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comme le reste de leurs concitoyens, au joug des cavaliers de Venise ; soit que leur farouche bravoure ait arrête les conquérants, soit que la stérilité de leur pays les ait rebutés, ils ne sont jamais tombés aux mains de cet ordre de^ seigneurs, si abhorré dans tout le duché... Certainement, n'était que le territoire de Sfakia n'est pas habité tout entier par des familles également jalouses de rinsolente gloire de désobéir, et que les Sfakiotes ne sont pas unis entre eux, il serait très-difficile de les- contenir. »
Les Sfakiotes, en dépit des démêlés qu'ils avaient souvent avec les Vénitiens , ayant / peu à souffrir de la domination étrangère, semblent ne pas s'être joints aux autres indigènes pour appeler les Turcs, mais avoir au contraire, autant qu'il était en eux , résisté à la conquête musulmane. Dans les premières années de la guerre de Candie, les Sfakiotes firent sentir rudement leur valeur aux Turcs, malgré l'offre que ceux-
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ci leur tvârent faite du libre exercice de fat retigiiMi chrëtiemie et du iiHiiiitien de leurs fhiDchiB6ft pour le caB où ils coûsentiraienl à sertir contre les Vëtiitieils* Les chefe etkiotes Zymbi ^ Balsamo et Calamo , «s distitigitèrent en plusieurs rencontres^ Les Sfiikiotes n'en furent que plus respectés après le triomphe définitif du croisant» Pendant tout ttn siècle> les gouvemeuw n'exigèrent d'eux d'autre tribut qu'une certaine quantité de glace qu'ils deraient^ chaque année, apporter de leurs mon^ tagues à Megalo-Kastro, à Rhetymo et à Rhania, pour l'usage des pachas et de leurs tnaiéOns« Sfakia était censé fait^ partie de l'apanagtô de la ^aiîane*miidé ou sultane mère, à qui les habitants de ce district en* voyaient chaque année quelques présents* On se contentait de cette marque de sujtétion, et l'on ne réclamait point desSfakititt» l'impôt appelé hardtch ou capitation, que payaient tous les autres raïas de Tile ; ils eussent tété gens à mal prendre la chnse «t
à répondre à cette demande par des coups ^ fusil.
Ce qui entretenait chez les Sfakiotes des habitudes belliqueuses, et ce qui empêchait leurs armes de se rouiller pendant qu'ils étaient en paix avec le Turc 5, c'étaient les haines héréditaires qui divisaient chez eux les familles et les villages, c'étaient les guerres civiles qui trop souvent désolaient leurs vallées» Gomme presque tous lesmontagnards, comme les Maniotes et les Monténégrins, les Sfakiotes poussaient au dernier point la superstition et le fanatisme de la Vfendetta* Le rapport de l'un des commissaires vénitiens, Foscarini, signale parmi eux un usage qui se retrouve en Corse ; un homme avait-il été frappé par son ennemi, son plus proche parent jurait de ne pas changer de linge, de ne point se séparer de la chemise ensanglantée du mort, que Ton n'eût vengé son trépas en frappant son assassin ou quelqu'un de sa famille. C'était^ quelquefois au bout de quarante ou cin-
quante ans que se payait cette dette de vengeance. Peu d'homrnes à Sfakia, disent encore les vieillards, mouraient autrefois de mort naturelle; « c'étaient là nos coutumes, w ajoutent-ils, non sans regretter secrètement Tancienne éneiçie\ Des querelles qui s'engageaient souvent sous le plus léger prétexte faisaient sortir de la ceinture couteaux et pistolets; celui qui succombait avait-il beaucoup de parents, il ne restait guère au meurtrier d'autre
l. Pashley (t. II, p. 245-249) donne de curieux exemples de la vendetta sfakiote et fait bien ressortir ce qu'il y avait dans ces mœurs d'âpre et féroce énergie. La jeune fille qui avait- commis une faute, la femme convaincue ou quelquefois même la femme soupçonnée d'adultère étaient condamnées à mort et exécutées par lei^rs proches.* Un acteur de l'un de ces drames domestiques raconta à Pashley l'histoire d'une femme de Sfakia qui, accusée par la voix publique d'avoir trompé bon mari, fut, avec la permission du père lui-même, saisie par ses parents et ceux de son mari, et liée à un tronc d'arbre devant sa maison. Tous les assistants, au nombre de trente ou quarante, déchargèrent sur elle leurs fusils ; comme elle respirait encore, un des bourreaux s'approcha, et d*un coup de pistolet lui cassa la tête.
