‹ L'île de CrèteChapitre 1 sur 35 · D'AFFECTION ET DE RESPECT · texte numérisé non relu

D'AFFECTION ET DE RESPECT

PRÉFACE

PRÉFACE

Â.U moment où nous achevons de réimprimer ces pages, des nouvelles c|ui méritent, à ce qu'il semble, toute confiance , nous annoncent la fin de Tinsurrectîon Cretoise. Moustafa - Pacha aurait, selon le Moniteur (8,9 novembre), frappé sur les rebelles un tel coup qu'il ne leur resterait plus qu'à se soumettre, tandis que les plus compromis, les chefs du mouvement, quitteraient le pays.

Ce dénouement était facile à prévoir.

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Du moment que les autres populations chrétiennes de la Turquie d'Europe, sourdes aux conseils et aux encouragements qui leur venaient d'Athènes et de plus loin peut-être, se refusaient à tenter une diversion, les jours de l'insurrection Cretoise étaient comptés. La France et l'Angleterre ayant également manifesté leur volonté bien arrêtée d'écarter une fois de plus tout examen , d'ajourner toute solution de la question d'Orient, de ne point laisser s'ouvrir encore la succession de Y homme malade j le gouvernement grec, averti par le ferme langage de M. de Moustier, s'était contenté de témoigner aux raïas insurgés une stérile sympathie ; il avait fait tout juste ce qu'il fallait pour se mettre en règle avec l'opinion, c'est-à-dire quelques solennelles et insigniBantes démarches ; ces formalités

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remplies, il avait hautement proclame sa neutralité. Ceux que la Grèce appelle ses hommes politiques évitaient soigneusement .de s'engager : on a lu dans les journaux la réponse qu'a faite le général Kalergi a l'appel que lui avaient adressé les Cretois ^ Ce n'étaient ni les démonstrations bruyantes de la rue , ni les ardentes déclamations de la presse hellénique , ni l'inventive imagination du télégraphe athénien , qui pouvaient fournir aux Cretois une aide efficace.

Quant aux munitions de guerre , à l'argeptel aux hommes que n'auraient cessé d'expédier, nous assure-t-on, les comités qui s'étaient formés à Athènes et dans toutes les parties du royaume, on peut soupçonner de quelque exagération les

1. Seul le colonel Coroneos, homme énergique et sctif, ambitieux, hardi, a donné sa démission et est allé se battre en Crète.

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chiffres mis en avant par certaines correspondances. Les journalistes d'Athènes, à cet égard, sont bien les fils de ces orateurs attiques qui, du plus grand sérieux, assuraient au peuple, sur le Pnyx, que ses ancêtres avaient battu à Marathon plus d'un million de Perses.

Ce n'est d'ailleurs pas quelques mille drachmes dé plus ou quelques quintaux de poudre qui eussent suffi à sauver la Crète. Quelque honorables qu'aient pu être certaines audaces, certahis dévouements , il ne paraît pas s'être rien produit en Grèce que l'on puisse comparer au mouvement des volontaires italiens en 1859 et en 1866. Ni en 1854 ni en 1866, la Grèce n'a eu son Garibaldi.

Dans de telles conditions , quelquesuns même des officiers distingués que possède la Grèce eussent-ils mis leur épée au service des révoltés crétois.

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rinsurrection n'avait pas d'avenir : la dompter n'élait pour les Turcs qu'une affaire de temps , du moment où iU étaient résolus à faire promptement les efforts et les sacrifices nécessaires! I^ situation insulaire de la Crète, en isolant la révolte, permettait à la Turquie, maîtresse de la mer, d'amener indéfiniment sur ce point de nouvelles troupes, d'augmenter son armée de Crète jusqu'à ce que l'équilibre des forces fût tout à fait rompu.

