représentée sur la dalle, vêtue d'une robe élégante à double jupe, boutonnée par devant jusqu'au cou, et à manches bouffantes. Ses cheveux flottent sur ses épaules. Aux côtés de la tête sont deux écussons: l'un porte la fasce des Tibériade (voy. lï^ 25); l'autre six fleurs de lis : trois en chef, trois au bas placées deux et une, et séparées des premières par une petite fasce ou un réglet. Ce dernier écusson appartient peut-être aux Bédouin. Nous avons les épitaphes d'autres membres de la famille des Mi mars, aux articles 44, 73, et probablement leurs armes sous ce dernier numéro.

38. f Ici git le noble chevalier messire Johan Thenouri qui trespassa le lundi a x. . . jors d'Avril Fan de m.ccc.lxiii de Crist; queD[ieu ait Tarme.] Amen.

Dalle intacte, costume de chevalier complet. L'écu ou bouclier est écartelé au 1 et 4 d'une fasce, au 2 et 3 d'un

lion. Les Thenouri, dont le nom s'écrivait aussi Tenouris (comme dans les Assises) ^ et qui sont les mêmes que les Tinori ou Thinoly, faisaient partie de la haute cour, et ont eu parmi eux des grands officiers. Un parent du chevalier Jean, ayant le même prénom et mort deux ans avant lui, a été inhumé àl'Émerghié. V. n° 59. .

39. f Ci git le noble chevalier monseigneur Johan de Tabarie, fis dou noble chevalier messire Bartelemi de Tabarie, noble maurechau dou roiaume d'Erménie qui trespassa le mercredi a XXII jours d'Ahoust Tan de m. cccc.ii de Crist ; Que Dieus ait Tarme. Amen.

Dalle entière et belle encore, quoique un peu fruste. Le maréchal Jean de Tibériade tenant son épée de la main droite, son bouclier de la main gauche, est représenté vêtu d'une cotte d'armes qui recouvre une armure de fer à genouillères. Les mains sont protégées par des gantelets de fer ; les grèves ne couvrent que la partie antérieure des jambes, et Tarmure en écaille se prolonge sur les pieds, qui se terminent en pointe effilée. Jean est mentionné souvent dans nos documents. [Hist,, t. II, p. 406, 412, 423, 428,436, n,)

Les armes des Tibériade nous sont déjà connues par la dalle de l'inscription n* 25. La fasce, qui en est l'unique emblème héraldique, se retrouve ici avec une addition remarquable : c'est le trident ou Aîp, signe et nom de Dieu ou de la Trinité chez les Arméniens. Jean de Tibériade avait probablement ajouté ce signe à ses armes, comme une brisure, en recevant le maréchalat d'Arménie. Cet office honorifique, auquel étaient attachés des revenus en Chypre, avait été conservé à la cour de Nicosie, avec les autres grandes charges du royaume d'Arménie, par les

héritiers de liéon VI, dernier roi chrétien de Cilicie. Les Lusignans avaient continué de même à nommer aux offices de la couronne de Jérusalem depuis la prise de la Terre Sainte par les Sarrasins. Nous verrons des maréchaux de Jérusalem au quatorzième siècle comme il y en eut au quinzième. Il y avait aussi dans le clergé de Chypre un patriarche de Jérusalem, qui résidait habituellement au monastère royal de Saint-Dominique de Nicosie.

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