chance de salut que de s'enfuir et de quitter l'île, et c'est le parti qu'il s'empressait toujours de prendre. La famille de la victime se portait aussitôt à la maison de Passassin, la brûlait et s'emparait de tous ses biens. Le canton d'Anopolis était divisé en deux groupes ennemis, à la tête desquels se trouvaient les deux hameaux de Gyro et de Rampi^ et qui échangeaient souvent des balles. De même les gens de Kallikrati et d' Askyfo étaient presque toujours en guerre avec ceux deNipros et d' Asfento. Quand un Sfakiote ne trouvait pas à brûler sa poudre dans ces querelles de famille et de voisinage, il faisait quelque expédition nocturne dans les campagnes voisines des Monts- Blancs, il allait enlever des femmes, de l'argent ou des troupeaux. Pour se soustraire à ces déprédations, il arrivait souvent que des chrétiens ou des mahométans du bas pays concluaient une sorte de traité avec les plus redoutés des chefs sfakiotes ; ils leur donnaient, à titre de prime d'assu-
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rance contre le brigandage , un meutOH par dix que coraptait le troupeau, et ee tribut une fois payé , le Sfakiote se j^ar» geait de veiller lui-même sur le^ biens de ceux qu'il appelait désoraiais avec orgueil ses sujets, ses raîas^; un châtiment terrible attendait quiconque eût osé leur dérober un agneau.
Malheureusement pour les Sfakiote», qui ne à'étaîent jamais sentis plus aguerris et plus fiers que dans le courant du siècle dernier, ils furent entraînés^ dans la désastreuse insurrection de 1 770. Cette «atreprise, provoquée parTinquiète ambition de l'impératrice Catherine, pompeusement {annoncée à rOccident et brillamment commencée, ne devait aboutir, grâce à la sotte présomption d'Alexis Orlof, qu'à d'humiliants échecs et à une lamentable effusion de sang chrétien. La révolte fut décidée et conduite dans Hle de Crète par un certain maître Jean [daskalos Iannis)yà^w\ le nom et le souvenir se sont conservés dans un
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' chant populaire que j'écrivis à Sfakia même sous la dictée cjes vieilles femmes*. Maîtrç Jean devait sans doute le titre que lui donpe la tradition à quelque supériorité intellectuelle qu'il aurait acquise je ne sais ou ; peut-être avait-il, dans sa jeunesse^ voyagé hors de Tîle. Quoi qu'il en soit^ c'était le pins riche propriétaire de Sfakia ; il semble avoir eu une tête politique^ mpable de for*mer de vastes plan& ou du meins de les comprendre et d'en poursuivre Texécutioi^ avec patience et résolution. H voulait^ comme dit le poëme populaire qui perpé^ tue sa mémoire, rétablir la natiçoM^Uté hellénique, tia RonUos/mn :
A chaque Pâques, à cbaque fête de Noël, il mettait SOB chapeau — el il disait sm froti^oj^;^ « J|'{M9^-
1 . Ce çhanl est eucore inédit. J^ca tieu^ 1^ ^xte ^ la disposition de quiconque voudrait donner un supplément à rintéressant recueil de M. Arnold Passow, intitulé : Popidaria carmina Gr€eci<9 rec^ntiorU (Leipâg, Teobner, 1857, 8®, 650 pages). J'ai aussi entre les mains des distiques crétois et des chants historiques chi A(kigae, inédit», aiit^ut qu« j*en puis ju§er.
rai le Russe. > — c Maître Jean de Sfakia, sileuce ! Il ne nous convient pas de parler ainsi. — Si le sultan vous entendait, il nous enverrait des Turcs, i — « Qu'il envoie son armée et toute sa floUe ! — Sfakia a des hommes de cœur, de vrais pallikares ; — qu'il envoie son armée avec tous ses étendards ! — Sfakia a des hommes de cœur, aussi nombreux que les ramiers de ses bois. >
Aussi, dès 'que l'apparition de la flotte russe et les premiers succès de Tinsurrection de Morée furent connus en Crète, maître Jean souleva Sfakia. Il était en relations , depuis plusieurs années déjà , avec Benaki , le primat messénien , et avec les chefs maniotes ; des armes et des munitions avaient été amassées de longue main. Les Sfakiotes réussirent d'abord ; ils se répandirent dans la plaine, pillèrent beaucoup, tuèrent un certain nombre de Turcs, et réduisirent les autres à s'enfermer dans les plates-formes. Ce fut alors que maître Jean fît un voyage à Paros pour se concerter avec Orlof, et lui demander une coopération active, une attaque sur Tune des forteresses de l'île. Ôrlof, qui avait l'ambition
