‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âgeChapitre 59 sur 90 · Hic jacet nobilis vir] ac famosus magister · texte numérisé non relu

Hic jacet nobilis vir] ac famosus magister

dominus Antonius de Perguamo, regno

Cipri camerarius, qui obiit anno m.ccc.xciii, die XIX mensis Aprilis ; cujus [anima requiescat in pace. Amen].

Marbre blanc. La dalle est presque entière ; les Turcs, la trouvant trop longue pour en faire le seuil de la mosquée, ont raccourci une des extrémités où étaient les pieds de l'effigie, le commencement et la fin de rinscription.. Cette épitaphe est la seule que je connaisse où l'on ait employé le latin en rappelant la mémoire d'un homme qui avait nécessairement rang parmi la noblesse française de l'île, puisqu'il était camérier du royaume. Remarquons toutefois, pour expliquer cette exception à un usage presque consacré, que messire Antoine était étranger, natif probablement de Bergame, en Italie, plutôt que de l'ancienne Pergame, quoique cette ville comptât toujours au moyen âge parmi les principales de la Mysie. (Georg. Acropol., § 15, p. 30.) Remarquons en outre que sa charge n'était pas un des offices qu'on pourrait appeler politiques, comme la sénéchaussée, la connétablie, le maréchalat, qui ne sont jamais sortis des familles françaises avant les désordres du quinzième siècle ; qu'enfin, sa qualité de famosus magister indique chez lui quelque docte professeur, auquel le latin devait être plus cher qu'aux vrais chevaliers de la race conquérante de l'île. En effet, nous retrouvons Antoine parmi les témoins des actes publics des rois Lusignans avec ces titres : Magister Antonius de Pergamo artis médiane professar^ canonicus Paphensis, en 1378. {Hist,, t. II, p. 372.) Nobilis et venerandus magister.,. artium et medicine doctor, en 1339 (t. II, p. 418). Magister... artium et medicine doctor, regni Cypri provisor, en 1390 (p. 421. Cf. p. 318, n. 0-

On voit qull n'est devenu camérier de Chypre que dans les dernières années de sa vie.

Gomme François G. dans le tombeau précédent, Antoine de Bergamë porte la simarre et les longs cheveux, à rinstar des riches citoyens de Venise et d'Italie ses contemporains. Aux côtés de sa tête sont deux écussons pareils, ayant un chevron à côtés très-étroits, ou un angle, inscrit dans la partie inférieure, et trois roses dans le haut.

49. Sepultura nobilis viri domîni Gasparis Mauroceno, filii quôndam domini B'ieli de Veneciis, qui obiit die prima mensis Julii anno Domini M'^.iiii**.!!*; cujus anima requiescat in pace. ^

Dès le commencement du quatorzième siècle, les Vénitiens eurent des franchises commerciales en Ghypre et y étahlirent des factoreries ; ils étaient nombreux à Famagouste, à Paphos, à Limassol, où ils avaient des agents consulaires, à Nicosie, où résidait leur baile principal. Gaspard Morosini, dont nous avons ici l'épitaphe, appartenait à la famille sénatoriale de ce nom, qui avait déjà plusieurs de ses membres fixés en Ghypre pour ses affaires commerciales, comme les Gornaro, les Venier, les Dandolo, etc. — Il semble y avoir eu, à la fin du même siècle, vivant au milieu des Vénitiens et jouissant de leurs privilèges, une petite colonie bergamasque, à laquelle appartenait sans doute le camérier Antoine de l'inscription précédente, n« 48. Gf. Hist. t. II. p. ^03.

80. ... irele qui trespassa [de] ce ciecle Tan de r[inca]rnation Jhesu Crist m. ce. . . , en viii jors d'Avril.

81. Ave Maria gracia plena dominus tecum, benedicta tu in mulieribus.

Cette sentence pieuse est grayée autour d'une dalle bien conservée, représentant une jeune femme dont le nom n'est pas indiqué. Ses cheveux flottent sur les épaules ; son vêtement se compose d'une robe juste au corps, avec deux longues ouvertures de poche sur le devant, pareilles à celles que les dames de Chypre portaient encore au dernier siècle. J'ai vu à Larnaca plusieurs costumes de ce temps qui ont plus d'analogie avec celui-ci que les costumes actuels des dames chypriotes. Cf. u? 58. Le dessin du monument est correct ; il ne manque même pas d'une certaine grâce ; qualité non moins rare que la première dans les œuvres des maîtres graveurs de Nicosie, et surtout chez leurs confrères de Famagouste et de Limassol. Il faut ajouter, pour l'honneur de l'art chypriote, que ses architectes et ses sculpteurs ont en revanche laissé dans l'île des monuments qui soutiendraient sans désavantage la comparaison avec nos plus élégants édifices des xin* et XIV® siècles.

Page 1