PREFACE. XXV
se figurent-ils par hasard qu'Athènes leur demandera beaucoup moins d*argent que Constantinople, et que cet argent sera beaucoup mieux employé?
S'imaginent-ils qu'en retour de l'impôt on leur donnera des routes, des ponts, des voies ferrées, et la sécurité des chemins? Qulls aillent voir l'île d'Eubée, par exemple, qui n'a pas dix kilomètres déroutes carrossables! Quand, en 1857, j'ai parcouru la Crète dans tous les sens, les brigands y étaient chose à peu près iuconnue depuis le temps de Moustafa- Pacha : aujourd'hui on détrousse à chaque instant des voyageurs entre Athènes et Thèbes, entre Nauplie et Tripolilza.
Est-il bien certain que les nomarques et les éparques grecs, avec leurs titres classiques, vaudront toujours mieux que les pachas et mudirs turcs? Ne verra-t-on pas quelquefois un journaliste ou un avo-
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cat besoigneux, client de quelque éphémère ministre qui lui donnerait une préfecture pour sa part de curée, mettre impudemment à profit, pour faire sa fortune aux dépens des Cretois, les quelques semaines ou les quelques mois qu'il passerait dans Tîle ?
Il y a deux ans, en terminant notre récit des souffrances et des luttes qu'avait eu à traverser la population grecque de la Crète, nous exprimions le désir qu'elle ne risquât pas, dans une lutte inutile et inégale, les garanties obtenues, les progrès accomplis. Aujourd'hui que les événements n'ont que trop confirmé nos prévisions et nos craintes, nous ne pouvons que répéter, avec une conviction plus sûre encore d'elle-même, ce que nous disions alors : ce n'est pas les armes à la main que les Cretois, et les autres populations de l'empire qui sont dans une si-
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tuation analogue^ doivent continuer contre le souverain ottoman la lutte héréditaire. Ce que les Cretois ont de mieux à faire aujourd'hui, après que des conseils venus du dehors et des suggestions intéressées les ont conduits à une sanglante et désastreuse échauffourée, c'est, par la dignité de leur attitude, d'obtenir les meilleures conditions possibles, puis de reprendre sans bruit l'œuvre commencée il y a une trentaine d'années.
S'ils ont vraiment l'instinct politique et s'ils sont dignes d'un meilleur avenir, il faut qu'ils aient reconquis, d'ici à peu de temps, l'excellente situation que leur avaient faite leurs souffrances et leurs victoires d'il y a quarante ans, les calculs et le& projets de Méhémed-x\li, les qualités de certains gouverneurs turcs, les fautes de certains autres, surtout enfm leur propre énergie, leur industrieuse