PREFACE. XIII
narcbie d'autrefois avait succédé quelque chose qui ressemblait à un ordre et à un gouvernement régulier. Avant décembre, si les Turcs usent avec modération de la victoire, s'ils laissent les mpitainesj comme on dit là-bas, aller faire un tour en Grèce et s'ils ne menacent la vie et les biens de personne, Sfakia aura capitulé ; dans la capitale de ce district sera installé de nouveau un mudir turc, auquel on obéit tant qu'il ne s'avise pas de donner un ordre qui déplaise.
Du moment où les choses devaient finir ainsi, quiconque s'intéresse aux progrès des races chrétiennes de l'Orient et qui croit fermement que l'avenir leur appartient, n'a-t-il pas le droit de vivement regretter l'insurrection Cretoise, et d'accuser tout au moins d'une coupable étourderie ceux qui, se trouvant eux-
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mêmes hors du danger, ont peut-être, par leurs conseils et leurs promesses, excité la révolte, et, plus tard, quand il était facile d'obtenir des conditions avantageuses, ont fait repousser tout accommodement? Quels sont les résultats de l'insurrection crétoise ? D'abord une inutile effusion de sang. Sans doute il a, dé part et d'autre, péri bien moins de monde qu'on ne pourrait se le figurer en Occident d'après le nombre des rencontres que nous ont signalées le télégraphe et les correspondances. Grecs et Turcs, de* mandez aux vétérans de la guerre de l'indépendance, ne s'abordent pas comme Autrichiens et Italiens ou Prussiens, et il ne faut, grâce à Dieu, rien chercher ici qui ressemble à Custozza et à Sadowa.
Dans les combats dont l'Europe a écouté, il y a une quarantaine d'années, tant de pompeux récits, on se fusillait souvent
PREFACE. XV
hors de portée, pendant une journée entière, et il arrivait que si quelques hommes étaient blessés ou tués de part et d'autre, ce fût par l'explosion de leurs mauvais fusils ou de leurs énormes pistolets bourrés jusqu'à la gueule de poudre et de balles. Lés journaux grecs nous ont parlé de rencontres où les Turcs auraient {)erdu plusieurs milliersd'hommes ; mais nous savons combien un ou deux zéros coûteïit peu aux publicistes d'Athènes, quand il s'agit de faire croire, ne fût-ce qu'un instant, aux triomphes de a la grande idée. » Quant aux Cretois, nous n'entendons pas douter de leur bravoure ; mais ils combattent en guérillas/ cachés derrière des buissons ou des rochers, au sommet de quelque pente roide et pierreuse, à la gorge de quelque ravin; si l'assaillant, après avoir perdu quelques hommes, ne se disperse pas et