Or, l'armée turque n'est plus ce qu'elle était de 1821 à 1830 , un amas incohérent de prétendues troupes régulières , mal résignées à la nouvelle discipline, et de bandes sauvages sur lesquelles leurs chefs mêmes , à certains moments, n'avaient plus de prise et d'action. La Turquie a aujourd'hui d'excellentes troupes régulières, et surtout

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une artilUrie très-bien montée et trèsbien servie. Sur le Danube et à Kars, Français et Anglais ont admiré la pa* tience , Tabnégation , la bravoure, Tinébranlable solidité du soldat turc. Si les officiers valaient les soldats , s'ils ne leur étaient, à quelques exceptions près, tristement inférieurs en moralité et en courage, si surtout les plus hauts grades n'étaient pas trop souvent occupés par des hommes qui ne mériteraient même pas d'être caporaux^ cette armée, au dire de tous ceux qui l'ont vue au feu, serait une des premières du monde.

A tout prendre, l'armée est ce que la Turquie a de plus redoutable, ce qui

1. On trouvera, dans mes Souvenirs d'un Voyage en Asie Mineure ^Paris, Michel Lévy, 1866, in-8*), p. 35, 478 , quelques anecdotes dont je puis garantir l'authenticité ; elles font comprendre tout ce qui manque, tout ce qui manquera longtemps encore aux officiers turcs pour qu'on puisse les comparer aux offîciers des armées européennes.

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maintient encore le faisceau prêt à se rompre ; c'est la seule institution, le seul corps que n'ait point désorganisé l'influence occidentale, mais qui ait, au contraire, dû à nos conseils et à nos exemples un véritable rajeunissement, un redoublement de force et de durée.

A de pareilles troupes, que pouvaient opposer les Cretois? Des bandes composées d'adroits tireurs, d'hommes qui sont, il est vrai, aussi agiles et aussi braves qu'on peut le désirer, mais qui n'obéissent qu'autant qu'il leur plaît, qui sont divisés par d'ardentes rivalités, et rappelés dans leurs villages, au lendemain de quelque heureux exploit, par le soin de mettre à l'abri femmes et enfants, par les exigences de la culture et de la récolte. Ajoutez qu'on n'obtiendra jamais de ces partisans qu'ils attendent (Je pied ferme une charge à la baïonnette

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OU qu'ils gardent leurs rangs sous la mitraille. Mais, dira-t-on, il est tel défilé des Monts-Blancs où la configuration du sol est à elle seule une suffisante défense; on ne pourra ni faire arriver jusque là Tarlillerie, ni charger à la baïonnette parmi ces maquis, ces rochers, ces précipices ; là quelques tirailleurs tiendront en échec toute une armée. Fort bien; mais pourquoi tenter de forcer les portes de Sfakia? Sans doute Vénitiens et Turcs y ont parfois déjà réussi ; mais à quoi bon se risquer dans une si scabreuse entreprise? Sfakia est une citadelle qu'il suffit de bloquer avec quelque persévévérance pour en réduire la garnison à capituler. Lors de la guerre de l'indépendance^ les Turcs ne pénétrèrent pas, à ce qu'il paraît, dans la vallée d'Hagbia Roumili; mais beaucoup des chrétiens qui s'étaient réfugiés à Samaria y péri-

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rent de froid, de faim et de misère. Du moment que les Turcs étaient en forces suffisantes pour occuper le bas-pays, pour fermer et garder les issues des défiles, l'hiver, à lui seul, devait mettre fin à la guerre; les plus sûrs alliés des Turcs, c étaient encore les premières neiges. En effet, tout ce que produisent ces froids et pierreux plateaux, c'est un peu d'orge; olives et froment tiennent des fertiles campagnes de Selino ou d'Apocorona.

On ne saurait donc, sans danger, s'enfermer dans cette forteresse si on n'a commencé par y entasser des provisions pour plusieurs mois, pour tout un hiver: de décembre à février, les Sfakiotes, si leur port est occupé, si leurs côtes sont surveillées, auront autant de peine à sortir de chez eux que l'ennemi à y pénétrer. Ce n'est pas pendant un été tout rempli de troubles et de combats, et où

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