d'un grand rôle, mais qui n'en avait pas le génie, ne sut rien comprendre, et ne voulut rien faire ; il attendit, et pendant qu'il, se donnait de grands airs et qu'il tranchait du souverain, la Morée fut reconquise à l'aide de la soldatesque albanaise: La partie était perdue ; partout en Crète les raïas étaient restés tranquilles ; Sfakia seul était en armes. Les pachas rassemblèrent des troupes et marchèrent avec des forces imposantes contre les Sfakiotes. Ceux-ci étaient divisés ; les uns voulaient se soumettre, les autres résister; pendant qu'on discutait, les Turcs franchirent les défilés, ravagèrent et incendièrent les villages d'Askyfo et d'Anopolis, et ne se retirèrent qu'en emmenant de nombreux prisonniers et un riche butin. Maître Jean n'avait cessé de conduire la résistance; mais, mal secondé, il fut partout battu et repoussé, son frère-même tomba aux mains des Turcs. Ceux-ci, malgré leur succès, ne regardaient point la rébellion comme supprimée tant
qu'ils n'en auraient point le chef entre les mains. DeMegalo-Kastro,lepacha fit porter à maître Jean des paroles de pardon et de réconciliation^ en l'engageant à venir le trouver pour faire sa paix et rentrer en grâce. Pour mieux assurer l'effet de ces promesses trompeuses^ on força par des menaces de mort le frère du chef à lui écrire une lettre où il se portait garant de la bonne foi dû pacha et pressait maître Jean de céder* Tout en se conformant aux ordres de celui dont un signe pouvait faire tomber sa tête> le rusé Sfakiote trouva moyen de donner un avertissement à son frère. Au bas de sa missive, il écrivit trois fois la lettre (1^ dans un endroit oii^ sans frapper les yeux, elle pouvait, avec un peu d'attention, être aisément distinguée* Cette lettre signifiait dans sa pensée (at)' (spOriç)^ jinf, (A-n, w ne viens pas, ne viens pas, ne viens pas. » Il espérait que son frère compren* drait ce langage, resterait dans la montagne, et se déroberait à la mort qui Tattendait ;
mais célui-ci^ las du rôle qu'il jotiait et dès maux qu'il attirait sur son pays^ conseillé d'ailleurs par de faux amis vendus aupacha, n'examina point la dépêche ^ s'empressa d'accepter ce qu'on lui proposait, et donna tête baissée dans le piège* On l'accueillit d'abord avec beaucoup' d'amitié et d'honneurs; puis^ dès qu'on fut sûr de le bien tenir ^ 6n changea de ton : il fut pendu à Candie comme brigand^ et Tîle entière re»tomba sous un joug plus dut» que jamais. Les Sfakiotes furent pout* la première fols soumis au haratch^ humiliation qu'ils ressentirent vivement et dont ils jurèrent de se vengei* dès que l'occasion set-ait fâvo* rable \ Quelques-uns des plus hardis et
1 . Ces détails Sur iin personnage doht le nom n'est mentionné dans aucune histoire public en Occident m'ont été donnés, dans le pays même, par la tradition populaire et les cliants (Jui la eonset-vent, puis confirlaaés à Athènes par un des Cretois qui conliaissaient le mieux l'histoire moderne de leur île, M. Antoniadis, un courageux combattant de la guerre de Pindépendance et le rédacteur, pendant de loûgnes anuées^ de
des plus braves se joignirent à ce Land)ro dont le^ aventureux exploits ont frappé l'imagination de Byron. C'est à Lambro, tel que le lui représentaient les récits qu'il aimait à écouter pendant son voyage en Orient , que Byron a emprunté quelquesuns des traits dont il peint son Corsaire^ et il l'a mis lui-même en scène dans les deux plus beaux chants de son Don Juàriy dans l'épisode d'Haydée. D'autres Cretois préférèrent chercher un asile dans le pays même d'où était parti le signal de l'insurrection. Etablis à Odessa, dans cette cité nouvelle dont la Russie doit à un Français, le duc de Richelieu, l'essor brillant et la prospérité rapide, ils s'enrichirent par le commerce, et quand l'hétairie vint à s'organiser ils entrèrent avec ardeur dans le mouvement. Grâfe aux relations qu'ils avaient conservées avec leurs compatriotes, ils les avertirent de se tenir prêts, et préparèrent
l'un des journaux les plus estimés qui se soient publiés à Athènes, VAthina,
le soulèvement dont Sfakia donna le signal en juillet 1821. Parmi les plus opulents de ces Cretois établis en Russie, parmi ceux qui se dévouèrent le plus passionnément et de leur bourse et de leur personne à la délivrance de leur pays, se trouvait la famille Kalergi, qui, au treizième siècle, était déjà la première de Tîle. En 1299, un Kalergi, après avoir balancé pendant dixhuit ans la fortfine de Venise, traitait d'égal à égal avec la république, et recevait pour lui et ses descendants le titre et les privilèges de noble vénitien.